Quand le jeu en vaut la bougie !

Quand le jeu en vaut la bougie !

 

Le 31 octobre vient de passer, et vous savez quoi ? Le Royaume-Uni n’a toujours pas quitté l’Union européenne (UE). Shocking, isn’t it ? En fait, rien de vraiment surprenant au regard des derniers événements, relatée dans le détail ici même. Les derniers développements sont de deux ordres, britannique et européen. Sur le Vieux Continent, les 27 se sont accordés pour reporter la date limite au 31 janvier 2020. Outre-Manche, le Parlement a finalement donné son accord pour des élections anticipées au 12 décembre, avec l’espoir d’une majorité franche qui mettra un terme d’une manière ou d’une autre à cette affaire de Brexit qui n’a que trop duré.

De part et d’autre, une seule et même question finalement : quel avenir après un Brexit qui se précise et finira bien par arriver ? Wiener Zeitung (Autriche) voit une certaine vertu à l’accord négocié et obtenu par Boris Johnson, à savoir dessiner des tendances palpables, dans la lignée de son prédécesseur David Cameron, qui avait déjà tenté à son époque une troisième voie pour le conservatisme anglais, entre économie de marché et nationalisation.

En attendant, Kauppalehti (Finlande) craint pour les entreprises, britanniques et européennes, qui seront les grandes perdantes des nouvelles relations commerciales, forcément moins avantageuses que le Marché Unique. Mais El Pais (Espagne) ne voit pas ce dernier se déliter, même de l’autre côté du Channel : loin d’être un club fragile au bord de la dissolution, l’UE a tissé un étroit réseau de règlementations et d’obligations auquel il est impossible d’échapper, n’en déplaise à nos amis britanniques.

Rzeczpospolita (Pologne) veut d’ailleurs encore croire que ceux-ci feront machine arrière lors des prochaines législatives, dans un moment de lucidité, en portant au pouvoir une coalition pour le maintien. The Irish Times (Irlande) ne partage pas du tout le même optimisme, imaginant un scénario favorable aux Tories, dont le message pro-Brexit avec accord est limpide, contrairement aux Travaillistes. De Morgen (Belgique) prédit leur effondrement, sans doute au profit des Libéraux-Démocrates, mais redoute surtout une abstention fatale, née de la lassitude. Sans compter une épidémie de grippe qui se profile à l’horizon, avertit Fokus (Suède). En fait, pour captiver et motiver l’électorat, Financial Times (Royaume-Uni) exhorte les politiques à ne pas se focaliser sur le Brexit, mais à traiter en règle générale des difficultés et des enjeux pour le pays dans les années à venir, hors UE. Peut-être ainsi le Royaume-Uni échappera-t-il aux affres populistes, contrairement à ses partenaires européens.

 

En Italie, après son éjection manu militari du gouvernement, Matteo Salvinirevient par la grande porte électorale avec la nette victoire de La Ligue aux régionales en Ombrie, à savoir 58% des suffrages exprimés. Huffington Post Italia (Italie) y voit un camouflet pour la nouvelle coalition, d’autant que les électeurs se sont mobilisés en masse. Le « front républicain » n’a donc pas fonctionné. Corriere Della Sera (Italie) analyse plutôt un échec du Mouvement 5 Etoiles, avec un recul d’un tiers, signe d’un électorat courroucé et volatile. En Allemagne, même coup de tonnerre, voire pire encore, du fait de l’ascension aux régionales en Thuringe de l’AfD, qui double son score. La coalition sortante Die Linke – SPD – Vert perd ainsi sa majorité. Un tel attelage était déjà improbable, dans la mesure où la Gauche radicale que représente Die Linke est en soi une frange protestataire et antisystème du paysage politique allemand. Magyar Nemzet (Hongrie) s’avoue dès lors pessimiste quant à la formation d’un gouvernement dans ces nouvelles conditions.

 

 

Berliner Zeitung (Allemagne) appelle à méditer un rapprochement entre Die Linke et la CDU, car mieux vaut une alliance inhabituelle qu’une région ingouvernable. Si le Ministre Président sortant issu des rangs de Die Linke est plutôt sympathique, Bild (Allemagne) ne le dissocie pas de son parti, qui se refuse à dire ouvertement que la RDA a été un Etat de non-droit, qui compte dans ses rangs d’anciens membres de l’ancien parti unique est-allemand et qui pactise avec des dictateurs comme Maduro au Venezuela. Par ailleurs, Mlada Fronta Dnes (République tchèque) met en garde sur une solution qui uniformiserait les positions des adversaires de l’AfD et ainsi le conforterait comme seule alternative possible, à défaut de crédible. Mais Le Soir (Belgique) craint encore plus que les digues contre l’Extrême-Droite ne rompent, notamment en France où l’expérience Macron est regardée avec intérêt. Or, le Président français tente de ratisser à Droite à l’approche des élections municipales, voire davantage, en s’emparant à bras le corps de la question explosive des migrations. La France pourrait dès lors modifier sa politique. Elle a d’ailleurs commencé à le faire à Mayotte, petite île de l’Océan indien prise d’assaut par les Comoriens tout proches, dont les enfants nés sur place ne deviendront plus automatiquement français. Une remise en cause du droit du sol hérité de la Révolution, que la Lettonie est en train d’adopter au même moment, comme nous le content les médias locaux. En effet, à partir de 2020, les enfants nés dans le pays pourront obtenir la citoyenneté lettone, ou celle de leurs parents ; notamment les descendants des ex-citoyens soviétiques non-lettons, qui ne bénéficiaient jusque-là d’aucun droit démocratique. Neatkariga se réjouit de la fin d’une phase de transition révolue, appelant désormais à supprimer le statut d’apatride. Delfi remarque que la coalition au pouvoir s’est déchirée sur la question, et envisage un cap xénophobe pour les nationalistes-conservateurs.

 

Non loin de là, le ministère russe de l’Education a envoyé une circulaire aux écoles du pays pour consacrer un cours spécial à Mikhaïl Kalachnikov, à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance du concepteur de l’arme éponyme. Newsru.com (Russie) relaie la publication d’un politique d’opposition qui s’insurge contre une assimilation de l’identité russe aux massacres, sachant que les kalachnikovs sont les armes les plus meurtrières. Vedomosti (Russie) rappelle que la culture russe en est au contraire bien éloignée, incarnée plus par Pouchkine, Repine ou Tchaikovski. La Russie est aussi l’autre pays du pétrole et du gaz, qu’elle tente d’imposer en Europe, notamment à travers le projet titanesque de gazoduc en Mer du Nord, dit Nord Stream 2. Or, le Danemark vient de lever son véto, qui n’avait plus lieu d’être, les Russes ayant mis le tracé en conformité avec le droit maritime international, raconte Jyllands-Posten (Danemark). Grani.ru (Russie) regrette la faiblesse de l’Europe sur pareil dossier. Si la Commission et le Parlement européens étaient farouchement opposés au projet, soutenus par la Pologne et les Etats baltes, l’Allemagne a fini par emporter le morceau en convainquant son voisin français des intérêts financiers en jeu, au détriment de la cohésion et de la sécurité de l’UE.

 

 

Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) nourrit les plus grandes inquiétudes à ce dernier sujet, du fait de la fin du transit russe via l’Ukraine, qui constituait un rempart contre le Kremlin et une reprise de la guerre hybride. Ria Novosti (Russie) confirme la mise à l’écart de l’Ukraine, avec toutes les conséquences néfastes qu’elle suppose. Du moins pour le pays et ses partenaires européens, car la Russie sort renforcée pour sa part de ce jeu de dupes. Poutine est décidément sur tous les fronts étrangers, de la Syrie à l’Afrique. Arbitre en majesté de l’échiquier explosif proche-oriental, il vise à présent l’Afrique, délaissée par les Européens, mais convoitée par la Chine et l’Inde. À l’ouverture du sommet russo-africain de Sotchi, il a ainsi annoncé une remise de dette de 20 milliards de dollars pour ses nouveaux amis. Ekho Moskvy (Russie) en est écœuré, car ce montant astronomique serait fort utile à la Russie elle-même, dont le système de santé est en décrépitude, avec des médecins sous-payés, environ 700 euros par mois à Krasnoïarsk ! Mais tel est le prix à payer pour le grand retour tant rêvé de la Russie sur la scène mondiale. Ilta-Sanomat (Finlande) souligne un autre intérêt russe bien compté : les matières premières du Continent Noir, à un horizon où les réserves russes vont s’amenuiser.

 

En UE, un pays tire silencieusement son épingle du jeu en ce domaine. Car le Portugal est riche en lithium, élément indispensable à la fabrication des batteries électriques. Il en est même le 5ème producteur mondial et les gisements de Guarda, 1ères mines en Europe, figurent parmi les dix plus importants de la planète ! Jornal Economico (Portugal) s’enthousiasme sur l’opportunité pour sa patrie de développer tout un secteur industriel clé pour le futur, à condition de respecter les normes environnementales internationales. Mais Observador (Portugal) gronde contre une destruction inéluctable de l’environnement, alors que d’autres technologies prometteuses et vertueuses comme l’hydrogène émergent. Ce débat n’a pas fini d’agiter l’UE, qui cherche à tout prix à sauver son secteur industriel fondamental, l’automobile, qui emploie 12 millions de personnes ! Une des pistes est la fusion de ses constructeurs, pour s’imposer sur la scène mondiale au lieu de la subir. Ainsi le mariage du Français PSA avec l’Italien Fiat-Chrysler suscite-t-il beaucoup de réaction, en vue la création d'un nouveau géant européen, 4ème constructeur mondial. Il s’annonce prometteur pour Le Figaro (France), bien plus que les noces avortées du même Italien avec le Français Renault-Nissan, du fait de la proximité culturelle et du contexte politique. Neue Zürcher Zeitung (Suisse) est du même avis car les deux constructeurs sont par ailleurs complémentaires, PSA étant bien implanté en Europe et Fiat en Amérique, le premier maîtrisant les véhicules hybrides ou électriques tandis que le second s’appuie sur une importante modularité de plateforme. Mais Süddeutsche Zeitung (Allemagne) craint que l’énergie et le temps nécessaires à la mutation du secteur automobile ne soit aspirés et gaspillés par l’intégration préalable. Surtout que La Repubblica (Italie) note de nombreux obstacles à franchir pour parvenir au bout du processus. Mais le jeu en vaut certainement la bougie !

 

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto