Tour d'Europe

Tour d'Europe

 

Un des sujets les plus traités tout au long de la semaine du 1er novembre est effrayant, mais n'a aucun lien à Halloween, si ce n'est son origine américaine. En effet, l'affaire WEINSTEIN, du nom de ce producteur hollywoodien accusé de harcèlement et de viol, a rejailli de manière inattendue, mais salvatrice, sur toute l'Europe. À commencer par le Royaume-Uni où le Ministre de la Défense, Michael FALLON, a dû démissionner pour être suspecté d'agression sexuelle. Au pays de sa Très Gracieuse Majesté, on ne badine pas avec les affaires de sexe !

Une affaire qui tombe mal pour la Première Ministre car, comme le souligne notamment la presse tchèque, Theresa MAY perd ainsi un des piliers de son Cabinet au pire moment de négociations qui s'enlisent sur le Brexit.

Du coup, la presse néerlandaise y voit une occasion pour le Parti Travailliste de se refaire une santé en s'engouffrant dans la brèche. Ainsi, une de ses motions a été adoptée par le Parlement britannique, forçant les ministères à publier des études jusque-là confidentielles sur les véritables conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) : des conséquences bien plus désastreuses que prévues, avec une perte sèche estimée à 500 milliards d'euros pour l'économie britannique ! Sexe et argent : le couple infernal qui domine le monde depuis la nuit des temps !

Bien évidemment, impossible de ne pas évoquer l'affaire catalane qui agite politiques et médias européens depuis un mois. Qui plus est au moment où Carles PUIGDEMONT, Président déchu d'une éphémère république catalane, se réfugie à Bruxelles pour... Mais pour quoi faire au juste ?

Nombre de journaux européens avancent l'hypothèse que l'intéressé tenterait ainsi de forcer la main de l'UE pour une médiation que les dirigeants européens, à commencer par la Commission, se refusent à concevoir, au nom de la souveraineté espagnole. Car pareille intervention reviendrait non seulement à reconnaître à l'UE un statut supérieur aux sacro-saints Etats-Nations qui le composent, mais aussi à élever la Catalogne au même rang que ces derniers, donc à lui ouvrir de facto une voie « royale » (n'en déplaise aux républicains catalans) vers l'indépendance, avec le risque d'une contagion générale qui engendrerait une balkanisation de l'Europe.

À défaut de soutenir un droit à l'autodétermination que certains journalistes, notamment hongrois, défendent comme une option éthique juste, l'UE pourrait être finalement perçue par ses ardents défenseurs que représente aujourd'hui la plupart des autonomistes, comme vendue aux Etats-Nations qui la composent.

Ironie de l'Histoire s'il en est : ces mêmes Etats-Nations qui bien souvent la vilipendent pour s'arroger leurs compétences et se substituer à eux (avec leur consentement originel, faut-il le rappeler), lui doivent leur salut à l'heure d'une mondialisation qui rebat les cartes, les affaiblit et réactive les racines régionales.

Désormais, pour la plupart des observateurs, la solution réside dans les urnes, via des élections régionales arrêtées au 21 décembre pour lesquelles tous les acteurs de la crise sont unanimement appelées à s'impliquer de manière apaisée et démocratique, car l'Espagne demeure un état de droit à l'occidental, respectable et respecté, contrairement à ce que voudrait donner à croire un Carles PUIGDEMONT rêvant de s'ériger en martyre... Comme l'énonce un journal tchèque, le meilleur moyen pour lui d'y parvenir serait de se rendre à Madrid pour y être incarcéré et jugé, au lieu de se conduire en capitaine lâche quittant le premier le navire de l'indépendantisme en train de sombrer à cause de l'amateurisme de ses armateurs.

Retour aux States avec deux autres actualités brûlantes relayées par les médias européens. L'une d'elle porte sur l'immixtion russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016, de plus en plus avérée par les révélations qui s'accélèrent ces derniers jours. La pathétique tentative de diversion de TRUMP avec le déclassement des dossiers secret-défense liés à l'assassinat de KENNEDY n'aura pas empêché les enquêteurs de se rapprocher de plus en plus de la Maison Blanche.

Au-delà des tergiversations sur les suites possibles en termes de politique à la fois extérieure et intérieure pour les Etats-Unis, les journaux européens, notamment suisses, allemands et irlandais, pointent du doigt les dangers de la propagande sur les réseaux sociaux, que les Russes auraient instrumentalisés pour manipuler l'électorat américain. Pour eux, l'internaute est tout aussi responsable que les géants du numérique : il lui revient en effet d'activer son esprit critique pour tenter de démêler le vrai du faux et exercer de la sorte au mieux son libre-arbitre. Ce qui correspond ni plus ni moins aux bases de la démocratie, qui se fendilleraient subrepticement sous les coups de boutoirs d'entreprises sans foi ni loi, sans patrie ni valeurs, uniquement animées par l'appât du gain maximal, voire peut-être désormais par le goût du pouvoir. Un pouvoir qui pourrait s'avérer absolu via le contrôle des esprits, comme au temps d'une Église toute-puissante qui régnait sur les âmes...

La solution serait de mettre un terme au traitement privilégié dont elle bénéficie depuis leur création. Mais les Etats-Nations sont désormais désarmés à eux-seuls face à des colosses multinationaux qui pèsent souvent plus lourd que leur PIB ! Seuls des blocs régionaux comme l'UE sont à priori en capacité de les encadrer et les contraindre, notamment à acquitter leurs dettes envers la société.

Pour finir, un focus sur l'Hexagone, parce que la France est au cœur des attentions médiatiques européennes ces derniers jours à deux titres. Le premier concerne la fin de l'état d'urgence, deux ans après les terribles attentats parisiens qui l'ont enclenché. Bien sûr, le pays reste une cible prioritaire des djihadistes, ce que ne doivent pas faire oublier les récents événements à Barcelone ou bien encore à New-York. À noter d'ailleurs la critique acerbe de la presse anglaise à propos d'une réaction de TRUMP bien plus vive au dernier attentat islamiste en comparaison du massacre de Las Vegas : pour le Guardian, « les armes ne sont rien d'autre qu'une forme de terrorisme à l'américaine ».

Fort heureusement, la France n'a pas à gérer les effets catastrophiques d'une vente et d'une détention libre des armes, mais elle vient de réformer une fois de plus son arsenal juridique pour muscler son jeu face au terrorisme. Certains journaux en Europe s'en étonnent et s'en alarment, à commencer par l'Allemagne : ils traduisent la nouvelle loi par une érosion toujours plus prononcée des libertés civiques, sans que les citoyens ne bronchent, désireux pour beaucoup d'un retour à un Etat fort qui les protègent, quitte à lui abandonner certains de leurs droits pourtant chèrement acquis par leurs aïeuls. Pour quelques journalistes, l'opinion publique doit se souvenir que la défense de la démocratie contre ses ennemis vise précisément à préserver état de droit et libertés publiques, non à les affaiblir, ce que visent précisément ces ennemis. Le meilleur moyen  passe avant tout par un renforcement des actions de renseignement et de police.

Dans le même temps, les médias européens, surtout polonais, interrogent avec vigueur la fameuse laïcité à la française qui a présidé à la décision du Conseil d'Etat de supprimer la croix surplombant la statue de Jean-Paul II dans un village breton. La Première Ministre polonaise s'en est insurgée et a de suite proposé l'asile au monument. Si des journaux célèbrent l'indépendance de l’État vis-à-vis de l’Église, un concept qui échappe totalement à de nombreuses élites européennes, à commencer par les pays de l'Est comme la Pologne, d'autres s'émeuvent d'une étape supplémentaire dans la destruction des fondements de la civilisation chrétienne de la part d'une Europe libérale décadente héritière de mai 68.Tout de suite les grands maux !

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »