L'actualité de l'Europe en 3 actes !

L'actualité de l'Europe en 3 actes !

 

Une fois de plus depuis plusieurs semaines, si ce n'est plusieurs mois, les médias européens se sont fait l'écho sonore de la crise politique engendrée par celle des migrants. L'Europe a vécu de ce point de vue une semaine cruciale. Un véritable drame en 3 actes, digne des tragédies grecques !

Premier acte : le mini-sommet informel à 16 pays à Bruxelles, emmené par le duo franco-allemand. Il en est sorti un grand scepticisme de la part des observateurs avertis, comme Der Standard (Autriche) qui ne comprenait pas ce format, prévu dans aucun traité de l'UE, et y voyait un funeste présage de dislocation de l'Union européenne (UE).

Vecerji List (Croatie) l'analysait surtout comme l'occasion pour Merkel  de savoir si, publiquement, son homologue autrichien, Kurz, rallierait son camp ou celui de son turbulent Ministre de l'Intérieur Seehofer. Finalement, ni l'un ni l'autre, car Vienne ne veut pas se fâcher avec Berlin, sans pour autant lâcher l'axe formé avec Rome sur une politique migratoire dure.

The Economist (Royaume-Uni) observait que le nombre de traversées illégales et de demandes d'asile n'avait jamais été aussi bas ces dernières années, notamment grâce aux accords avec la Turquie et la Libye. Mais la politique migratoire opère toujours avec un certain temps de latence. Ainsi le débat européen, alimenté par la poussée des nationalismes, suit-il sa propre logique, déconnecté des réalités migratoires. Précisément, De Volkskrant (Pays-Bas) appelait à ne pas paniquer, ce qui ne sert à rien ! Mais il faut à coup sûr écouter le mécontentement des électeurs, avant que les partis les plus radicaux ne remettent en cause la coopération européenne, sachant que l'Europe a besoin d'une politique migratoire efficace et organisée sur le long terme. Sur cette lignée, Avvenire (Italie) invitait les Européens à transformer intelligemment le problème en opportunité pour tous, un objectif envisageable si l'intérêt général à construire n'est pas réduit à une simple caricature.

Second acte : les prémisses  du Conseil européen des 27 et 28 juin. Aftonbladet (Suède) proposait concrètement une coopération renforcée à 9 États membres pour commencer, à l'image de ce qui s'est produit avec l'Union monétaire et le Parquet européen. Malta Today (Malte) se tournait pour sa part spécifiquement vers la Libye, pour y déployer un plan Marshall visant à y renforcer la sécurité, l'emploi, la prospérité et les améliorations sociales ; car la présence d'un État failli à la frontière méridionale de l'UE n'est pas une option viable.

Figyelo (Hongrie) faisait de son côté l'éloge des camps fermés, seule manière d'empêcher que les migrants, une fois en UE, ne profite de l'espace Schengen pour s'y promener à leur aise. Mais se pose le problème de leurs droits fondamentaux...

Rezczpospolita (Pologne) soulignait non sans orgueil que les diplomates européens de haut rang reconnaissent enfin que Victor Orban  et Donald Tuskavaient raison dans leur mise en garde sur la vague que déclencherait une mauvaise gestion de la crise des réfugiés. L'Allemagne n'a finalement plus le monopole des décisions, d'autant qu'elle est franchement menacée par le péril de l'Extrême-Droite, s'en inquiétait De Standaard (Belgique). En effet, la posture anti-migrants de la CSU à la veille de législatives en Bavière fait le lit de l'AfD en le crédibilisant. Défaite au Mondial, chaos politique : plus rien n'est sûr pour les Allemands !

3ème et dernier acte : le dénouement du Conseil européen, au terme d'une interminable nuit, comme d'habitude. En effet, contre toute attente, même des plus optimistes, les chefs d’État et de Gouvernement des 28, Royaume-Uni inclus, sont parvenus à un accord prévoyant des camps d'accueil au sein de l'UE, financés sur fonds européens, où seront rassemblés les migrants avant une répartition entre États ; ainsi que des centres de sélection dans les pays de départ, en Afrique notamment, toujours sur fonds européens. Un seul hic, de taille : le volontariat, puisque rien n'est imposé à qui que ce soit !

Die Presse (Autriche) demande surtout aux États de mettre un terme au chantage des passeurs qui les menacent de couler leurs navires avec leurs passagers, en leur attribuant la pleine responsabilité de ces drames. Une seule option : le retour en Afrique manu militari. Surtout que le continent dit « noir » a actuellement les meilleures possibilités de se réveiller du cauchemar que lui causent les migrants : technologies et investissements chinois. L'Europe serait bien inspirée de suivre l'exemple de la Chine, car un euro investi en Afrique est plus fructueux que le même euro finançant une forteresse européenne.

Certes, mais une question se pose : si les États africains d'immigration venaient à se développer réellement, leurs classes moyennes ne seraient-elles pas davantage incitées à émigrer vers le pays de cocagne que restera toujours l'Europe, parce que plus éduquée, mieux informée et plus riche ?

Autres problèmes pointés par La Repubblica (Italie) : l'absence de réforme du Traité de Dublin, à la source des difficultés des pays méditerranéens qui doivent dès lors assumer la majeure partie des arrivées de migrants en leur qualité de premier pays abordé. L'Italie n'a dès lors pas de quoi se réjouir, les éructations de son Ministre de l'Intérieur issu de la Ligue d'Extrême-Droite, Matteo Salvini, n'ayant guère porté leurs fruits. En d'autres termes : à suivre, notamment dans le cadre de la présidence autrichienne débutée le 1er juillet pour 6 mois, comme l'indique La Stampa (Italie) !

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto