Le populisme comme trait d'union... destructeur

Le populisme comme trait d'union... destructeur

 

Les médias européens constatent une convergence à priori irrépressible des pays européens, malheureusement de mauvaise augure pour l'Europe puisque le populisme en est le point d'orgue. En effet, élections après élections, les partis contestataires,  anti-système  et europhobes gagnent sans cesse en audience à travers le continent, d'Est en Ouest et du Nord au Sud. Une évolution commune qui accroît paradoxalement la fracture entre ces blocs de l'Union européenne (UE).

Ainsi le parti d'opposition SDS a-t-il remporté les législatives en Slovénie. Un nouveau succès pour les partisans du repli  sur soi selon La Stampa (Italie) puisque cette droite conservatrice emmenée par l'ancien Premier Ministre Janez Jansa , promet une politique anti-immigration, davantage de sécurité et de patriotisme. Elle est suivie de près par la Liste de Marjan Sarec  (LMS), Maire de Kamnik, ouvertement anti-système.

Publico (Portugal) y voit le scénario désormais bien connu d'une jeune démocratie qui se voue à un populisme attisant les peurs les plus viscérales. Or, la Slovénie est loin d'être en crise : croissance de 5%, seulement 200 demandeurs d'asile en 2015 et 2016... Mais HVG (Hongrie) apprend que le Premier Ministre hongrois, Victor Orban , a fait campagne pour Jansa  dont le parti a repris la rhétorique stridente et xénophobe sur ce qui pourrait advenir si le peuple ne prend garde. Jutarnji List (Hongrie) prédit que la Slovénie pourrait dès lors s'allier avec la Hongrie, mais aussi la Pologne du PiS, l'Italie de la Ligue et l'Autriche du FPÖ, à condition que le SDS parvienne à former une coalition pour parvenir au pouvoir.

Keskisuomalainen (Finlande) n'ose y croire car la majorité des partis au Parlement rejette cette option. Surtout que Jansa, Premier Ministre à deux reprises, a été incarcéré pour irrégularités dans des contrats d'armements. Il est dès lors peu convaincant en « Monsieur Propre » qui affirme vouloir donner un grand coup de balai dans la classe politique. Au final, Vecer (Slovénie) craint une période d'instabilité pour le pays, confronté à plusieurs difficultés : litige frontalier avec la Croatie, vente de la grande banque NLB, grèves  dans le service public, réforme des systèmes de santé et de retraite... De nouvelles élections ne sont donc pas exclues.

À moins que ne surgisse une alliance inattendue, comme chez le voisin italien, où la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles (M5S) sont parvenus à former un gouvernement sous l'égide de Giuseppe Conte. Les deux partenaires s'insurgent des critiques et craintes formulées à travers l'UE, car nul autre pays ne doit s'ingérer dans les affaires italiennes pour eux. Zeit Online (Allemand) affiche son désaccord avec ce point de vue. L'UE est bâtie sur des États-Nations qui ont chacun leur sensibilité. Tout un chacun doit le respecter, certes, mais les voisins ne sont pour autant pas réduits au silence, surtout si ils identifient une menace collective. Vecerji List (Hongrie) se montre plus flegmatique, attendant de voir ce dont ce gouvernement unique en son genre est capable avant de juger.

Pour De Volkskrant (Pays-Bas), une expérimentation peut avoir une issue positive. Sauf que l'entente entre les deux alliés semblent artificielle et fragile, puisque la Ligue est soucieuse de défendre en priorité les intérêts du Nord, plus riche, tandis que le M5S veut venir en aide au Sud, plus pauvre. En fait, l'axe central de l'attelage, qui peut lui permettre de tenir, est ce qui a favorisé son succès, à savoir le sentiment d'abandon des Italiens souligné par Le Temps (Suisse), non sans raison sur la question migratoire pour laquelle l'Italie a tout simplement été lâchée par le reste de l'UE.

Le Point (France) imagine que le fédéralisme aurait pu éviter cette blessure, sans compter que son absence au d'une UE à tendance intergouvernementale a pour autres conséquence grave une disparité socio-économique toujours plus forte, notamment entre Nord et Sud, en l'absence de mécanisme de transfert correcteur. Pour illustration, le PIB italien a chuté de 30% par rapport à celui de l'Allemagne, et le pouvoir d'achat des Italiens de 12% depuis 2007. Hélas, nul fédéralisme en vue, bien au contraire puisque Corriere Della Sera (Italie) prévoit une destruction de l'Europe pour cause de chauvinisme ambiant. Les pays membres de l'UE doivent le combattre ensemble, comme ils l'ont fait contre le protectionnisme au lendemain de la grande dépression. Mais ils risquent fort, au contraire, de s'en accommoder, voire de s'en laver les mains, jusqu'à ce que les dégâts deviennent insupportables.

Les populistes ont aussi le vent en poupe au pays des fiers vikings. En effet, selon les sondages à l'approche des législatives de septembre, le gouvernement socialistes-verts est en net recul, au profit des Démocrates de Suède, formation populiste de Droite qui a particulièrement le vent en poupe dans le Nord du pays, comme le commentent les médias suédois.

Tel Upsala Nya Tidning, pour qui l'essor des grandes villes a laissé de côté des habitants qui s'accrochent dès lors à la perche populiste. Aftonbladet cite Donald Trump dans le texte, quant aux oubliés qui forment l'électorat traditionnel des Démocrates de Suède comme du Président américain, loin des élites libérales des métropoles rutilantes. Sans compter que s'ajoutent au débat la problématique de l'intégration d'une population immigrée à majorité musulmane, dans un pays qui a le plus accueilli en rapport à son nombre d'habitants originel. Des journalistes suédois ont notamment contacté 40 écoles maternelles municipales dans des quartiers populaires de Malmö, de Göteborg et de Stockholm, ce, en demandant aux enseignants d'imposer le voile à leur fille supposée de 5 ans : 27 ont accédé à leur requête. Göteborg-Posten s'en insurge car le rôle des crèches et des écoles est de suivre le programme, non d'inculquer des doctrines religieuses. Besoin est de défendre les intérêts des enfants dont la liberté est menacée, et l'école doit y aider. Même son de cloche pour Expressen : si l'éducation des enfants repose sur les parents, ces derniers ne peuvent pour autant commander aux enseignants, qui doivent pouvoir et savoir dire NON.

Pour l'heure, l'Espagne semble préservée par la vague populiste, même si le nouveau gouvernement a bénéficié du soutien de partis indépendantistes et contestataires pour se mettre en place sous l'égide du chef de file socialiste Pedro Sanchez, suite au renversement de Mariano Rajoy pour cause de scandale de corruption. Un coup de théâtre (et de maître) diversement apprécié. Duma (Bulgarie) y voit l'opportunité de changer le cap de la politique espagnole, après une longue période d'austérité, pour démontrer au reste de l'Europe qu'une politique de gauche peut être bonne. Mais El Mundo (Espagne) constate que Sanchez  souligne son profil européen, qui le rende enclin à respecter les engagements vis-à-vis de Bruxelles. D'ailleurs, Irish Times (Irlande) note la nomination d'un Ministre des Affaires étrangères très europhile : Josep Borrell. Pour cause puisque l'intéressé fut  Président du Parlement européen de 2004 à 2007. Le nouveau Président du Conseil ne pouvait envoyer meilleur signal aux Européens. De Volkskrant (Pays-Bas) évoque aussi l'arrivée au ministère de l’Économie de Nadia Calvino , haute fonctionnaire européenne, qui doit là-aussi apaiser les autres capitales, en plus de chercher à calmer voire récupérer les féministes, sachant que la nouvelle équipe est particulièrement féminisée. El Periodico De Catalunya (Espagne) salue justement un cabinet paritaire, expérimenté et compétent, pensé pour le long terme. Et ce, malgré la perspective d'élections anticipées, comme le conçoit La Libre Belgique : à Sanchez  à présent de démontrer qu'il n'est pas seulement capable de crocheter son adversaire, mais aussi de bâtir rapidement.

D'autres essaient aussi de bâtir, à une échelle encore plus compliquée parce que plus ample. Angela Merkel s'est effectivement enfin décidée à donner un écho aux propositions répétées de Macron  pour une réforme de l'UE : approfondissement de la zone euro, politique d'immigration coordonnée... Der Standard (Autriche) se réjouit ironiquement de constater que la Chancelière est toujours en vie et appelle les Européens à prendre leur destin en main.

Le Monde (France) relativise toutefois le progrès d'une dirigeante allemande toujours aussi prudente, adepte de la politique des petits pas. Nul grand soir allemand, surtout que le format d'un journal télévisé ne s'y prête guère, comme le critique Berliner Zeitung (Allemagne) : un discours au Bundestag aurait été de meilleur aloi pour pareilles déclarations. Naftemporiki (Grèce) explique la retenue de Merkel  par son souci de ménager son propre parti, la CDU, peu encline à davantage d'intégration européenne. Or, la France a besoin de l'Allemagne pour La Repubblica (Italie). Macron a beau être fort vertueux, il est à bien des égards l'incarnation parfaite du technocrate auquel les Européens sont devenus allergiques. Il n'en reste pas moins la meilleure chance pour l'Europe, à condition d'être soutenu. Or, le Financial Times (Royaume-Uni) voit dans le projet de Merkel un signal selon lequel l'Allemagne pourrait de nouveau assumer son rôle traditionnel de conciliation, reconnaissant qu'elle doit contribuer et faire plus que les autres. Toutefois, elle n'acceptera certainement pas un changement de modèle comme le souhaite Macron, car elle est la première à  en profiter, analyse Lidove Noviny (République tchèque). Aussi, La Stampa (Italie) préconise un rapprochement de la France avec l'Italie et l'Espagne, pour promouvoir une Europe plus solidaire et flexible.

 L'avenir de l'UE se joue aussi du côté de Moscou, ou plutôt de Vienne puisque Vladimir Poutine  s'y est récemment rendu, à la rencontre du jeune Chancelier Sebastian KURZ, allié à la formation de Droite extrême du FPÖ, faut-il le rappeler... Delo (Slovénie) avance le retour sur la scène diplomatique de l'Autriche, dont la neutralité active avait transformé ce modeste Etat en acteur incontournable durant la Guerre froide.

Die Presse (Autriche) conseille en ce sens de suivre l'exemple finlandais, ni russophile ni russophobe, mais pragmatique et équilibré, basé sur la vérité, la franchise, la stabilité et le respect. Die Welt (Allemagne) veut croire que Kurz  est l'homme de la situation pour rapprocher UE et Russie, plus que Macron  dilettante ou Merkel  fatiguée. Il pourrait même devenir un trait d'union avec Washington et entre les États membres de l'UE divisés, sachant que l'Autriche assurera la présidence tournante du Conseil de l'UE à compter du 1er juillet. Paradoxalement, la présence du FPÖ au Gouvernement pourrait l'y aider, car elle est de nature à plaire aux autres populistes désormais au pouvoir dans l'UE, à Trump et surtout à … Poutine, qui soutient depuis plusieurs années ce type de formation. Mais dans quel but exactement ? Beaucoup imaginaient une volonté de détruire l'UE. Or, 444.hu (Hongrie) constate non sans étonnement et questionnement un revirement du maître du Kremlin du fait d'un discours viennois prônant une UE forte, dans l'intérêt de la Russie... Izvestia (Russie) se réjouit de l'évolution de nombreux pays membres vers un rapprochement avec la Russie suite à l'arrivée à leur tête de formations partageant la vision russe de l'avenir du continent. À commencer par l'Autriche, qui pourrait en fait le payer très cher puisque certains de ses partenaires veilleraient aujourd'hui à ne plus partager d'informations sensibles avec elle, de peur de fuites à destination de l'Oural, ce que craint Upsala Nya Tidning (Suède). Ne serait-ce pas là le véritable objectif de Poutine : semer doute et discorde dans la famille européenne pour mieux la dominer et servir ses intérêts, à commencer par une levée des sanctions contre la Russie depuis l'annexion de la Crimée ?

Finalement la même tactique que tente Trump en déclarant la guerre commerciale à l'UE. Ria Nowosti (Russie) qualifie les hausses de taxes sur l'aluminium et l'acier de mesures systématiques d'une équipe nationaliste, qui sont parties pour durer, au-delà même de Trump, contrairement à ce que croit Macron. Pravda (Slovaquie) prévoit des effets non seulement économiques, mais aussi politiques, encore plus délétères. Car la rupture transatlantique pourrait générer une véritable menace sur la sécurité, à la grande joie russe... Le pire est que le Président américain porte ainsi atteinte aux intérêts de son pays, notamment aux ouvriers de l'industrie automobile dont les matières premières vont flamber. Car le Financial Times (Royaume-Uni) perçoit une surenchère et préconise une riposte sobre et coordonnée. Encore faut-il que les pays européens conservent leur cohésion face à un grand frère américain tout puissant et agressif. Des États comme l'Irlande ne veulent se lancer dans un affrontement qui pourrait considérablement leur nuire, explique Rte News (Irlande). Mais l'enjeu est bien au-delà du seul commerce. Die Presse (Autriche) sonne ainsi le glas de la communauté de valeurs occidentales, que ne portera plus le G7 réuni à Québec dans une ambiance exécrable. D'autant que Trump jette de la sorte les alliés traditionnels des Etats-Unis dans les bras d'autocrates russes ou chinois. D'où le cri du cœur de Lidove Noviny (République tchèque) : « si la rhétorique de 1914, en l'espèce l'idée que TRUMP est pire que l'Iran théocratique et la Chine communiste, devait l'emporter en Europe, alors que Dieu nous garde » !

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto