La France à la tête de l'Europe

La France à la tête de l'Europe

 

10 ans se sont écoulés depuis la présidence française de l’Union européenne (UE). A l’époque, l’activisme de Nicolas Sarkozy n’était pas passé inaperçu et avait propulsé la France comme chef de file du Vieux Continent, qui plus est à la faveur de la crise géorgienne pour le règlement de laquelle le président de la République s’était tout particulièrement impliqué au nom des institutions communautaires. Peu après, le soufflé était retombé, cette fois pour cause de crise financière puis économique qui, certes, a touché la France moins fortement que ses voisins, mais plus longuement, comme souvent… Le coq gaulois s’est ainsi petit à petit effacé devant l’ours berlinois, habilement dompté par Angela Merkel, une chancelière portée à la tête du monde libre et démocratique, rien que ça, à la suite de l’élection surprise de l’intrépide et imprévisible Donald Trump à la Maison Blanche, transformée en maison de fous…

En ce début d’année 2018, la donne a de nouveau changé pour ouvrir un véritable boulevard à la France désormais dirigée par Emmanuel Macron, le président le plus résolument et ouvertement européen depuis François Mitterand, qui bénéficie jusque-là d’une chance insolente, au-delà de toute forme de talent politique. En effet, les planètes européennes sont parfaitement alignées pour son plus grand bonheur.

Tout d’abord, le Royaume-Uni est empêtré dans un Brexit interminable et incertain. Certes, comme le note la station de radio publique allemande Deutschlandfunk , la première ministre, Theresa May, est parvenue à arracher l’accord de Bruxelles pour entamer la seconde phase des négociations, à savoir la partie commerciale, sans acquis des préalables de la première.

Après avoir accusé le coup d’élections provoquées à sa demande sans le triomphe escompté, elle tente de reprendre du poil de la bête, notamment via un remaniement ministériel par le biais duquel elle cherche à restaurer son autorité. Mais nul n’est dupe. Deutschlandfunk souligne que le chef du Gouvernement ne se sent pas assez fort pour s’attaquer aux pointures qui l’entourent. Ainsi la montagne a-t-elle accouché d’une souris ? 

The Gardian (Royaume-Uni) considère que le moment propice pour Theresa May est derrière elle, quand elle disposait de toutes les cartes après avoir succédé à Cameron.Aujourd’hui, elle est une première ministre faible, à peine soutenue par un parti en décomposition, à la merci des instincts d’extrême-droite.

La situation allemande n’est guère meilleure. D’un point de vue purement politique bien sûr car la vitalité de l’économie germanique est insolente, affichant une croissance accélérée à plus de 2% et un excédent budgétaire une fois de plus en augmentation pour représenter pas loin de 1,5% du PIB ! L’Allemagne est plus que jamais le géant économique du continent européen. Mais l’ère Merkel semble toucher à sa fin. Si la chancelière, longtemps supposée inoxydable, a finalement réussi à former une énième Gross Koalition, elle se retrouve elle-aussi en position délicate.

Bien sûr, elle vient de déjouer les sombres pronostics de The Economist (Royaume-Uni), qui prédisait sa déchéance en cas d’échec des négociations avec ses adversaires de nouveaux alliés du SPD. Bien sûr, la grande coalition est la meilleure solution pour l’Allemagne comme pour l’Europe : Kurier (Autriche) écrit que le passé plaide en sa faveur dans la mesure où elle a réussi par le passé à redresser le pays de manière spectaculaire et à stabiliser l’UE à un moment plus que critique.

Bien sûr, comme l’affirme Ilta-Sanomat (Finlande), l’enjeu n’est autre que le succès de la réforme et du futur de l’Europe, à présent envisageable puisque les socio-démocrates allemands appuient les propositions de Macron en ce sens. Mais Angela Merckel n’a plus les coudées franches. Pire, elle se trouve bloquée et tiraillée par des positions divergentes, voire antinomiques, tant à domicile que sur la scène européenne puisque son autre alliée, la CSU bavaroise, épouse parfaitement la ligne eurosceptique des Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO), ainsi que ne manque pas de le noter le quotidien hongrois Magyar Nemzet.

Etant donné que les deux autres grandes puissances du Vieux Continent sont pour le moment hors-jeu, la France rayonne plus que jamais, sous les feux jupitériens de son jeune et ambitieux président, qui se démène tout azimut pour ce faire.

Alors que l’Allemagne s’essaie timidement à une réconciliation avec la Turquie, via une rencontre ministérielle en apparence chaleureuse, Macron a reçu Recep Tayyip Erdoğan pour signer au final un compromis sur le développement de système de défense aérienne.Hürriyet Daily News (Turquie) ne trouve pas surprenant que la priorité économique et financière du président français ait prévalu sur toute autre considération liée à la démocratie et aux droits de l’Homme, confortant son homologue turc et les autres autocrates dans leur assurance de pouvoir impunément suspendre les libertés tout en continuant à coopérer avec l’Occident.

Le Monde (France) se montre moins critique puisque Macron a dans le même temps dénoncé les entorses à l’état de droit et rejeté toute poursuite de pourparlers pour une adhésion turque à l’UE : le journal attend de voir ce que cette diplomatie de la franchise amicale à l’égard des régimes autoritaires donnera à l’avenir.

Une diplomatie à l’œuvre en Chine peu de temps après. La visite officielle de plusieurs jours du président français dans l’Empire du Milieu n’est pas passée inaperçue à l’autre bout du monde. A commencer naturellement par la France où Les Echos pointe un rapport de force totalement déséquilibré entre une Chine rêvée, en passe de venir la première puissance économique mondiale et une France naine, bien incapable à elle-seule de régler le déficit abyssal de ses échanges avec l’immense marché chinois. Macron en est bien conscient et joue donc pleinement la carte européenne pour instaurer une réciprocité salvatrice.

Il Sole 24 Ore (Italie) soutient sa démarche car l’enjeu est géopolitique : les nouvelles routes de la soie sont en réalité un instrument devant permettre à Pékin d’étendre son influence, d’autant que l’Amérique de Trump se retire peu à peu du monde. Le journal se réjouit ainsi du zèle de Macron : personne ne lui a confié le rôle de porte-parole de l’UE, mais il est actuellement le seul en capacité de proposer un modèle d’intégration plus ou moins viable à l’heure où l’Europe en manque cruellement face à des puissances émergentes telle que la Chine.

Handelsblatt (Allemagne) lui emboîte le pas car le risque pour l’Europe n’est rien d’autre que la perte de souveraineté technologique, économique et finalement politique. Ainsi, Noticias (Portugal) approuve et applaudit l’offensive de charme du président français dont la jeunesse et le style ont à priori fait bonne impression à ses interlocuteurs chinois et pourraient constituer à l’avenir un capital précieux.

L’unité et la volonté des européens leur seront vitale dans bien d’autres défis qui les attendent cette année. En témoignent les autres faits marquants de l’actualité de la semaine, pêlemêles : la mise en cause de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, aujourd’hui dénoncé par un Trump totalement démagogique et inconséquent, avec le résultat probable d’une escalade militaire dans une région déjà fortement éprouvée et explosive ; un improbable et miraculeux rapprochement inter-coréen, à soutenir impérativement car seul moyen de circonscrire le dangereux feu, là aussi nucléaire, qui couve à Pyongyang ; le contrôle de l’Internet où les vérités alternatives et les propos haineux se répandent comme une trainée de poudre, au point de représenter une grave menace pour les démocraties européennes et occidentales ; la poursuite de la crise catalane qui entre dans une nouvelle phase avec la victoire électorale des nationalistes et le retour ainsi probable à la tête de la région espagnole de son Président déchu et exilé ; la pression exercée par Bruxelles sur l’Ukraine, via le gel des aides financières et le spectre de la levée des sanctions contre la Russie, pour cause de corruption galopante qui empêche Kiev de respecter ses engagements ; l’éloignement d’une issue au dossier chypriote après l’arrivée en tête aux élections législatives en partie turque des nationalistes…

Tous ces sujets sont du ressort de l’UE et doivent être traités à leur juste mesure par elle pour leur garantir un dénouement positif. Ainsi débute cette nouvelle année 2018, à coup sûr passionnante et décisive...

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto