Green Deal:  l’Europe a incontestablement un rôle majeur à jouer dans cette révolution

Green Deal: l’Europe a incontestablement un rôle majeur à jouer dans cette révolution

 

Le moins que l’on puisse dire est que la semaine écoulée s’est révélée décisive pour l’Union européenne (UE). En premier lieu parce que l’interminable et lamentable feuilleton du Brexit connaît enfin son épilogue avec les élections législatives britanniques. Une échéance qui aura tenu en haleine les observateurs ces derniers jours, malgré des sondages nettement favorables aux Tories. Mais ces mêmes sondages se sont souvent trompés par le passé… Toujours est-il que le jeu électoral est revenu au classicisme bipolaire. En effet, exit le Parti du Brexit de Farage, pour laisser place à un duel plus traditionnel et convenu entre conservateurs et travaillistes. Un duel incarné respectivement par Johnson et Corbyn, avec un net avantage au Premier Ministre sortant. The Irish Times (Irlande) expliquait que Jeremy Corbyn donnait le sentiment d’être incapable de présider aux destinées du pays en promettant de rester "neutre" en cas de second référendum sur le Brexit, c’est-à-dire indifférent à l’impact de ce dernier sur tout ce que la Gauche prétend défendre.

Jyllands-Posten (Danemark) se montrait bien plus acerbe, en traitant le personnage de véritable populiste, bien plus que son adversaire, pour refuser de prendre clairement position, dans l’attente d’une orientation claire de l’opinion derrière laquelle se ranger pour mieux l’exploiter. Aftonbladet (Suède) soulignait pour sa part le côté radical du programme travailliste, le plus radical de l’histoire des législatives britanniques, voire de celle de la social-démocratie européenne, avec toute une liste de nationalisations, pour une augmentation des dépenses publiques prévue à 83 milliards de livres : tout bonnement inconcevable !

Rzeczpospolita (Pologne) évoquait ainsi la peur inspirée par Corbyn, à commencer par les marchés financiers. Par ailleurs, The Guardian (Royaume-Uni) déplorait la division de l’opposition, entre Labour et Libdems, ceux-ci prônant tout simplement la révocation du Brexit sans référendum : là encore impensable ! D’où un boulevard pour Boris Johnson, qui a à minima le mérite de la clarté sur le Brexit, selon Finanz Und Wirtschaft (Suisse), alors même que les Britanniques (comme les Européens) veulent en finir une bonne fois pour toute et tourner la page.

Jutarnji List (Hongrie) prédisait donc la victoire des Tories, mais à une courte majorité. Finalement, Johnson apparaît triomphant au lendemain du suffrage, raflant plus de 360 sièges sur 600. Nombre de médias s’en réjouissent, tel Protagon.gr (Grèce) : pour la première fois depuis le référendum sur le Brexit, Bruxelles aura à Downing Street un interlocuteur aux positions claires, via un Premier Ministre puissant qui sait ce qu’il veut. Paradoxalement, sa victoire inédite depuis Margareth Thatcher en 1987 ne mène plus le Royaume-Uni vers un Brexit dur, car, comme le précise De Telegraaf (Pays-Bas), Johnson n’aura désormais plus besoin d’en écouter les chantres, disposant de toute la marge nécessaire pour mener à bien non seulement la sortie de l’UE le 31 janvier 2020, mais aussi les négociations sur les futures relations commerciales avec les 27.

Dagens Nyheter (Suède) ne voit pas les choses sous cet angle optimiste, rappelant l’adage "brouillard sur la Manche ; le continent est coupé du monde" : en d’autres termes, la séparation ainsi consommée entre les deux parties n’est bonne ni pour l’une ni pour l’autre. Côté britannique, outre la rupture avec le principal marché planétaire, à sa porte, The Independent (Royaume-Uni) le bien-nommé observe que le Parti National Ecossais a lui-aussi été consacré par ces élections, et que l’Irlande du Nord s’éloigne de la même manière de l’Angleterre en regardant davantage vers la République d’Irlande. Côté européen, Corriere Della Sera (Italie) annonce l’heure du choix : soit rétropédaler, en se limitant à une union monétaire ; soit emprunter la voie fédérale, débarrassée du frein britannique.

La semaine fut décisive pour l’UE à un autre titre, climatique cette fois. Là-encore, elle se retrouve face à son destin, sur lequel elle peut encore influer, à condition de le vouloir sans ambages. En effet, parallèlement à la COP 25 de Madrid, qui s’enlise inexorablement dans les palabres et les bisbilles, indignes de l’urgence du principal défi pour l’humanité des décennies à venir, la nouvelle Commission européenne (CE), enfin opérationnelle, vient de présenter au Conseil européen des chefs d’État et de Gouvernement un train de mesures dans les domaines stratégiques de l’énergie, de l’industrie, des transports et de l’agriculture. L’objectif de ce plan vert, ou Green Deal, doté de 1000 milliards d’euros d’ici 2030, est une Europe neutre en 2050.

De Volkskrant (Pays-Bas) se réjouit de l’opportunité pour l’UE de se conférer une nouvelle légitimation à travers un dossier climatique forcément transversal et transfrontier qui mobilise davantage que les projets précédents. Dans la même veine, Le Monde (France) appelle l’Europe, première puissance commerciale planétaire, à peser de tout son poids à l’avenir dans les négociations internationales pour imposer des clauses de développement durable opposables juridiquement. Ainsi naîtra une puissance verte capable de donner espoir aux jeunes et à tous ceux qui souffrent déjà du bouleversement climatique.

Die Presse (Autriche) désigne un des moyens de pression dont elle dispose pour engager le reste du globe sur la voie vertueuse, à savoir la taxe carbone à ses frontières, qui rééquilibrera le rapport des entreprises européennes avec leurs concurrentes étrangères. Corriere Della Sera (Italie) se montre plus perplexe à ce sujet, percevant une forme de protectionnisme qui tendrait à prouver que, sous l’essor des partis verts à travers le Vieux Continent, la nouvelle CE emprunte un chemin post-libéral, moins opposée à l’interventionnisme d’État et à la concentration des sociétés, de manière à protéger une industrie qui risque de souffrir de distorsions dans un premier temps.

Contrepoints (France) est de même sceptique, quant à l’argent qui pourrait couler à flots pour les "copains et coquins" des dirigeants, un argent emprunté sur le dos des générations futures. Financial Times (Royaume-Uni) exhorte précisément ces mêmes dirigeants à soutenir non les entreprises aujourd’hui gagnantes, mais celles qui font et feront preuve de bonne volonté pour poursuivre leur expansion tout en contribuant à protéger l’environnement par le biais de l’innovation et de la transformation. Quoi qu’il en soit, il faut agir, car ne rien faire serait encore plus coûteux ! Tel est le crédo de Ursula Von der Leyen, repris par Nrc Handelsblad (Pays-Bas).

L’ennui est que l’UE demeure tributaire de ses États membres en ce domaine. Or, tous n’ont pas les mêmes intérêts et la même vision. Certes, mis à part la Pologne, sur la réserve à cause de son charbon qui représente 85% de sa production électrique (!), ils se rangent globalement derrière les principes affichés par la CE. Mais le bas blesse à entrer dans le détail des mesures. Lidove Noviny (République tchèque) regrette que ces dernières ignorent le nucléaire, au détriment des pays qui veulent parvenir à la neutralité via cette source d’énergie, sans émission, mais pas sans déchets. Kauppalehti (Finlande) relaie les craintes de la Finlande pour sa filière bois, l’UE envisageant la forêt surtout comme un sanctuaire pour la biodiversité et comme un réservoir naturel de carbone. Magyar Nemzet (Hongrie) ne voudrait pas que les pays d’Europe centrale passent à la caisse une seconde fois, après avoir sacrifié son industrie, à lasuite des privatisations des années 1990. Et Taz Die Tageszeitung (Allemagne) de s’élever précisément contre le paradigme de la croissance, sachant que toute activité humaine est polluante et destructrice : chaque éolienne est un bout de nature en moins, chaque voiture électrique roule sur des routes goudronnées, le recyclage des matériaux nécessite d’énormes quantités d’énergie…

Mais une économie verte, plus saine pour l’Humanité comme pour la Terre, porteuse de nouveaux emplois et de réel bien-être, sera toujours meilleure que l’économie fossile, aux limites d’ores et déjà atteintes, et effrayantes ! L’Europe a incontestablement un rôle majeur à jouer dans cette véritable révolution. Si elle l’assume, en un seul bloc, elle peut espérer encore compter dans le monde de demain, qui semble si loin, mais qui est si proche, tant les évolutions actuelles sont fulgurantes. Il est vraiment temps d’agir, tous ensemble.

 

Crédit photos : © ANADOLU AGENCY VIA GETTY IMAGES
Rédacteur : Cédric Espéranto