TRUMP ? Oui et alors !

TRUMP ? Oui et alors !

 

L’élection de Donald TRUMP est un coup de tonnerre. C’est pourtant loin d’être un saut dans l’inconnu. Contrairement au monarque républicain qu’est le président français, le président américain dispose de peu de pouvoir réel. Les députés, les sénateurs, les états, les juges le réduisent à un rôle de présentateur de la politique américaine plutôt qu’à un rôle d’acteur.

Pourtant, pour la quasi-totalité des pays européens, à la notable exception de la France et dans une moindre mesure de la Grande Bretagne, c’est un véritable coup de tonnerre. Depuis la fin de la guerre pour les uns, la fin de l’ère soviétique pour les autres, les pays européens se sont assoupis dans la douce quiétude de l’alliance atlantique et de l’OTAN.

Devant l’immense défi que représentait, après la guerre, la reconstruction de tout ce qui avait été détruit, les pays européens ont souscrit à la proposition américaine : adhérez à l’alliance atlantique et notre armée assurera votre sécurité.

Ce type d’accord correspond à une situation donnée. Il n’est pas éternel. Celui qui assure votre sécurité le fait, non pas par bonté d’âme comme le croient les naïfs, mais pour défendre ses intérêts propres.

Si les intérêts américains et les intérêts européens étaient très proches à la fin de la guerre, les deux pays n’ont cessé de diverger depuis. L’hyperpuissance économique et militaire des Etats-Unis des années cinquante n’a cessé d’être contestée, d’abord par le monde soviétique, puis par les pays émergents.

L’hyperpuissance américaine a vécu. Les Etats-Unis restent encore aujourd’hui la première puissance économique et militaire, mais au milieu de la Chine, de l’Inde, du Pakistan et même de… la Corée du Nord, ils ne sont plus qu’une puissance parmi d’autres.

Contrairement aux hommes politiques européens, le Congrès et les présidents des Etats-Unis ont déjà tiré les conséquences de la situation actuelle. En affirmant tout de go que l’alliance atlantique avait vécu, le candidat TRUMP n’a fait que formaliser la pensée du président OBAMA susurrant aux Européens, depuis plusieurs années, que les Etats Unis ne pouvaient plus être présents, en même temps, dans l’Atlantique et dans le Pacifique.

Après l’élection de Donald TRUMP, les européens découvrent qu’ils n’ont plus de défense. Bientôt, ils vont découvrir qu’ils n’ont pas non plus de politique étrangère ! Habitués qu’ils sont à regarder en permanence vers Washington, les hommes politiques européens s’inquièteront bientôt de ce que doit être la politique étrangère de l’Europe vis-à-vis de la Russie : la nôtre, répondront le Congrès et le président des Etats -Unis, alors que les intérêts des européens et des américains, sur ce sujet, sont très éloignés, ne serait -ce que parce que la Russie et les autres pays du « monde russe » sont des voisins immédiats.

Et vis-à-vis de la Turquie ? Débrouillez-vous ! L’affrontement entre l’islam chiite et l’islam sunnite en cours dans tout le Moyen Orient ? Ce n’est plus notre problème depuis que nous n’importons plus de pétrole. Les relations avec l’Afrique ? Depuis que vous les avez colonisés au 19ème siècle, vous les connaissez bien mieux que nous.

Face à cette situation, les hommes politiques européens réagiront comme d’habitude : un sommet des chefs d’Etats à Bruxelles ou ailleurs conclura à la nécessité de renforcer la coopération en matière de défense et de politique étrangère.

La coopération en matière de défense ? On en parle depuis les années cinquante et qu’a-t-elle produit ? Pourtant, tous nos militaires n’ont cessé de nous expliquer que, sur le théâtre des opérations, le militaire, y compris le général en chef, n’obéit qu’à un seul responsable politique et pas à vingt-huit.

La coopération en matière de politique étrangère ? Madame Moghérini, parce qu’elle a été choisie par les vingt-huit chefs d’Etat ou de gouvernement, ne peut pas conduire une politique étrangère européenne - tout au plus, elle essaye de formaliser le plus grand commun dénominateur entre les vingt-huit politiques étrangères. Faute de légitimité démocratique, elle n’arrive pas à se faire entendre, ni à faire la preuve de son utilité.

Ce n’est donc pas de coopération, mais d’unification, dont l’Europe a besoin. La question de l’Union Politique européenne que nos hommes politiques ont réussi à esquiver depuis soixante-dix ans est aujourd’hui, grâce à l’élection de Donald TRUMP, sur la table.

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : L'Europe des Citoyens