Une Europe (enfin) protectrice ?

Une Europe (enfin) protectrice ?

 

Le désamour des peuples pour l'Union européenne (UE) n'est plus à démontrer. Le vote croissant pour les partis souverainistes et l'abstention massive lors des élections européennes en sont des expressions saisissantes. Mais les européens sont-ils pour autant... anti-européens ? Non, sans aucun doute, car ils continuent à espérer en une Europe qui les protégerait de tous les affres vis-à-vis desquels leurs Etats sont moins solides et efficaces. Ils reprochent précisément à l'UE d'avoir failli dans sa tâche, au regard des crises qui se succèdent depuis 2008. Mais que veulent-ils au juste ?

Peut-être bien constituer ensemble un petit paradis sur terre, duquel toute souffrance ou menace de souffrance serait éradiquée. Ce qui suppose un espace clos, fermé à l'extérieur, autarcique. L'autarcie est précisément une utopie ancienne. Nombre de penseurs l'ont imaginé, quelques cités ou Etats ont tenté de la mettre en œuvre, de l'Allemagne hitlérienne à l'Union soviétique en passant par la Chine, la Corée du Nord, Cuba, etc.

Force est de constater que tous ont échoué, sans exception. Car nulle contrée au monde ne concentre sur un territoire étriqué toutes les ressources nécessaires, tout au moins à un développement post-moderne. Tous les pays précédemment cités ont été contraints de s'ouvrir à d'autres, parfois par la force, pour assurer leurs besoins, parfois élémentaires. Même en contrôlant tout le continent européen, le régime nazi n'a pu concrétiser son rêve de Reich millénaire. Il est vrai que l'Europe est naturellement riche, parmi les régions les mieux pourvues de la planète, peut-être même au premier rang. Elle est ainsi perçue comme une terre de cocagne. Quelle ironie pour des Européens qui se sont aventurés au-delà des océans en quête d'un Eldorado qui était finalement sous leurs pieds, encore fallut-il qu'ils en prennent conscience et l'exploite adroitement...

Toutefois, l'Europe ne peut être vraiment elle-même que dans sa relation au monde, ce qui l'a révélé et magnifié au fil des millénaires.

Pour autant, elle ne doit pas faire preuve de candeur en s'ouvrant à tous les vents sans cadre ni limite stricts. Or, il est évident que la mondialisation moderne des échanges, impulsée par ses soins lors des conquêtes coloniales, en vient à se retourner contre elle à force de dérégulation. Certes, elle a tenté de canaliser le processus, en imposant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à des anglo-saxons réticents car ultra-libéraux à l'époque des faits (quel revirement de position de leur part avec le Brexit et TRUMP!).

Mais la concomitance de l'instauration du marché unique et le manque de cohésion des Etats-membres l'a conduite à plus de concessions et de laxisme que de raison. Ainsi a-t-elle davantage démantelé qu'elle n'a édifié, tout au moins vis-à-vis de l'extérieur. Car il est toujours plus aisé de détruire que de construire. Les Européens ont ici choisi la solution de facilité, propre à une ensemble non pas fédéral mais multi-composite fondé sur le plus petit dénominateur commun.

Ainsi l'Europe se trouve-t-elle désarmée face aux immenses défis auxquels elle se trouve confrontée. C'est le cas de la dire dans le domaine de la défense. Sachant que même le Royaume-Uni et la France, les deux grandes puissances militaires du Vieux Continent, n'ont plus les moyens d'assurer la totale protection de leurs peuples, y compris au moyen d'opérations sur des théâtres étrangers où se nichent la racine du mal qui les ronge, la solution est forcément européenne, d'autant plus face au retrait américain et aux menaces expansionnistes à peine voilées de certains voisins comme la Russie ou la Turquie (l'Histoire se rappelle toujours à nous!).

Autre problématique, en lien avec la première : l'immigration. Les Etats-membres se sont bien entendus sur une règle d'asile commune, mais encore une fois, ils se sont arrêtés au milieu du guet, incapables de s'entendre sur une politique conjointe en matière d'immigration car jaloux des prérogatives qui y sont liées. Comportement   grotesque et inconséquent dans la mesure où ils sont intimement liés les uns aux autres : ils ont donc tout intérêt à se concerter et s'entendre pour prendre la main ensemble, anticiper et prévenir, au lieu de subir, de réagir et de tenter maladroitement de gérer. Autre exemple aberrant : l'économie, puisque l'Europe s'est transformée en passoire, incapable de prendre les mesures qui s'imposent à une concurrence internationale déloyale.

Ce tableau noir tend enfin à s'éclaircir. Et pour une fois, la Commission européenne est à la manœuvre, non à la remorque. Ainsi une défense européenne est-elle de nouveau débattue avec sérieux. Ainsi les frontières extérieures de l'UE sont-elles renforcées, avec la création d'un corps de gardes-frontières européens. Ainsi les multinationales, notamment américaines, sont-elles mises au pas, via des amendes record. Ainsi, l'UE révise-t-elle ses critères pour se défendre de la concurrence extérieure, notamment chinoise.

Ainsi les 27 se montrent-ils pour l'heure intransigeants et inflexibles vis-à-vis d'un Royaume-Uni qui veut quitter l'UE tout en préservant ses privilèges de membre. La France et l'Allemagne sont plus que jamais au cœur du dispositif, en espérant une nouvelle impulsion salvatrice suite aux échéances électorales de cette année...

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »