Les radicalismes à l'assaut de l'Europe

Les radicalismes à l'assaut de l'Europe

 

La semaine écoulée a naturellement été marquée par les deux attentats commis en territoires français et allemands. Le premier a été perpétré par un agent administratif employé à la Préfecture de police de Paris depuis 16 ans, qui a tué quatre de ses collègues avant d’être abattu. Malgré ses contacts salafistes et sa radicalisation religieuse de récent converti à l’islam, il travaillait comme informaticien dans les services de renseignement associés à la lutte contre le terrorisme. Le Figaro (France) explique cette incroyable situation par le « dénislamisme », maladie collective qui brouille les esprits au point de les rendre aveugles à la réalité d’un pays infiltré. Adevarul (Roumanie) s’en inquiète, car un homme dans cette position est susceptible de transmettre des données ultra-sensibles aux forces intérieures ou extérieures qui cherchent à annihiler la civilisation européenne. Pour y remédier, Die Welt (Allemagne) appelle les responsables politiques et médiatiques à ouvrir les yeux et à parler clair, d’autant que la pudeur affichée publiquement pour éviter tout amalgame ne rend pas service aux musulmans, bien au contraire, en jetant davantage la suspicion sur eux. Or, le radicalisme n’est pas propre à une religion, à une communauté ou à un pays.

 

Preuve en est du second attentat, commis cette fois par un néo-nazi à l’intérieur de la synagogue de la ville allemande de Halle. Il y a blessé à mort deux personnes, avant de s’en vanter en anglais sur Internet, dans un souci dénoncé par Handelsblatt (Allemagne) de mondialiser le terrorisme d’Extrême-Droite, à l’instar de son cousin djihadiste. Grâce à un mémoire de devoir perpétué par les institutions et salué par Corriere Della Sera (Italie) comme par Neue Zürcher Zeitung (Suisse), la société allemande semblait désormais immunisée contre de tels actes antisémites sordides. Mais si la haine anti-juive n’a jamais été sous-estimée, les cellules néo-nazies pourraient l’avoir été. Surtout qu’elles ont été renforcées par la politique migratoire d’Angela Merkel, selon De Telegraaf (Pays-Bas). La formation d’Extrême-Droite Alternative Für Deutschland (AfD) les a pour ainsi dire entraînées dans son sillon ascendant. Qui plus est en Allemagne de l’Est, lieu de la tragédie, que De Volkskrant (Pays-Bas) voit ainsi se rebeller contre une unité imparfaite dont elle est la victime, plus que la bénéficiaire. Cela dit, El Mundo (Espagne) note avec dépit que l’antisémitisme et l’extrémisme droitier, fortement corrélés, se diffusent à travers toute l’Europe. Ainsi Pravda (Slovaquie) prédit un nouvel exode juif à destination de la Palestine, au moment même où le Ministre allemand des Affaires étrangères, Horst Seehofer, alerte sur une nouvelle crise migratoire à l’occasion de son déplacement en Turquie accompagné du Commissaire européen en charge de l’immigration, Dimitris Avramopoulos.

 

Voilà bien la plus grande peur, des responsables européens : devoir gérer un second afflux massif de migrants après le tsunami de 2015. Elle est fondée et gagne toutes les populations européennes, pour la plus grande joie des nationalistes et xénophobes de tous bords, dont le succès est proportionnel au risque migratoire, avéré ou anticipé. Car Handelsblatt (Allemagne) rappelle que la Turquie menace de se décharger du fardeau de 4 millions de réfugiés, pour l’immense majorité syriens, en ouvrant des frontières imperméabilisées à la suite d’un accord financier avec les Européens, emmenés sur ce dossier par l’Allemagne. Naturellement, le pays en toute première ligne est la Grèce voisine. Kathimerini (Grèce) se tourne naturellement vers l’Union européenne (UE), en solidarité, tout en exhortant les Grecs eux-mêmes à faire preuve d’un esprit de coopération, d’engagement et de sérénité pour faire face à un défi sans précédent. Sans précédent car la pression est à son paroxysme, au moment où le Président turc Erdogan se décide à une action antikurde en territoire syrien, encouragé par le retrait des troupes américaines et l’atonie européenne. En fait, Avvenire (Italie) apprend que les Européens comme les Américains, les Russes et les Iraniens, sont prêts à lâcher les Kurdes, leurs principaux alliés dans leur lutte commune contre Daesh, afin d’éviter l’émergence d’un Kurdistan indépendant comme nouvel acteur déséquilibrant davantage encore l’écheveau proche-oriental. Pravda (Slovaquie) met en garde contre un facteur de déstabilisation bien plus important et inquiétant que serait une intervention turque en Kurdistan syrien. Surtout que le dirigeant turc a clairement annoncé des purifications ethniques, qui engendreront de vastes mouvements de foule pour un coût estimé à 26,5 milliards de dollars, que le nouveau sultan espère faire payer à l’UE !

De Telegraaf (Pays-Bas) estime par ailleurs que les Européens devront assumer cette fois-ci en direct les milliers de djihadistes que les Kurdes refuseront dès lors de retenir prisonniers pour leur compte, et qui ne manqueront pas de se diffuser sur le Vieux Continent, même si Erdogan maintient fermées les vannes migratoires. Mais en sera-t-il seulement capable, car Liberal (Grèce) pense que la campagne militaire finalement lancée en milieu de semaine ne sera pas de tout repos pour l’armée turque, face à des Kurdes aguerris et déterminés. Sans compter les réactions outrées et les condamnations multiples à travers le monde, relayées par Karar (Turquie), qui ne vont pas manquer d’affaiblir le pays, au moment même où il subit de plein fouet une récession économique. En somme, paralysée de terreur face au radicalisme d’un Président turc prêt à lâcher sur elle la bombe migratoire qu’il lui prépare minutieusement et dont il la menace ouvertement, l’UE s’apprête à en être malgré tout la victime collatérale, à défaut d’en être la cible directe, prédit Zeit Online (Allemagne), d’autant plus sûrement que les Etats-Unis de Trump l’ont abandonné en rase campagne, déplore Jutarnji List (Hongrie).

 

Parallèlement, l’UE est la cible d’un autre radicalisme, de nature bien différente, prônant pour sa part la non-violence, mais qui n’en est pas moins problématique. Tout au moins aux yeux des observateurs, qui ne savent trop comment appréhender le mouvement Extinction Rebellion, qui lance des manifestations et des appels à la désobéissance civile à travers le continent et au-delà, pour forcer les gouvernements à s’impliquer dans la lutte contre le changement climatique. Publico (Portugal) salue cette mobilisation, qui pourrait être une chance d’éviter l’effondrement vers lequel le monde court de manière effréné. The Guardian (Royaume-Uni) veut croire aussi qu’elle sensibilise l’opinion mondiale et effraie les autorités au point de mettre en œuvre les mesures adéquates, que nous connaissons désormais toutes et tous, sans pour autant se les approprier tant elles peuvent être disruptives et dérangeantes. Tout comme 20 Minutos (Espagne), qui se réjouit d’une révolte transgénérationnelle et indépendante, certes, pacifique, mais qui délaisse les beaux discours pour l’action de terrain, dans le seul objectif hautement louable de sauver la planète. Mais cette évolution n’en reste pas moins une menace pour l’UE, car tout radicalisme induit de la division, de la tension, et du conflit, pour Der Tagesspiegel (Allemagne). Il ne faut jamais oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions… Et l’enfer pourrait bien naître de ce qui s’apparente en filigrane à une remise en cause de la démocratie, car Zeit Online (Allemagne) pointe l’aspect révolutionnaire d’un mouvement qui place le changement climatique au-dessus de tout, prêt à court-circuiter les institutions pour imposer ses vues et parvenir à ses fins. L’approche présente un aspect totalitaire, semblable aux vues de l’esprit de l’Extrême-Droite, qui pourrait donner naissance à un ordre social pire que l’actuel. The Sun (Royaume-Uni) enfonce le clou en décrivant les activistes d’Extinction Rebellion comme des fanatiques qui crient au désastre climatique pour arrêter la croissance économique et nous entraîner dans un nouvel âge sombre.

 

Une chose est sûre : toutes les violences nées du radicalisme à travers l’Histoire n’ont engendré que chaos et tyrannies. Il serait bon de ne pas l’oublier, de le méditer et d’en tirer les bonnes leçons, avant de démanteler une UE qui nous a préservée de ces malheurs jusque-là et qui peut encore nous protéger des menaces qui pèsent tant sur le continent que sur le monde, à condition de lui en donner le cap et les moyens.

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto