Quelques lueurs d'espoir ?

Quelques lueurs d'espoir ?

 

Commençons de nouveau cette deuxième revue de presse de la rentrée par une première note d’espoir. Pour ce faire, le regard doit se porter aux confins méditerranéens de l’Union européenne (UE), du côté de Chypre, dont l’intégration communautaire en 2004 était censée apporter une réponse viable et durable à la partition de l’île remontant à 1974. Sous la pression de Bruxelles, Grèce et Chypre devraient se retrouver fin octobre pour relancer les négociations de réunification sur la base d’une « fédération souple ».

Alitheia (Chypre) voit cette perspective d’un très bon œil dans la mesure où le gouvernement central sera investi du pouvoir restreint de garantir l’unité de l’Etat, sans atteinte aux principes de binationalité (deux territoires distincts) ni de bicommunalité (deux ethnies distinctes).

Phileleftheros (Chypre) la vit plutôt comme une imposture du fait de l’officialisation d’une frontière au-delà de laquelle Ankara confortera son emprise en ayant son mot à dire dans la conclusion d’accords internationaux face à un gouvernement central faible.

Si Chypre est un casse-tête, la Bosnie est un imbroglio, dont la complexité et la dangerosité se renforce avec l’élection par sa communauté du nationaliste serbe Milorad Dodik  à la présidence tournante et tripartite du pays. En effet, il aspire ouvertement à l’indépendance de la Republika Srbska qu’il a dirigée pendant 8 ans. Delo (Slovénie) craint un démantèlement de l’Etat bosniaque, d’autant plus sous les coups de boutoirs de la Russie, de la Serbie et de la Croatie. Heureusement, la note d’espoir ici est que le coprésident croate sera Zeliko Komsic, candidat modéré partisan d’une Bosnie multiethnique. Une gifle pour le HDZ selon Novi List (Croatie), parti croate à la politique bosniaque désastreuse depuis un quart de siècle.

Autre note d’espoir en provenance de l’Orient européen : l’échec patent du référendum sur l’interdiction constitutionnelle du mariage pour tous, du fait d’une participation ridicule de 20%, là où 30% sont nécessaires. Pour Romania Libera (Roumanie), la faute en incombe aux partis, qui n’ont pas voulu mobiliser, alors que 80% d’entre eux soutenaient la consultation. Le journal évoque dès lors non sans amertume une question citoyenne sabotée par l’ensemble de la classe politique, comme toujours.

Digi 24 (Roumanie) va un peu plus loin dans l’analyse des résultats, en évoquant un quiproquo entre le chef de file du PSD au pouvoir, Liviu Dragnea et l’Eglise orthodoxe, chacun ayant cru que l’autre allait motiver les troupes pour s’assurer la victoire.

Merce (Hongrie) avance que la principale perdante de ce scrutin est bel et bien l’Eglise orthodoxe, qui avait bien plus à perdre, en l’occurrence son influence sociétale, que le gouvernement opportuniste ayant saisi au vol la proposition de la « Coalition pour la famille » pour en tirer un quelconque profit politique. Si ce dernier ne s’est malgré cela guère investi, là encore par calcul, les religieux n’ont reculé devant aucune méthode pour convaincre leurs concitoyens, jusqu’à les menacer de refus de bénédiction ! Les homosexuels ne sortent pas pour autant renforcés de cet épisode électoral ubuesque. Bien au contraire selon Pravda (Slovaquie), car la campagne agressive des coalitions incongrues favorables à la famille traditionnelle a entraîné une recrudescence de l’homophobie dans le pays, à l’instar d’autres voisins de l’Est où se propagent des ilots homophobes. L’Europe occidentale devrait s’en inquiéter, mais Neue Zürcher Zeitung (Suisse) dénonce l’impérialisme culturel arrogant des fondateurs de l’UE et appelle ainsi à laisser les Européens de l’Est prendre eux-mêmes leurs décisions. Une position qui doit réjouir le Kremlin, à en croire Ziare (Roumanie). Car les Russes agiraient dans l’ombre pour monter les citoyens les uns contre les autres, secondés par des politiciens plus intéressés par leur sort personnel que par celui de la nation.

Delo (Slovénie) pointe précisément du doigt le déclin qui guette la Roumanie à jouer de la sorte sur les valeurs européennes, dans la mesure où la génération Erasmus dite Y (née entre 1980 et 2000) n’est pas encline à revenir dans le carcan des sociétés rétrogrades après avoir goûté à l’esprit libéral. D’où un risque accru de fuite des cerveaux, déjà bien entamée.

Le voisin bulgare n’est pas épargné par les mises en cause des acquis démocratiques. Au premier rang desquels la liberté de la presse, fondamentale pour informer et édifier une opinion appelée à se prononcer sur la gestion du pays et à élire ses dirigeants. En effet, la journaliste Viktoria Marinova  a été retrouvée violée et tuée dans le nord de la Bulgarie, au moment où elle enquêtait sur des détournements soupçonnés de fonds européens.

Corriere Della Sera (Italie) observe que cette affaire n’est malheureusement pas la première du genre cette année, rappelant les assassinats de Daphne Caruana  Galicia  à Malte et de Jan Kuciak  en Slovaquie : tous deux investiguaient eux-aussi sur des fraudes supposées. Deusche Welle (Bulgarie) déplore que les médias occidentaux assimilent cette histoire à l’infamante 111ème place de la Bulgarie dans le classement établi par Reporter Sans Frontière en matière de liberté de la presse, comme si elle y était finalement banale, presque normale. Son compatriote Kapital critique pour sa part le régime bulgare, pour cause de police et de justice paralysés, sans capacité pour exécuter leurs missions de façon professionnelle et consciencieuse. Un autre compatriote, Standart, appelle précisément à protéger davantage les journalistes, non seulement en Bulgarie, mais aussi dans toute l’Europe, parce que leur travail est une contribution vitale à la société et parce que la menace planant sur eux s’étend par conséquent à tout défenseur des droits fondamentaux. El Diario (Espagne) souhaite que l’Europe de l’Ouest ouvre enfin les yeux sur la censure qui couve à l’Est, une censure qui n’est plus grossière comme au temps communiste, mais raffinée puisque dictée par le marché, la publicité et les politiciens opportunistes. Tages-Anzeiger (Suisse) se tourne encore plus explicitement vers l’UE, communauté de valeurs qui ne doit tolérer aucune zone de non-droit. Idem pour Jutarnji List (Croatie), pour qui le Parlement européen doit se saisir de cette question cruciale.

La lueur d’espoir dans cette sombre tendance à l’omerta violente et mortelle viendra-t-elle donc des institutions européennes ?

Il le faudrait, car la Bulgarie n’est pas seule dans son cas. La liberté de la presse serait aussi en danger en Lituanie, où classes politique et médiatique s’affrontent sur le projet de rendre payant pour les journalistes l’accès aux informations contenues dans le « registre national », qui consigne notamment toutes les données relatives aux entreprises. Bien sûr, les journaux du pays montent au créneau pour s’insurger, à l’instar de Delfi (Lituanie) pour qui le gouvernement veut ainsi ensevelir des cadavres dans un placard fermé désormais à double tour financier, ou bien encore 15min (Lituanie) qui prédit l’avènement d’un Etat policier à force de restreindre les droits et d’instiller la peur.

Terminons ce rapide tour d’horizon européen par d’autres notes d’espoir. À commencer par le référendum attendu en Irlande sur la suppression de l’interdiction du blasphème, sachant qu’il peut en coûter 25 000 euros à toute personne qui s’y adonnerait à l’heure actuelle. The Irish Times (Irlande) ne voit pas vraiment l’intérêt de cette consultation, au regard du faible impact de la législation sur le blasphème. Simple mesure cosmétique ? Son compatriote The Irish Independant ne le pense pas, et ce, à l’aune de l’image de l’Irlande à l’étranger, qui s’en trouve d’autant plus écornée que des fondamentalistes de tout poil la prenne pour exemple afin de soutenir leurs propres thèses.

Autre tabou progressivement levé : la menstruation féminine. En effet, la Suède vient de lancer une campagne de sensibilisation à destination du monde du travail. Là encore, ce n’est pas du goût de tout le monde, ainsi que le prouve la position de Expressen (Suède) : si le média apprécie l’ouverture d’esprit ainsi générée, il postule que cette focalisation sur le corps de la femme est une voie à sens unique pour le féminisme. Son compatriote Svt Opinion insiste quant à lui sur le bien-fondé de la campagne, simple question d’égalité en matière de conditions de travail.

Droits des peuples, droits des homos, droits des journalistes, droits des femmes… : quelques exemples, non des moindres, du combat pour la liberté et le respect que représente et mène l’Europe contre ses propres tendances au repli et à la destruction.

Tant que l’espoir demeure, les autres maux sortis de la boîte de Pandore populiste ne pourront faire le malheur des opinions tentées par l’appel du vide.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto