La réalité de la Commission européenne

La réalité de la Commission européenne

 

Les europhobes ne cessent de décrier du matin au soir la tyrannie de Bruxelles, jusqu'à comparer l'Union européenne (UE) à l'Union soviétique (URSS), soit-dit en passant un outrage impardonnable pour les millions de victimes de l'ancien régime communiste... Bien sûr, ils visent la Commission européenne, une institution qu'ils jugent antidémocratique puisque non élue par les peuples, non responsable devant eux et malgré tout pourvue d'un immense pouvoir. Trois contre-vérités qu'il est aisé de démonter en quelques mots.

Pour commencer, certes, la Commission européenne n'est pas directement élue par les peuples. Elle ne procède pas moins d'eux, et ce, pour deux raisons. La première est que chaque commissaire est choisi par le gouvernement du pays pour lequel il siège, gouvernement bel et bien désigné par la population. La seconde est que chaque commissaire est auditionné puis accepté ou rejeté par le Parlement européen, lui-même élu par les peuples, procédure d'ailleurs unique en Occident (nul ministre ne subit pareille procédure pour accéder au gouvernement). Mieux, les députés européens sont en capacité de renverser la Commission et même, depuis 2014, d'imposer leur candidat à la Présidence de la Commission.

Pure théorie que tout cela ? Pour preuve que non, le Parlement européen a déjà mis en œuvre ses prérogatives en poussant la Commission Santer à la démission en 1999 pour cause de fraude et de népotisme, en rejetant plusieurs commissaires indignes de cette haute fonction pour afficher des valeurs incompatibles avec les fondements de l'UE, et en imposant en 2014 Jean-Claude JUNKER aux chefs d'État et de Gouvernement du Conseil européen qui octroie en dernier ressort la Présidence de la Commission.

Autre point important : les commissaires sont tous soumis à des mesures bien plus strictes que dans n'importe quel État membre. Il est naturel que d'anciens présidents ou commissaires choquent l'opinion en rejoignant des organismes privés autrefois sous leur coupe, jetant le doute sur leur probité et la justesse de leur action passée. Mais tous doivent attendre 18 mois pour franchir le pas, histoire de bien séparer leurs précédentes et futures fonctions, une règle sans commune mesure avec ce qui se pratique généralement au niveau national.

Ensuite, les europhobes s'acharnent à prétendre que la Commission régente les affaires européennes depuis sa tour d'ivoire, prenant seule des décisions ultra-libérales contraires aux intérêts des peuples, auxquelles doivent se soumettre des États membres rendus impuissants par les traités européens, au passage négociés, signés et ratifiés par eux-mêmes.

Bien évidemment, la réalité est tout autre. Elle est même à front renversé, ce que les pro-européens regrettent pour leur part. Certes, érigée gardienne desdits traités par la volonté des Etats, la Commission veille à leur respect en toute indépendance, ce qui peut l'amener à en rappeler quelques-uns à l'ordre, voire déclencher la procédure juridique pour infraction en vue d'une éventuelle mise à l'amende.

Pour autant, elle ne dispose pas de prérogatives exorbitantes car elle se contente de jouer le rôle qui lui a été assigné, à savoir faire en sorte que chaque partie observe un tant soit peu ses engagements vis-à-vis des autres afin de garantir la cohésion, la solidité et l'efficacité de l'ensemble. En définitive, elle s'apparente à un arbitre de football qui supervise le jeu et octroie à l'occasion des cartons jaunes ou rouges, mais qui ne décide ni le règlement du sport, ni la stratégie des équipes, ni les sanctions des fédérations : il peut juste les influencer.

Cette parabole est d'autant plus vraie depuis 1995, à savoir le terme de la Commission DELORS dont le caractère était très politique, tandis que les suivantes se sont contentées d'expédier les affaires courantes, parfois à la marge des institutions européennes où l'ont reléguait des Etats membres désireux de revenir à un fonctionnement intergouvernemental, tout en sauvegardant des apparences communautaires.

La Commission s'en trouve dépouillée jusqu'à son pouvoir d'initiative. Ainsi est-elle bien en peine, aujourd'hui, d'infléchir la rigueur budgétaire décrétée par un bloc de pays mené par la toute puissante Allemagne, en faveur d'une relance socio-économique à base d'investissements publics appropriés. Son Président est seulement parvenu à ce que les Etats membres acceptent un plan de 360 milliards d'euros, sans accroissement du budget européen grâce à un appel de fonds privé, ce qui est bien trop modeste pour l'effet escompté, qui plus est comparé à son équivalent américain de 1 000 milliards lancé par OBAMA en son temps.

En définitive, loin d'être omnipotente et oppressante, comme le clament les europhobes, la Commission européenne peine aujourd'hui à assurer son rôle politique de défense de l'intérêt supérieur du continent.

Elle se trouve en effet encadrée et freinée par des Etats membres parjures qui violent leur serment de solidarité et de mutualisation en pensant à tort que seules des interventions nationales un tant soit peu coordonnées leur permettront de relever les immenses défis du présent comme du futur.

Cette attitude des gouvernements peut se comprendre dans la mesure où ils sont élus avant tout pour gérer leur pays, non l'Europe qui apparaît au bout du compte comme une partie seulement de l'équation qu'ils doivent résoudre. Or, elle en est la solution, n'en déplaise à ses détracteurs qui refusent de reconnaître les errements et les échecs du nationalisme, malgré moult leçons historiques, encore récemment. Pour éviter le pire, besoin est de sortir de l'ornière actuelle, en toute logique par le haut, au lieu de creuser notre tombeau.

Une solution pourrait être l'élection au suffrage universel direct des commissaires européens, un par État membre, avec le mandat précis de gérer l'Europe, pour le bien de leur pays... et des autres car nos destins sont irrémédiablement liés.

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto