Nous n'avons pas peur - Construire pour se défendre

Nous n'avons pas peur - Construire pour se défendre

 

La nécessité d'une politique commune de défense européenne se fait de plus en plus pressante et apparaît comme une réponse pertinente à la situation géopolitique. Malheureusement, cette option semble inenvisageable pour le moment au regard des choix nationaux.

Ce vendredi 13 novembre, un groupe de terroristes est passé à l’attaque dans Paris et sa proche banlieue, faisant au moins 129 victimes, quelque 250 blessés dont une trentaine aujourd’hui encore entre la vie et la mort, et d’autres pour toujours mutilés et traumatisés. 

Inclinons-nous d’abord à la mémoire et la douleur de toutes ces victimes et familles innocentes.

Une fois ces jours de deuil nationaux passés, interrogeons-nous ; ce n’est pas seulement la France en tant que telle qui est visée, mais les valeurs des sociétés européennes qui font notre vivre ensemble.

La liberté, et en premier lieu la liberté de pensée déjà durement attaquée lors des évènements de janvier dernier.

La solidarité entre les individus et les classes sociales qui fait que tout système fondé exclusivement sur la recherche de l’intérêt particulier doit être combattu, à tout le moins fortement régulé, au nom de la nécessaire recherche de l’intérêt général.

Enfin, la laïcité qui n’est pas, comme le croit à tort un grand nombre de personnes, la négation de l’existence de Dieu, mais la condition du vivre ensemble dans le respect des libertés individuelles de chacun, dans la mesure où chacune des grandes religions monothéistes revendique pour elle-même l’exclusivité de la vérité.

Aujourd’hui, c’est bien l’Europe entière qui est attaquée dans ses valeurs fondamentales à caractère universel. Avant les attaques de Paris, il y a eu celles de Londres et de Madrid.

L’idée européenne est née, rappelons-le, il y a déjà soixante-dix ans, après plusieurs siècles de guerres entre européens et trente années qui auront vu se dérouler deux guerres mondiales. Il s’agissait alors de construire en Europe et au-delà, un système de régulation entre les sociétés et les Etats, capable de régler la multitude des conflits par le dialogue, la négociation et la signature d’accords internationaux regroupant de plus en plus d’Etats.

L’Europe, communauté de nations aux valeurs communes, a tenté de réfléchir aux relations à établir avec nos voisins proches : le monde russophone, le monde turcophone, le monde arabo-musulman… Mais, comment être audible, lorsque pour définir une position diplomatique, il faut consulter vingt-huit chefs d’Etats ou de gouvernement ?

L’Europe, communauté de nations aux valeurs communes, n’est pas tombée dans l’angélisme de l’utopique paix universelle. Elle a donc réfléchi à la nécessité d’organiser sa défense. Mais que peut faire un hypothétique état-major européen, s’il doit obéir simultanément à vingt-huit chefs d’Etat ou de gouvernement ?

Certes, beaucoup a été fait : un grand marché commun, une monnaie unique, une Cour de justice européenne… Mais, soixante-dix ans après le début de la construction européenne, toujours pas de politique étrangère européenne, ni de défense commune !

La faute à qui ? Principalement aux égoïsmes nationaux, calfeutrés sous le masque de la perte d’identité. Or, se conforter dans l’immobilisme, c’est valider une régression certaine face à notre monde en accélération. Les commentateurs « intellectuels » et politiciens europhobes ou eurosceptiques, qui surfent sur la légitime inquiétude des populations confrontées aux bouleversements provoqués par la mondialisation, n’échapperont pas à nos interpellations et à leur immense responsabilité historique.

Que veulent les souverainistes de tout poil ? Rétablir les frontières ! Alors, on construit une clôture ici, on déploie des barbelés là. Pour ce qui est de la France, à chaque accès de fièvre souverainiste, tel Président de la République ou tel Premier Ministre est venu s’assurer, devant tous les médias appelés à se réunir pour l’occasion, que le poste frontière de Menton était bien fermé à double tour. Comme si, établir cent mètres infranchissables valait pour plusieurs centaines de kilomètres de frontières à l’est et au sud. Nos souverainistes, lointains descendants des illusionnistes de la ligne Maginot[1], ont-ils oublié que l’armée d’occupation, pendant la Seconde guerre mondiale, dont les soldats avaient pourtant l’autorisation de tirer à vue, n’a jamais empêché des dizaines de milliers de personnes de franchir les frontières de l’Espagne et de la Confédération Helvétique ?

En s’opposant à la construction d’une Confédération Européenne, les souverainistes français et européens se sont de fait opposés à la mise en place d’un espace européen de sécurité, qui se serait appuyé sur une politique étrangère et une politique de défense communes. A vouloir défendre les frontières de chacun des vingt-huit Etats, ils ont, de fait, empêché la défense des frontières communes.

Qu’ils y réfléchissent. Parce que nous n’avons pas peur, rassurés que nous sommes dans la croyance en nos valeurs communes, nous sommes prêts à accueillir leur repentance.

L'équipe L'Europe des Citoyens
18-11-2015

 

[1] La ligne Maginot est une ligne de fortifications construite par la France le long de ses frontières pour se protéger d’une invasion allemande, à la suite de la Première guerre mondiale. Mais, les armées allemandes ne respectant pas la règle du jeu qui aurait consisté à venir se briser contre les fortifications édifiées, ont préféré les contourner pour envahir la France sous une véritable résistance.

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : L'Europe des Citoyens