Retour vers le futur 2

Retour vers le futur 2

 

Pour la reprise de cette revue de presse européenne, commençons par une note à priori positive, à savoir la décision du Parlement européen (PE) de durcir les normes d’émission de CO2 résultant du trafic routier. Ainsi, les véhicules légers neufs devront-ils rejeter en moyenne 40% de moins en 2030 par rapport à 2021. La prochaine étape est l’ouverture des négociations entre la Commission européenne (CE) et les Etats-membres, qui s’annonce d’ores et déjà rudes au regard des enjeux et des intérêts.

Pravo (République tchèque) se montre particulièrement hostile à cette perspective de réduction des taux limites dans un pays où le secteur auto emploie 400 000 personnes, suite aux nombreuses délocalisations dont il a bénéficié. D’autant que le passage à l’électrique ne saurait ni compenser les pertes annoncées, ni même garantir de moindres émissions. Même tonalité du côté de Stuttgarter Zeitung (Allemagne), chez un voisin où l’industrie mécanique est toute puissante : la transition dans les technologies de transport ne saurait être dictée ex-cathedra. Mais le journal reconnait une impulsion qui pourrait permettre aux européens de dominer le marché à venir, sous condition de normes raisonnables.

L’approche développée par Atlantico (France) est plus cynique, observant que les puissants à l’origine de ces nouvelles règles sont issus des villes où l’électrique permettra une relative dépollution, au détriment des périphéries qui devront produire l’énergie nécessaire, forcément polluante…

Mais force est de constater, que ce débat pourtant crucial, pour le futur tant de la planète que de l’Union européenne (UE), est éclipsé par les annonces toujours tonitruantes du gouvernement facho-populiste italien : annonces en l’occurrence budgétaire avec la souscription de nouveaux emprunts à hauteur de 27 milliards d’euros pour soi-disant renforcer l’Etat providence via un revenu minimal pour les plus pauvres et l’abaissement de l’âge de départ à la retraite. Une folie pour beaucoup d’observateurs, face à une dette déjà abyssale à 130% du PIB. Les marchés n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir, comme le pointe Le Figaro (France) : flambée des taux d’intérêt, dégringolade de la bourse, plongeon des banques (déjà fragilisées) …

Or, Jutarnji List (Hongrie) note la détermination sans faille des deux Vice-premiers ministres, Matteo Salvini et Luigi Di Maio. Face à eux, la Commission européenne semble bloquée : Newsweek Polska (Pologne) explique que toute riposte ou toute indulgence de Bruxelles ne peut que renforcer Rome, car les facho-populistes auront beau jeu de se poser en victimes dans un cas, ou en dominants dans l’autre, donc en vainqueurs en toute hypothèse.

Neue Zürcher Zeitung (Suisse) y voit les prémices d’un ital-exit, à savoir une exclusion de l’Italie de la zone euro. L’objectif des facho-populistes italiens pourrait bien être de provoquer une crise sans précédent, pour vendre une sortie finalement jugée inéluctable.

Rzeczpospolita (Pologne) prédit dès lors la fin de l’UE, car l’Italie n’est pas la Grèce : son poids économique et politique pourrait engendrer une spirale infernale que même l’Allemagne ne saurait endiguer. Un scénario crédible au regard des problèmes structurels d’une économie atone depuis une trentaine d’années. La Stampa (Italie) en appelle au président Sergio Mattarella pour s’opposer au projet budgétaire : non seulement il en a les moyens institutionnels, mais en plus, il jouit d’une popularité qui lui permet de s’en servir. Mais au-delà du seul aspect financier, le même journal met en garde contre la mesure liberticide que constitue le revenu citoyen, octroyé par le biais d’une carte électronique sur la base de dépenses « moralement justiciables », ce qui suppose un contrôle arbitraire digne de régimes antérieurs.

Revenons à un abord plus optimiste en portant le regard par-delà les Balkans, puisque la question macédonienne pour enfin trouver un aboutissement favorable suite à la victoire du « oui » au référendum organisé par Skopje sur le nouveau nom de l’ancienne république yougoslave de Macédoine. Un grave sujet de discorde avec le voisin grec depuis l’implosion de la Yougoslavie, les deux parties réclamant pour elles le nom de Macédoine, la patrie d’Alexandre le Grand. Ainsi, Athènes bloque-t-elle toute perspective d’adhésion à l’OTAN et à l’UE de sa cousine du nord. L’ennui dudit référendum tient à un taux de participation à hauteur stratosphérique de 36%. Il est néanmoins consultatif : le dernier mot revient au Parlement de Skopje. Au final, les avis divergent. Protagon.gr (Grèce) regrette par exemple que les électeurs se soient laissé guider par leurs émotions ou aient carrément éludé la question. Surtout, la vie politique grecque sera désormais largement influencée par les événements à Skopje, où des ambassades étrangères s’ingèrent dans les affaires nationales. Kapital (Bulgarie) pointe précisément l’influence des Occidentaux, qui ont joué un rôle clé dans la démission de l’ancien Premier Ministre macédonien afin de sortir le pays de l’isolement. Le média souhaite qu’ils poursuivent leur ouvrage afin de le sortir totalement de l’ornière, sachant que la bataille de Macédoine ne fait que commencer. En attendant, Delo (Slovénie) voit dans les derniers développements un exemple à suivre pour la résolution concertée et pacifique de conflits. Pour une fois, les Balkans pourraient démontrer aux Etats qui affectionnent de construire des murs, qu’il est également possible (et profitable) de jeter des ponts !

Las, ces mêmes Balkans opèrent eux-aussi un revirement idéologique et politique après deux décennies de libéralisation. À commencer par le plus important des pays de la région, la Roumanie, à présent sur la sellette européenne.

En effet, le Vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, vient une nouvelle fois d’appeler Bucarest à revoir son projet de réforme de la Justice, inquiet pour la séparation des pouvoirs qui est un des fondements de l’UE. Publico (Portugal) s’émeut d’une mise en péril de la démocratie en Roumanie, comme en Slovaquie par ailleurs, qui ne semble pas émouvoir les décideurs autant que les cas patents polonais et hongrois : une double morale incompréhensible et inacceptable.

Lucide, Kronica (Roumanie) plaide justement pour une tutelle renforcée de ces Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) qui régressent subitement au cas où la pression bruxelloise s’affaiblit, comme un âne perdant de vue son bon pâtre. Or, selon Adevarul (Roumanie), l’UE pourrait réagir fortement et rapidement dans les mois à venir, sachant que Bucarest et Sofia ne sont pas Varsovie et Budapest, puisque la Roumanie et la Bulgarie relèvent d’un statut spécial.

Force est de présumer que le Parlement européen pourrait voter le 1er novembre une résolution qui amorcera une procédure contraignante. Mais ne serait-ce pas prendre le risque de les jeter dans les bras de l’ours russe ? Car la Russie est toujours et encore en embuscade. Notamment dans les pays baltes, en Lettonie, où les élections législatives du 6 octobre pourraient accorder la victoire au parti Harmonie social-démocrate pro-russe. Toutefois, les éditorialistes locaux tempèrent les émois : Ir (Lettonie) affirme que nul parti ne s’est fendu de déclarations radicales et Neatkariga (Lettonie) que nul gouvernement ne pourra induire des changements auxquels les citoyens seraient opposés, sauf à commettre un suicide politique. La Lettonie n’est donc pas prête de tomber dans l’escarcelle russe, pas plus que l’Ukraine dont le Parlement vient d’adopter en première lecture une loi linguistique imposant l’usage de l’ukrainien dans tous les domaines de la vie publique. Un débat controversé sur place : si Vesti (Ukraine) y voit une mesure dictatoriale en violation des principes fondamentaux du pays, Ukraïnska Pravda (Ukraine) y perçoit la clé de l’identité ukrainienne dans le cadre d’une émancipation de Moscou. Celle-ci ne désarme pas pour autant, à l’Est comme à l’Ouest, bien au contraire. Preuve en est l’annonce du ministère néerlandais de la Défense sur une tentative de piratage du réseau informatique de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) basée à La Haye, dans laquelle serait impliquée le GRU, service de renseignement militaire russe.

De Telegraaf (Pays-Bas) évoque une attitude agressive prouvant que les Russes pensent pouvoir agir en toute impunité sur le territoire d’un autre Etat. Le journal dénonce les infractions à la loi et le sacrifice d’êtres humains, pour réclamer de plus lourdes sanctions que le renvoi de diplomates. Der Standard (Autriche) tient une position similaire, dans un pays dont il dénonce le rapprochement en cours avec le Kremlin. D’autant que Ekho Moskvy (Russie) reconnait que les services de renseignement russes ont franchi le Rubicon de l’espionnage classique pour passer du vol de données, à leur destruction. Mais The Times (Royaume-Uni) constate avec soulagement que le GRU n’est pas le KGB, échouant de manière patente et spectaculaire. Il semblerait que le roi Poutine soit nu. Mais un fait est certain : la volonté de détruire une UE honnie.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto