Le réveil de l'Europe ?

Le réveil de l'Europe ?

 

Après des mois, voire des années de crises et d'incertitudes croissantes, au point de mettre en cause l'existence même de l'Union européenne (UE), une éclaircie point à l'horizon, redonnant espoir et courage aux partisans d'une Europe des peuples pacifique, prospère et puissante.

Cette éclaircie est en grande partie le fait d'un subit arrêt de la montée inquiétante des populismes. Tout d'abord en Autriche où le candidat de l'Extrême-Droite a finalement été battu lors de la seconde élection présidentielle ; puis aux Pays-Bas où cette même Extrême-Droite a réalisé un score moyen au regard des prévisions, ce qui l'empêche de peser sur les affaires nationales et européennes comme elle l'entendait ; enfin en France où elle est certes parvenue pour la seconde fois en 15 ans au second tour de l'élection présidentielle, mais où elle a fini aplatie, là encore avec des scores plus faibles que les projections les plus pessimistes (à peine 21% des voix au premier tour et 34% au second).

Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face : le populisme demeure une menace lourde et immédiate, car il est désormais bien implanté et continue de prospérer. Mais force est de constater que le plafond de verre auquel il se heurte en Europe occidentale tient bon, contre vents et marées.

La meilleure nouvelle vient incontestablement de France, 6ème puissance mondiale et pilier de la construction européenne. Car le second tour de l'élection présidentielle s'est indubitablement mué en référendum sur l'Europe.

Or, le camp européiste incarné par Emmanuel MACRON l'a très largement emporté avec deux-tiers des suffrages exprimés, dans le cadre d'une participation relativement élevée aux trois-quarts des inscrits.

Cessons de toujours voir le verre à moitié-vide et réjouissons-nous, tout en demeurant réalistes. Pour la première fois depuis François MITTERRAND, les Français se sont dotés d'un président de la République profondément pro-européen. La différence avec 1981 est qu'ils le savaient à l'avance car MACRON a toujours affiché ostensiblement son affection et son ambition pour l'Europe, lui qui n'a pas connu la guerre mais la chute du Mur de Berlin, lui qui a vécu avec l'Euro une bonne partie de son existence, lui qui a expérimenté l'appartenance à un ensemble européen à travers les langues et les cultures.

C'était un pari osé et risqué en ces temps de critiques récurrentes et multiples à l'encontre de l'UE. Finalement, comme les Autrichiens et les Néerlandais, les Français ont exprimé leur attachement à une Europe sans doute imparfaite, mais dont ils pressentent qu'elle est cruciale.

L'Extrême-Droite elle-même le reconnaît, à se déchirer aujourd'hui sur une sortie de la zone euro qui lui a coûté de précieuses voix. Elle ne parle d'ailleurs plus de Frexit... Surtout que le Brexit n'est pas la réussite attendue, le Royaume-Uni commençant à en subir les inconvénients alors même que le processus est à peine enclenché.

La France est donc plus que jamais de retour à la manœuvre européenne. Le nouveau président de la République n'a pas manqué de démultiplier les signes et les symboles pour le souligner : hymne européen joué le soir de sa victoire au Louvre, désignation de plusieurs ministres comme lui fervents pro-européens, dont une euro-députée germanophone aux Armées, création d'un ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, premier voyage à l'étranger réservé à l'Allemagne et non aux troupes stationnées dans le Sahel comme prévu à l'origine, avancée des discussions avec les partenaires allemands sur la réforme de la zone euro et la création d'une défense européenne...

Le moins que l'on puisse dire est que le nouveau Gouvernement français est à l'offensive sur la question européenne. Transformera-t-il l'essai ? Possible car le contexte est de nouveau favorable.

Besoin est néanmoins d'attendre sa stabilisation avec les prochaines élections législatives et France et surtout en Allemagne. Mais une relance du moteur franco-allemand semble bien engagée : l'Allemagne de MERKEL paraît prête à des concessions pour avancer le projet européen, du moment que la France respecte enfin ses promesses, ce que MACRON lui a assuré. À voir. Toujours est-il que l'embellie économique pourrait favoriser ces démarches, sachant que la croissance de la zone euro dépasse pour la première fois depuis bien longtemps son homologue américaine et ramène le taux de chômage à un taux historiquement faible, en moyenne bien sûr.

Par ailleurs, l'Europe n'est plus aussi impassible et inactive que beaucoup le prétendent et le déplorent. Sur le plan des valeurs et des règles communes, la Hongrie de Victor ORBAN est désormais sur la sellette, à force de violations répétées et outrancières : la famille européenne tolère de moins en moins l'indélicatesse et l'ingratitude hongroise vis-à-vis d'une UE qui lui amène des milliards chaque année, au point de menacer ce pays de lui ôter son droit de vote.

Parallèlement et paradoxalement, les 27 Etats membres, Hongrie incluse, demeurent pour l'instant unis face d'un côté à la Russie autocrate et impérialiste de POUTINE, et de l'autre, à un Royaume-Uni qui rêve de s'exonérer des normes communes tout en se maintenant au sein d'un marché unique précisément fondé sur ces normes.

Qui a dit que l'Europe était le cheval de Troie du Grand Capital mondialiste, dérégulateur et sauvage ? Elle prouve le contraire tous les jours, en s'attaquant par exemple avec force et succès aux géants américains du numérique. Ainsi, après Apple, Facebook est dans le viseur de la Commission européenne suite à son rachat de Whatsapp.

L'idée est bien d'empêcher les multinationales d'imposer leurs lois aux consommateurs européens. Et l'UE en a les moyens, car le premier marché de la planète est vital pour ces entreprises.

En bref, si tout ne va pas très bien, tout ne va pas si mal non plus. Une fenêtre de tir se présente aujourd'hui à l'Europe pour progresser à la faveur de ses peuples : elle ne doit pas la manquer car elle pourrait ne pas se renouveler.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »