Tout sauf l'Europe !

Tout sauf l'Europe !

 

Dans un précédent article, constat avait été fait de l'absence assourdissante de l'Europe dans le débat de la pré-campagne présidentielle française. Quelques mois plus, las, il reste d'actualité, plus vrai que jamais. Véritable paradoxe à l'heure où la question européenne est sur toutes les lèvres, avec une intensité sans précédent.

 

Le président de la République française, François HOLLANDE, vient d'annoncer son renoncement à briguer un second mandat. Dans son allocution, il n'a pas manqué de promouvoir sa politique depuis 2012, exprimant un large satisfecit, à peine teinté de quelques regrets. Il ne s'est pas attardé sur l'Union européenne (UE), et pour cause ! Que reste-t-il des promesses du candidat de 2011 qui voulait la relancer en la réformant en profondeur, en la réorientant, en lui donnant plus d'épaisseur ?

 

Quelles initiatives a-t-il proposées et promues auprès de ses partenaires, notamment allemands ? Le bilan d'un homme dont personne ne peut mettre en doute la conviction européenne est bien maigre à l'heure des comptes.

 

L'ironie de l'Histoire est que le quinquennat de son prédécesseur, Nicolas SARKOZY, pourtant moins enthousiaste vis-à-vis de la construction européenne, aura été plus riche en progrès dans l'intégration, du Traité de Lisbonne au Traité budgétaire, en passant par une présidence française de l'UE dynamique, avec un duo franco-allemand réaffirmé comme moteur continental.

 

À l'inverse, sous le mandat de François HOLLANDE, l'UE s'est déchirée et délitée. Avec le Brexit, la crise des migrants et la mollesse de la croissance, elle est au bord de l'implosion. Bien sûr, le président français n'en est pas coupable, mais il porte une part de responsabilité, à n'avoir pas su ou voulu apporter les solutions réclamées par les peuples européens qui, dépités, se détournent vers des voies alternatives ô combien hasardeuses et dangereuses.

 

Venons-en maintenant à la Primaire de la Droite et... de la Droite. Car l'Europe est là aussi passée aux oubliettes, alors même qu'elle est constitutive de l'ADN de centristes censés s'intéresser et participer à cette pré-sélection inédite pour l'opposition républicaine. Soit les candidats se sont évertués à dénoncer ce qui constitue à leurs yeux les travers et les dérives de l'UE, sans vraiment y apporter de réponses, si ce n'est la négociation hautement improbable d'un nouveau traité aux visées floues. Soit ils ont carrément fait l'impasse, focalisés sur les problématiques nationales, comme si elles étaient déconnectées de la construction européenne.

 

Le moins que l'on puisse dire est que les médias ne les ont pas aidés à se rattraper, tout au contraire. Ainsi l'Europe a-t-elle été seulement effleurée lors des joutes télévisées. Force est de constater que plusieurs participants ont tenté de creuser le sujet, mais les journalistes ne leur en ont pas laissé l'occasion, appliqués à balayer un très large éventail de thèmes en un temps forcément compté.

 

Résultat : une approche brouillonne qui laisse un arrière-goût amer, donnant à penser que l'Europe est devenue tabou car trop complexe et trop polémique. Ses pourfendeurs sont ainsi confortés dans leur position toujours plus radicale et vindicative. Pire, le camp des eurosceptiques et des anti-européens ne cessent de gonfler dans la course éperdue à la démagogie électoraliste. Car rien ne vaut l'UE pour attirer et agglomérer des électeurs mécontents de leur sort, méconnaissant totalement des institutions européennes lointaines, prêts dès lors à croire toutes les affabulations sur leur compte, qui plus est au moment où les théories du complot reviennent sur le devant de la scène à la faveur des réseaux sociaux.

 

Dès lors, émerge un mouvement « tout sauf l'Europe », une Europe qui n'est plus seulement vilipendée et attaquée par la Droite ultra ou extrême, mais aussi par son pendant à Gauche, jusqu'au sein du Parti Socialiste, pourtant ardent promoteur de la construction européenne depuis les origines. Tous cèdent honteusement à la facilité de formules assassines simplistes, car il est plus aisé de détruire que de construire, qui plus est lorsque les peuples souffrent au point de ne plus se poser la question des conséquences néfastes d'un démantèlement de ce qui a été patiemment édifié en 70 ans et a apporté, quoi que puissent en dire ses contempteurs, paix, stabilité et prospérité comme jamais par le passé sur le Vieux Continent.

 

Le pire peut encore être évité. Certes, force est de reconnaître que l'UE est imparfaite et n'a pas satisfait les attentes à la fois nombreuses et immenses de ses peuples qui croyaient et espéraient en elle.

 

Est-ce vraiment une raison pour la vouer aux gémonies et engager sa dislocation ? Les électeurs français (et les autres) doivent sérieusement s'interroger sur ce qui adviendrait sans elle. Un retour aux Etats-Nations du XIXème siècle ?

 

Bien sûr, la France était puissante et respectée en ce temps. Mais, d'une part, comme nombre de ses voisins, elle prenait appui sur des colonies qui se sont fort heureusement émancipées ; et d'autre part, elle avait développé un nationalisme, chez elle comme chez les autres, qui conduisit aux plus effroyables boucheries de l'Histoire. Pour paraphraser Prévert, les Européens pourraient bien reconnaître le bonheur de leur union au bruit qu'il fera quand il s'en ira. Il sera alors trop tard...

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Esperanto