Une nouvelle jeunesse pour le Vieux Continent ?

Une nouvelle jeunesse pour le Vieux Continent ?

 

L'élection présidentielle est enfin derrière nous. Ouf ! Le soulagement est d'autant plus grand que cette interminable et folle campagne n'a pas abouti au cataclysme tant redouté. En effet, l'européiste convaincu et affirmé Emmanuel MACRON l'a très largement emporté sur les forces obscurantistes qui menaçaient d'entraîner la France et l'Europe dans une aventure des plus dangereuses, sans doute un chemin vers l'abîme, sans retour possible. Au lendemain de ces échéances qui n'ont pas manqué de captiver l'Europe au regard des énormes enjeux pour l'ensemble du continent, au moins quatre enseignements peuvent être tirés.

Le premier est le rôle clé des médias dans l'ascension fulgurante d'un parfait inconnu en politique jusqu'au sommet de l'État. Nombreux s'accordent à penser que MACRON est à l'origine une construction médiatique : il doit incontestablement une grande partie de sa notoriété et de sa popularité aux journalistes comme aux réseaux sociaux, qui ont perçu en lui un important potentiel de renouvellement de l'offre politique. La bulle aurait pu éclater, mais l'intéressé a parfaitement manœuvré et finalement transformé l'essai.

Certes, la chance l'a fortement aidé elle-aussi, mais il a visiblement eu l'intuition d'une opportunité à saisir et l'intelligence d'exploiter les événements à bon escient. La leçon pour la construction européenne est ici double. D'une part, médias traditionnels et nouveaux sont un vecteur essentiel pour porter une idée, un projet, une personnalité. Certes, en 2005, ils étaient largement favorables au Oui pour le référendum sur le traité constitutionnel, ce qui ne lui a pas apporté la majorité pour autant. Mais cette prise de position ne fut que ponctuelle et sans doute excessive.

La construction européenne nécessite une promotion de tous les instants auprès des citoyens, et ce, en s'immisçant dans leur quotidien auquel elle doit se rapporter : les médias doivent plus que jamais prendre leur part, spécialisés ou non, en abordant l'Europe sous des angles variés et accessibles, non uniquement juridiques et institutionnels, véritables tue l'amour. D'autre part, la construction européenne doit s'incarner en des hommes et des femmes neuves, motivés et déterminés.

Le second est précisément que MACRON a réussi le tour de force de s'imposer en étant le seul des onze candidats à l'élection présidentielle à exprimer clairement et fortement ses convictions pro-européennes. Son pari était particulièrement risqué dans un contexte de diffusion de l'euroscepticisme et de croissance des populismes, en France comme ailleurs. D'autant qu'il ne s'est jamais contenté, comme d'autres, de pointer les défaillances de l'Union européenne (UE) pour justifier une réforme radicale : il l'a aussi et avant tout défendue, présentant des propositions pour en améliorer le fonctionnement et les performances, au profit de ses peuples.

Bien sûr, les Cassandres ne manquent pas de souligner que la majorité des voix au premier tour s'est portée sur des contempteurs de l'UE, d'un extrême à l'autre de l'échiquier, sans oublier les candidats plus timorés à son endroit.

MACRON a réuni à peine plus d'un quart des suffrages. Mais si l'Europe fut au cœur de la bataille, pour une fois, ce dont ses partisans ne peuvent que se réjouir, elle ne fut pas le seul paramètre à entrer en ligne de compte dans le choix des électeurs. En fait, sa prégnance dans le débat fut bien plus intense au deuxième tour qui s'est mué peu ou prou en référendum sur son devenir : poursuite de l'intégration ou rétropédalage.

Le résultat final corrobore finalement les divers sondages qui démontrent depuis plusieurs mois un attachement à l'Europe largement majoritaire chez les citoyens européens.

Après les Néerlandais, qui ont clairement rejeté la posture anti-européenne de leur démagogue en chef, les Français se sont détournés de Marine LE PEN par refus de toute sortie de l'euro et encore plus de l'UE. Preuve en est de la tentative désespérée et brouillonne de la finaliste de les rassurer sur ces questions en modifiant la mouture de son programme. Ce qui n'a pas suffi car les électeurs ne sont pas dupes.

Le troisième est justement la canalisation des populismes en Europe, du moins à l'Ouest où la tradition démocratique et la construction européenne sont plus profondément et plus solidement implantées.

Après le Brexit outre-manche et l'arrivée de Donald TRUMP aux responsabilités outre-atlantique, la crainte d'une déferlante populiste était grande. Fort heureusement, elle ne s'est pas produite, ni en France ni chez ses voisins.

Certes, là encore, à regarder la réalité en face, force est de constater que la menace demeure, d'autant qu'elle gagne du terrain, comme le prouvent les deux tours de la présidentielle française à l'issue desquels populismes de droite comme de gauche ont explosé leurs records de voix.

Sans compter ces millions de Français qui ont refusé de faire barrage au Front National, au risque de lui confier les rênes s du pays. Mais en même temps (comme dirait le nouveau président), le plafond de verre continue à faire son office, grâce aux vigies de la démocratie européenne. Il est clairement étayé par cette idée européenne qui demeure vivace, au point que les démagogues de tout poil se livrent à de pathétiques contorsions pour expliquer que leur nationalisme est fongible dans une coopération européenne d'un autre type, sans pouvoir donner le moindre détail de ce que serait cette Europe nouvelle, qui relèverait ni plus ni moins du jeu des alliances d'avant-guerre... Faut-il en dire plus ?

Quatrième et dernier enseignement : la présidentielle française a inquiété et captivé le monde, en particulier l'Europe, comme aucune autre élection de ce niveau, du fait de la combinaison du rang occupé par la France et des pouvoirs extraordinaires de son Premier Magistrat.

En fait, le président de la République française est sans nul doute le chef d'État le plus puissant des pays occidentaux, du fait des prérogatives exceptionnelles qui lui accorde la constitution de 1958, taillée sur mesure pour le Général de GAULLE.

Il relève d'une personnalisation et d'une concentration des pouvoirs sans équivalent ailleurs, notamment en Europe. Au point que son élection peut être perçue comme une anomalie démocratique. Surtout que nul président de la Vème République n'a jamais été élu avec 50% des voix au premier tour, pas même son géniteur.

Au final, le monarque français n'est jamais plus choisi et soutenu que par un quart à un tiers des suffrages, voire un cinquième des inscrits, alors qu'il est censé rassembler la Nation pour la gérer. « Monarque » car le système présidentiel français confine à un régime à tendance autocratique, héritier de ses lointains prédécesseurs royaux ou impériaux.

S'inspirer de cette exception bien hexagonale pour réformer les institutions européennes, notamment leur tête, est tout bonnement inconcevable. Car quelles seraient l'acceptation et donc la légitimité d'un président de l'UE qui, par définition, serait bien plus incapable que son homologue français de réunir sur son nom une majorité des électeurs européens pour assumer des pouvoirs exorbitants ?

De toute façon, si la France en est un pilier, l'UE ne lui est pas comparable. Bien évidemment, elle doit être incarnée pour être visible, lisible, respectée et efficace, comme vu précédemment. Mais pas à la française.

Besoin est d'imaginer un système hybride, susceptible de convenir à toutes les parties pour s'installer et perdurer. En l'occurrence, présidents du Conseil européen, de Conseil des ministres et de la Commission devraient être une seule et même personne.

Mais à la différence du président français, ses pouvoirs seraient contraints, garant des institutions et représentant de l'Union, et il serait élu au suffrage universel indirect par un véritable parlement composé d'une chambre des députés choisis au scrutin uninominal et d'un Conseil de l'UE permanent avec membres élus par leurs peuples respectifs en ce sens, toujours dans l'idée d'incarner l'Europe et de la gouverner spécifiquement. De manière que les États conservent la main, car il est de l'intérêt même de l'UE qu'ils survivent, les compétences européennes seraient strictement limitées et le Conseil européen des chefs d'État et de Gouvernement formerait un directoire chargé des orientations politiques.

En tous les cas, à travers l'élection de MACRON et d'autres à venir, notamment en Allemagne, l'Europe voit l'horizon populiste s'éclaircir. Une nouvelle jeunesse s'offre au Vieux Continent, si tant est qu'il ne laisse pas passer l'occasion de se régénérer. Dans le cas inverse, la prochaine fois, nul doute que les germes de sa destruction se transformeront en plantes vénéneuses mortelles.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

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