Le casse-tête du partenariat

Le casse-tête du partenariat

 

L’Espagne demeure irrémédiablement dans l’impasse politique et institutionnelle à l’issue d’énièmes élections sans majorité claire. Pire, si les socialistes demeurent en tête, leurs possibles alliés à Gauche et au Centre régressent au profit de la Droite et surtout de l’Extrême-Droite ! Hromadske Radio (Ukraine) note précisément l’essor de Vox, fondé seulement en 2013 par des dissidents du Partido Popular (PP), avec 52 députés, pour la première fois depuis 1982. Corriere Del Ticino (Suisse) jette la pierre au Premier Ministre Pedro Sanchez, qui n’a pas su gérer les questions catalane et migratoire, sans compter l’exhumation controversée de Franco.

L’Opinion (France) pense que le (PP) a lui-aussi joué un rôle dans la progression de l’Extrême-Droite en adoptant certaines de ses rhétoriques et propositions, au lieu de l’isoler. Tages-Anzeiger (Suisse) redoute finalement la montée en puissance d’une formation qui veut abolir l’autonomie des régions, interdire les partis indépendantistes et restreindre l’enseignement des langues locales, le tout dans un pays mosaïque. Un bien mauvais augure pour le conflit catalan, dont la solution n’est certainement pas dans la rigidité et l’affrontement. Frankfurter Rundschau (Allemagne) parle dès lors d’un désastre électoral, pour Sanchez comme pour l’Espagne. Der Standard (Autriche) en ajoute une couche en critiquant son aventurisme, sur la base d’une vague promesse sondagière de victoire : il aurait été bien mieux avisé de négocier sérieusement une coalition avec la Gauche radicale de Podemos, qui elle-même aurait dû saisir l’occasion des 3 ministères proposés à l’époque par le Premier Ministre. Il est désormais bien tard. D’autant que La Vanguardia (Espagne) note que le Centre lui-même est affaibli en la personne de Ciudadanos, passé de 57 sièges à 10 !

 

 

Dagens Nyheter (Suède) y voit l’illustration même de la recomposition politique à l’œuvre à travers toute l’Europe, via l’émergence de nouvelles forces pour la plupart populistes, qui viennent troubler le jeu traditionnel des alliances et des alternances au point de rendre les Etats ingouvernables.

El Mundo (Espagne) ne voit dès lors plus qu’une seule issue, à savoir la formation d’une grande coalition à l’allemande, entre socialistes et conservateurs : une nécessité absolue pour retrouver un peu de stabilité et adopter les réformes indispensables. Journal 21 (Suisse) appelle en ce sens les deux parties à des concessions, à minima pour un soutien parlementaire du (PP) à un gouvernement minoritaire toujours dirigé par Sanchez. Car Parapolitika (Grèce) affirme que les élections à répétition ne résoudront pas un problème qui n’est pas mathématique. L’ennui est que le scénario d’une entente des deux partis de gouvernement pourrait bien profiter à Vox, qui sera leur premier opposant…

 

Pour les mêmes raisons, l’Autriche se cherche elle-aussi une majorité parlementaire depuis plus de 40 jours. Certes, contrairement à l’Espagne, les législatives ont conforté le Chancelier conservateur sortant, Sebastian Kurz, au détriment de son alliée, l’Extrême-Droite du FPÖ. Mais elles ne lui ont pas octroyé pour autant une majorité claire et confortable. L’heure du choix a sonné pour lui, qui vient d’inviter les Verts à des discussions exploratoires. Der Standard (Autriche) perçoit dans cette nouvelle posture un opportunisme climatique, à l’heure où la lutte contre le réchauffement prend une ampleur inédite dans les mentalités. En effet, il ne serait pour déplaire à Kurz de s’ériger en précurseur absolu à la tête d’un pays pionnier en Europe. Mais son parti n’est certainement pas prêt à céder aux écologistes sur des thèmes clés comme l’immigration, le commerce et la fiscalité. Hospodarske Noviny (République tchèque) croit néanmoins le rapprochement possible, sans doute pas par passion, mais par raison. Une éventualité à suivre de très près car elle pourrait essaimer à travers l’Europe, à commencer par l’Allemagne où les Chrétiens-Démocrates de la CDU pourraient bien se confronter à un scénario identique à la suite des prochaines élections nationales.

 

Autre attelage qui a bien du mal à se constituer et à prendre son envol, cette fois à un niveau supranational : la nouvelle Commission européenne (CE) se heurte non seulement aux réticences et oppositions du Parlement européen (PE), qui a tout de même fini par valider la candidature française de Thierry Breton, mais aussi à l’écueil britannique, puisque le Royaume-Uni n’a toujours pas proposé de représentant, au point que Bruxelles a engagé une procédure d’infraction contre Londres. Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) rappelle à Boris Johnson que son pays est toujours membre de l’Union européenne (UE), ce qui suppose des droits et devoirs, avec tout le respect qui incombe à une organisation de la sorte, ne lui en déplaise. Mais son objectif n’est-il pas précisément de la déstabiliser et de l’affaiblir pour mieux en tirer profit ? D’autant qu’il est en bonne voie pour remporter les législatives du 12 décembre après l’annonce de Nigel Farage, chef de file des brexiteurs durs du Parti du Brexit, de présenter des candidats uniquement dans les circonscriptions traditionnellement travaillistes : un coup rude pour le Labour souligné par The Sun (Royaume-Uni), comme pour l’ensemble des forces progressistes, déchirées de leur côté par de triviales querelles tribales déplorées par The Guardian (Royaume-Uni). De fait, l’actuel et sans doute futur Premier Ministre britannique participe des freins auxquels se heurtent la Présidente de la nouvelle CE, Ursula Von Der Leyen, qui, si elle parvient à prendre ses fonctions au 1er décembre, ne pourra réellement se mettre à a tâche avec sa nouvelle équipe avant le printemps. Soit une perte de plusieurs mois précieux que déplore Huffpost Italia (Italie).

Delo (Slovénie) martèle que l’UE a besoin sans plus tarder d’un exécutif opérationnel, à un moment crucial : discussion sur un budget de plus de 1 200 milliards d’euros pour les 7 ans à venir, menace de récession sur l’économie européenne, réflexion et action à mener sur le retard technologique du Vieux Continent…

 

Mais l’UE ne se limite pas à la CE. D’autres institutions continuent de fonctionner et d’agir, à l’image de la Cour de Justice de l’UE (CJUE), qui vient de décider que les denrées alimentaires produites dans les territoires annexés par Israël devront être étiquetées comme telles. Une absurdité pour Bild (Allemagne), voire une honte, à clouer l’Etat hébreux une nouvelle fois au pilori, au risque d’alimenter un antisémitisme déjà croissant. Lidove Noviny (République tchèque) partage cet avis, en même temps de reconnaître que des produits originaires de territoires non reconnus internationalement ne peuvent être qualifiés d’israéliens. Précisément pour cette raison, Tagelblatt (Luxembourg) soutient pour sa part le verdict de la CJUE et exhorte les législateurs européens à saisir l’occasion de perfectionner la réglementation communautaire, ne serait-ce que par éthique. Surtout que le jugement n’a rien de politique et de discriminatoire pour El Pais (Espagne), contrairement aux allégations israéliennes, dans la mesure où il distingue bien les marchandises produites en Israël, qui bénéficient pleinement des conditions avantageuses négociées avec l’UE. Finalement, très simplement, Israël ne fait pas exception aux règles de l’étiquetage de l’UE, qui ne peut ni ne doit accepter le politique du fait accompli de quelques partenaires que ce soit, au risque de perdre encore en crédit et en force.

 

 

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto