Un avenir pour l'euro ?

Un avenir pour l'euro ?

 

L'élection présidentielle hexagonale a mis en lumière l'attachement des Français à la monnaie unique européenne. Certes, cet attachement n'est pas viscéral, dans la mesure où l'euro n'est pas encore profondément ancré dans l'imaginaire collectif, comme l'était le franc après 5 siècles d'existence. Mais toutes les enquêtes d'opinion convergent pour démontrer que la sortie de l'euro a dissuadé nombre d'électeurs d'apporter leur suffrage à la candidate populiste de second tour qui l'avait érigé en alpha et oméga de son programme politique.

Son rétropédalage de dernière minute, via sa proposition de retour à une monnaie commune dédiée aux échanges internationaux (ce que n'était d'ailleurs pas l'écu, ancêtre de l'euro), n'a pas convaincu. Comme les autres peuples engagés dans cette union monétaire, les Français pressentent bien le désastre que pourrait engendrer le démantèlement de la monnaie unique, à commencer par les incertitudes et les troubles qui nuiraient gravement à l'économie et à leur épargne (la plus importante d'Europe par habitant!). Pour autant, l'avenir de l'euro est-il assuré ? En fait, cette question en appelle une autre : l'euro est-il tout simplement viable ?

Plusieurs éléments plaident en faveur d'un succès de la monnaie unique jusque-là, donc d'une solidité qui devrait lui assurer la pérennité. Elle est notamment devenue en une quinzaine d'années seulement une devise de référence sur le marché des changes international, pratiquement au niveau du dollar qui a mis, lui, 2 siècles pour s'imposer.

Elle représente la deuxième plus grosse réserve monétaire au monde. Par ailleurs, alors que beaucoup de Cassandre pronostiquaient sa disparition dans la foulée de la crise financière et socio-économique, elle a tenu bon et est même restée relativement stable. Elle a ainsi préservé le pouvoir d'achat des Européens, donc la consommation intérieure qui est un des deux moteurs de la croissance. Elle a même accueilli de nouveaux membres, attirés par la protection qu'elle représente dans un monde plus que jamais incertain, et intéresse d'autres pays. Elle est par ailleurs utilisée officieusement dans certaines régions, comme les Balkans, à l'instar du dollar en Amérique latine. Bref, elle est devenue une référence. Pour autant, elle est fragile et pourrait courir droit à la catastrophe en cas de statu quo.

La menace grecque continue de planer sur la monnaie unique, tel un volcan susceptible d'entrer en éruption à tout moment pour ensevelir la cité développée sur ses pentes fertiles. En effet, malgré les plans d'austérité successifs et les prêts internationaux reconduits, la Grèce ne parvient pas à s'extirper du marasme dans lequel elle se débat depuis une demi-douzaine d'années.

Si la faute originelle incombe en grande partie aux Grecs, qui ont maquillé leurs comptes et profité en excès du crédit illimité que leur offrait l'euro, la responsabilité est désormais collective. Car le soutien à ce pays exsangue demeure timoré, donc inefficace, voire contre-productif. Besoin aurait été dès le départ d'injecter quelques dizaines de milliards. Besoin serait aujourd'hui d'effacer une partie de l'ardoise grecque. Mais certains partenaires s'y refusent, à commencer par les Allemands. Ainsi ré-émergent les vieilles rancunes que tous croyaient éteintes, les Grecs ne manquant de rappeler à l'Allemagne sa dette à leur égard suite à la terrible occupation nazie durant la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi s'ouvre une boîte de Pandore dont nul ne peut prédire ce qui en sortira exactement.

En définitive, l'écueil sur lequel achoppe aujourd'hui la monnaie unique tient en un mot : solidarité. Les partenaires européens de la Grèce mettent en exergue les centaines de milliards qu'ils y ont déversés ces dernières années. Indéniablement, mais ils oublient de préciser qu'il s'agit là seulement de prêts, bien sûr à taux amicaux et à très longue échéance, mais qui alourdissent au final l'endettement grec, d'autant que la rigueur abrupte imposée au pays a déstructuré son économie, ce qui le rend dans l'incapacité de rembourser. S'est ainsi créé un cercle vicieux que seule une remise à plat permettra de briser.

Mais encore faut-il que les Européens s'accordent sur ce point aujourd'hui de discorde, malgré les injonctions du Fonds Monétaire International, qui n'est pourtant pas réputé pour son laxisme ! Cette triste tragédie digne de l'Antiquité grecque met en lumière le talon d'Achille de l'euro, ou plutôt son caractère unijambiste, car il repose uniquement sur une union monétaire, pas économique. En fait, la zone euro n'est pas ce que les économistes appellent une zone monétaire optimale. Pour la simple et bonne raison que l'Union européenne n'est pas un État fédéral susceptible d'actionner une élémentaire solidarité interne pour équilibrer le système.

En d'autres termes, Bruxelles n'est pas Washington : si les 50 États américains sont aussi disparates, voire plus encore, que les 19 États de la zone euro, l’État fédéral intervient pour établir une cohérence et assurer une cohésion de l'ensemble, sans quoi les États-Unis... ne le seraient pas !

Alors quelle solution ?

Établir un budget de la zone euro, préparé et exécuté par un super-Ministre des Finances, après validation d'un Parlement dédié, le tout reposant sur des obligations d’État européennes, via une mutualisation des emprunts d'avenir ?

Peut-être... Encore faut-il que les Allemands l'acceptent, car ils craignent de devoir supporter l'essentiel de la charge.

Certains diraient que ce ne serait là que justice, étant donné que ces mêmes Allemands sont les premiers à bénéficier de l'euro, en engrangeant chaque annéedes dizaines de milliards d’excédents, le plus souvent mis de côté.

En fait, plutôt que d'ajouter de nouvelles institutions, au risque de compliquer et de paralyser encore davantage une architecture déjà alambiquée et lourde, mieux vaudrait subdiviser les pré-existantes, via des collèges propres à la zone euro, au sein du Conseil européen, du Conseil des ministre, de la Commission européenne et du Parlement européen.

De même, une part du budget européen devrait être spécifiquement consacré à la zone euro. Le tout dans l'autonomie vis-à-vis des non-membres qui doivent demeurer associés, sans pour autant pouvoir bloquer. Plus que jamais, les pays de la zone euro doivent cesser leurs atermoiements égoïstes, qui les pénalisent eux-mêmes paradoxalement, pour franchir enfin le Rubicon de la coordination économique, de la mutualisation budgétaire et de la connexion territoriale.

Sans quoi l'euro est voué à un échec qui engloutira l'Europe toute entière.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »