Erasmus fait des bébés

Erasmus fait des bébés

 

Contrairement à une fausse idée largement répandue, la mobilité des étudiants est très ancienne. Elle remonte au Moyen-Âge, à la création même des universités par le pouvoir clérical. À commencer par Paris vers laquelle accouraient nombre de jeunes gens en quête de savoir. Les échanges n'ont jamais cessé. Bien sûr, ils étaient alors limités aux classes sociales les plus aisées, à commencer par la noblesse dont les rejetons proches de l'âge adulte, au XIXème siècle, étaient expédiés par leurs parents à travers l'Europe afin de parfaire leur culture et compléter leur éducation. Ils se rendaient alors principalement dans le Sud, à la recherche des racines antiques de la civilisation occidentale. Pour l'anecdote, on disait alors qu'ils effectuaient un tour du continent, plus particulièrement de la Méditerranée, ce qui a donné le nom de tourisme.

Depuis 30 ans, ce qui était autrefois un privilège s'est considérablement démocratisé, et ce, grâce à un des marqueurs les plus connus et appréciés de la construction européenne : le programme « Erasmus », acronyme qui se réfère à un célèbre penseur humaniste de la Renaissance italienne, période de foisonnement intellectuel. En effet, l'ancêtre de l'Union Européenne (UE), la Communauté Économique Européenne (CEE), lança en 1987 un dispositif visant à favoriser la mobilité étudiante entre les pays, et ce, dans un double objectif. D'une part, développer les échanges de connaissances nécessaires à l'innovation et à la croissance. D'autre part, permettre aux jeunes d'élargir leurs horizons, de découvrir l'Europe et ses peuples, de s'en imprégner et d'en faciliter l'intégration.

Le bilan est flatteur. Juste quelques chiffres pour en prendre toute la mesure: 4 millions d'étudiants ont ainsi passé une partie de leur cursus à l'étranger, dont 600 000 Français. Précisément, 70% des Français ont entendu parler du programme. 90% des jeunes qui l'ont expérimenté le recommandent. Malgré cet incontestable succès, Erasmus a bien failli purement disparaître lors des négociations sur le budget 2014 – 2020 de l'UE. Fort heureusement, le résultat est tout l'inverse puisque, non seulement il a été reconduit avec une hausse de 40% de son enveloppe, qui atteint 16,4 milliards d'euros, dont 1,2 pour la France, mais en plus, il a fait des petits. Nulle question ici des fameux « bébés Erasmus », à savoir 1 million d'enfants nés de la rencontre d'étudiants de toutes origines. Encore que ce ne soit pas anecdotique, loin de là. En fait, motivés par la réussite du programme originelle et la mobilisation de ses ardents défenseurs, les dirigeants européens ont décidé de l'élargir, non tant sur le plan géographique, ce que permettait déjà Erasmus Mundus, mais en termes de domaines d'activités. Ainsi, est né Erasmus +, notamment sous l'impulsion d'un ancien Ministre et eurodéputé français, Jean ARTHUIS.

L'idée première de celui-ci était d'ouvrir davantage l'Europe aux jeunes, notamment aux plus défavorisés. Car une des rares critiques du programme porte sur le côté quelque peu élitiste, réservé aux étudiants dont une partie seulement peut se permettre un séjour loin de sa base, dans la mesure où la bourse n'est pas toujours suffisante pour couvrir tous les frais.

Ainsi les apprentis y ont-ils désormais accès, ce qui est essentiel quand on sait que l'apprentissage, très répandu dans les pays du Nord, représente la voie royale vers l'emploi.

Sur ce point, la France est très en retard et a beaucoup à apprendre de ses voisins. Tel est un des avantages de la construction européenne : partager les idées qui marchent et capitaliser les bonnes pratiques, en s'ouvrant les uns aux autres. C'est aussi la meilleure manière de lutter contre la xénophobie, le racisme et même la radicalisation, inscrite d'ailleurs comme visée explicite du nouveau programme Erasmus +. Car, le rejet de l'autre est induit par une méconnaissance qui vire bien souvent au fantasme et découle sur une peur d'autant plus irrationnelle qu'elle est alimentée par des démagogues manipulateurs de foules dans leur désir fou de pouvoir absolu. Rien ne vaut l'expérience de la pratique de l'autre pour se rendre compte que, finalement, il nous ressemble, et que, mieux, ses différences nous enrichissent.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto