Un président pour l'Europe ?

Un président pour l'Europe ?

 

Une des raisons de l'impopularité de l'Union européenne (UE) est son aspect déshumanisé, à savoir distant, mécanique, flou et transcendant, ce qui la rend forcément difficile à appréhender, donc inquiétante et répulsive. Besoin serait de l'incarner, qui plus est en un individu auquel ses citoyens pourraient s'identifier et ses partenaires se fier. Telle est précisément la force des grands États comme les États-Unis, la Russie, l'Inde ou bien encore la Chine : tous ont à leur tête un chef d'État ou de Gouvernement parfaitement identifié, à la fois garant des institutions nationales et représentant de son pays sur la scène internationale. Même les Nations unies, le plus important groupement d'États de l'Histoire, se projettent en son Secrétaire Général, le Portugais Antonio GUTTERES depuis peu.

La situation est on ne peut plus clair pour tous ces cas de figure. Il en va tout autrement de l'UE, tiraillée entre 3 ou 4 personnalités, plus ou moins institutionnalisées. Le Président du Conseil européen, aujourd'hui le Polonais Donald TUSK, choisi par ses pairs pour 2 ans et demi (renouvelable 1 fois) afin d'assurer en quelque sorte le secrétariat de l'instance qui définit les orientations et donne les impulsions de la politique européenne ; la Présidence du Conseil de l'Union européenne (CUE), qui revient tour à tour à un pays membre tous les 6 mois, et qui s'occupe spécifiquement de l'ordre du jour ainsi que de l'animation des réunions ministérielles ; le Président de la Commission européenne, Jean-Claude JUNKER, issu des élections européennes de 2014, qui veille spécifiquement au respect des traités, propose des lois au CUE comme au Parlement européen, et exécute les décisions du Conseil européen.

Enfin, le chef de l'État membre le plus puissant, se hissant largement au-dessus du lot, comme l'Allemagne depuis 10 ans avec Angela MERCKEL. Toutes les tentatives de simplification et de clarification ont non seulement échoué, mais ont accru la complexité de l'ensemble, pour la simple et bonne raison que les États ne veulent surtout pas perdre la main au profit d'un individu un tant soit peu charismatique et fort qui viendrait à leur échapper.

 

Doter l'UE d'un véritable président ou d'une véritable présidente permettrait encore une fois un coup double en établissant un lien direct et solide entre, d'une part, l'organisation, et d'autre part, ses peuples comme ses interlocuteurs externes, à commencer par les grands États cités plus haut auxquels seule l'UE peut désormais vraiment s'imposer dans un rapport de force d'égal à égal.

 

Oui, mais comment ? Est-ce seulement envisageable, au plan technique comme au plan politique ?

 

Une solution serait l'élection au suffrage universel direct d'un président ou d'une présidente de l'UE. Elle n'est pas impensable au plan technique, mais plus délicate à concevoir au plan politique. Pareil mode de scrutin tendrait vers des pouvoirs importants. Or, difficile de les imaginer à l'américaine, encore moins à la française, ce qui reviendrait à un régime présidentiel et supposerait dès lors un super-État européen aux prérogatives exorbitantes, surtout si ce président ou cette présidente venait à se substituer tout à la fois aux actuels présidents du Conseil européen et du CUE, voire de la Commission, en vue de régler la double problématique de la lisibilité et de l'efficacité institutionnelles.

 

Cette hypothèse n'est absolument pas recevable en l'absence de nation européenne, condition sine qua non pour l'acceptation d'un tel régime et l'émergence d'une personnalité à la fois imposante et consensuelle par-delà les frontières.

En plus, dans la pratique, nous pourrions assister à une redoutable foire d'empoigne entre une multitude de candidats désireux de défendre, qui les valeurs et les idées de leur courant de pensée, qui les intérêts de leur pays ou de leur région. Car pareille élection ne pourrait être que largement ouverte. Dans le cas inverse, les eurosceptiques auraient beau jeu de la taxer de parodie et de manipulation, alimentant une fois de plus abstention et démagogie destructrices de démocratie.

 

Il existe une autre voie, sans doute plus praticable car plus raisonnable, sans nécessairement modifier les traités, sauf à les amender. Imaginons précisément une rénovation institutionnelle comme décrite dans des articles précédents. À savoir, une Commission européenne dont chaque membre serait élu en ce sens dans son pays d'origine au suffrage universel direct, en vue d'un authentique gouvernement à la fois multinational et transnational ; un Parlement européen mu en une chambre basse de députés eux-aussi élus au suffrage universel direct, sur la base de listes transnationales mises en place par des partis organisés au niveau européen ; un CUE transformé en une chambre haute pourvue par les parlements nationaux ; enfin, un Conseil européen superviseur, toujours composé des chefs d'États et de Gouvernement des pays membres.

 

Ce système présenterait le double avantage d'une démocratie rénovée et réelle, à la fois directe et indirecte, et d'une articulation subtile entre national et supranational, avec la conciliation de la défense des intérêts nationaux et commun.

 

Sa clé de voûte pourrait être un président ou une présidente de la Commission européenne élu(e) au suffrage universel indirect par les deux chambres, qui serait seul(e) à incarner l'UE dans la mesure où, investi par les parlementaires, et responsable devant eux, il jouerait le rôle d'un chef de Gouvernement, rendant compte à ses pairs du Conseil européen dont il assurerait le secrétariat.

 

À réfléchir pour l'UE toute entière ou une partie de ses États prêts à former sans plus de détour une confédération ou une fédération, notamment sur la zone Euro, dans l'optique de donner un nouvel élan à la nécessaire construction européenne, dans le respect des intérêts et la protection des identités de chaque composante.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »