L'Europe dans l'impasse de la présidentielle française

L'Europe dans l'impasse de la présidentielle française

 

Les médias européens et étrangers clament depuis de nombreux mois et de manière quasi consensuelle que la véritable dirigeante de l'Union européenne est la Chancelière allemande, Angela MERKEL. Une affirmation qui prend encore plus de force avec le retrait de la seconde économie de l'ensemble européen, suite à la décision d'une majorité de Britanniques de prendre le large, une vieille habitude qui a fini par les rattraper.

Une affirmation qui n'est pas sans fondements, l'Allemagne exerçant de facto le rôle de chef de file puisque pôle de croissance et de stabilité qui, associé à son poids démographique et financier, l'érige en super-puissance continentale plus que jamais incontournable, à présent sans contre-poids.

En effet, la France n'est décidément plus en état de contrebalancer cette hégémonie retrouvée, incapable de se réformer, opérant un lassant surplace depuis de nombreuses années, de plus en plus frileuse et apeurée, ce qui la conduit à un désastreux repli sur soi, elle qui a tant rayonné sur le monde et en a tiré tant de gloire. Le couple franco-allemand, pour reprendre une expression consacrée sans doute exagérée et galvaudée, se fissure de toute part et menace de sombrer dans eaux tumultueuses de ce début de siècle tempétueux. Au point que l'Allemagne et la France tentent une nouvelle partition à trois en invitant l'Italie à les rejoindre, sans résultat convaincant et réconfortant.

L'ennui est que rien de constructif et de productif n'émergera des conciliabules innombrables et interminables dont les dirigeants européens ont le secret, sans une France qui aura repris confiance en elle, recouvré son optimisme, renoué avec le volontarisme, redressé sa situation et retrouvé son ambition continentale, dans le cadre de cette vision universaliste qu'elle porte et qu'elle incarne depuis la Révolution. Paradoxalement, à l'exception des Britanniques qui se sont toujours méfiés et défiés d'une France forte et fière, les Européens l'attendent, l'escomptent, l'espèrent, car la France a toujours eu et a plus que jamais une double mission de passerelle et d'équilibre sur le Vieux Continent. Passerelle entre le Nord et le Sud, dont elle représente l'interface et dont elle se rêve en synthèse ; mais aussi entre l'Ouest dont elle est issue et l'Est avec lequel elle entretient des relations privilégiées depuis des temps immémoriaux.

Équilibre des forces que l'Allemagne elle-même appelle de ses vœux, désireuse de ne pas supporter seule le fardeau d'une domination dont elle n'a jamais voulu, qu'elle est contrainte d'assumer et qui lui vaut aujourd'hui les pires avanies, comme en témoigne la revendication abracadabrante de la Grèce quant à une dette de guerre vieille de 70 ans, censée éteinte et susceptible de rallumer le brasier de l'Histoire.

Pour cette raison, l'Europe toute entière a les yeux rivés sur la France en cette période de préparation de son personnel politique pour l'élection majeure de la Grande Nation, la présidentielle. Une de ces fameuses (et parfois fumeuses) exceptions françaises vu que nul autre chef d’État à travers l'Europe ne dispose d'une aura aussi forte et de pouvoirs aussi importants que le président de la République française.

Tout d'abord au plan institutionnel puisque la Vème République conçue par et pour DE GAULLE l'érige en clé de voûte du système constitutionnel national, seul chef de l'exécutif à travers l'Europe à ne pas être responsable devant le Parlement, comme un écho à la monarchie absolue des temps modernes. Ensuite parce que la France, sans chauvinisme aucun mais en toute objectivité, tient une place singulière en Europe, depuis toujours, qui la hisse au premier rang, de par son passé, son territoire, sa population, sa culture, son économie... Elle en tire tout naturellement des privilèges, mais aussi des devoirs, notamment à l'endroit de ses voisins et partenaires qui comptent sur elle pour que triomphent la raison sur l'émotion, l'émancipation sur la soumission, la résolution sur la résignation, la solidarité sur la discrimination, les Lumières sur les ténèbres.

À ce jour, les Européens s'inquiètent face à un défilé de candidats à la magistrature suprême qui, censés impulser cet élan salvateur pour le continent une fois élu pour l'un ou l'une d'entre eux, se livrent à une surenchère dont l'Europe est la principale cible.

Ils assistent médusés à une dérive inconcevable pour un pays comme la France, une dérive vers le protectionnisme, le conservatisme et le nationalisme, ces démons qui resurgissent un peu partout et dont les Français, loin de s'ériger en rempart, en proie à une peur somme toute légitime et un désespoir somme toute compréhensible, se font inopportunément les chantres. Ainsi les extrêmes des deux bords ne sont-ils plus les seuls à vilipender Bruxelles, à ériger l'Union européenne en bouc-émissaire général, à critiquer la construction européenne au point d'en attaquer les fondements, à réaliser un véritable procès en sorcellerie ultra-libérale qui mènerait l'Europe droit au bûcher de la réaction.

Ainsi s'est enclenchée une course au populisme qui ne peut que réjouir des anti-européens viscéraux comme ORBAN, POUTINE ou ERDOGAN. L’hystérie collective touche même des personnalités modérées, qui renient par pure démagogie et par invraisemblable opportunisme ce à quoi ils ont eux-mêmes travaillé et contribué, proposant de violer sciemment les engagements européens (et internationaux) de la France qui s'en trouve ainsi complètement décrédibilisée et affaiblie.

Bien sûr, une fois l'élection passée, la réalité de l'exercice pragmatique du pouvoir réinjectera de la rationalité et de la perspective dans le débat. Espérons alors que cette violente mise à plat sera salutaire pour la construction européenne, via un sursaut comme les français en ont le secret, car l'Europe ne peut exister sans la France et celle-ci enrayer son déclin sans elle, qui plus est dans le monde des blocs continentaux qui émergent irrémédiablement sous leurs yeux, avec ou sans leur participation, beaucoup espérant les en évincer pour mieux les y dominer...

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Esperanto