Entre bonnes et mauvaises nouvelles

Entre bonnes et mauvaises nouvelles

 

Une semaine de nouveau mitigée pour les médias européens, partagés entre réjouissance et résignation, espoir et déception. Un bon reflet de l'opinion publique.Côté bonnes nouvelles, tout au moins pour la planète, à noter et à souligner la proposition de la Commission européenne de bannir les produits jetables en plastique pour lesquels existent des alternatives : couverts, assiettes, pailles, coton-tiges... Son projet prévoit un retraitement des déchets et une intensification du recyclage. Il serait temps que l'UE se saisisse enfin de ce problème crucial, car seules des mesures à l'échelle continentale peuvent augurer une meilleure protection d'un environnement de plus en plus asphyxié sur terre comme dans les mers par les tonnes de plastique qui y sont indolemment jetés chaque jour. Les médias européens déclarent eux-aussi la guerre à ces rebus, et souhaiteraient dès lors que l'UE frappe plus fort et plus vite.

Notamment Die Welt (Allemagne), qui salue l'interdiction, tout en précisant qu'elle n'attaque pas le mal à la racine. Pour ce faire, il faudrait supprimer le subventionnement du pétrole, mettre en place des systèmes de consigne, et définir des objectifs de réduction dans l'industrie.

Besoin serait plus généralement que l'UE révise ses directives permissives sur la production et la distribution.

Kainuun Sanomat (Finlande) souligne sur la dimension mondiale du fléau que représentent des objets qui plus est superflus. Si la disparition du plastique est utopique, les circuits de recyclage sont perfectibles et les emballages biodégradables prometteurs, notamment à base de bois (finlandais en l'occurrence, en vue d'une toute nouvelle filière économique).

Dagens Nyheter (Suède) insiste précisément sur le recyclage, dans le cadre d'une économie circulaire où les déchets deviennent d'intéressantes matières premières. Etelä-Saimaa (Finlande) pointe pour sa part la responsabilité individuelle, qui ne doit pas être occultée, car le plastique ne se retrouve pas dans les océans par hasard. Aux consommateurs d'agir avec civisme envers une matière dont nos sociétés modernes ne peuvent totalement se passer pour ses propriétés uniques, notamment hygiéniques.

L'actualité hebdomadaire européenne a aussi été marquée par la victoire écrasante du Oui au référendum sur la libéralisation de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en République d'Irlande : deux-tiers des votants, représentant eux-mêmes deux-tiers des inscrits. Naturellement, la nouvelle fut accueillie diversement selon les sensibilités.

Ainsi Rzeczpospolita (Pologne) se trouve interdit face à cette révolution culturelle dans un pays qui avait su jusque-là concilier à merveille tradition et modernité. Tout au moins jusqu'à la crise financière de 2009 : certaines personnes se sentiraient à ce point flouées qu'elles chercheraient à s'arroger de nouveaux droits dans l'espoir de retrouver leur capacité d'autodétermination, confondant au passage soif de liberté et refus de toute responsabilité.

Belfast Télégraph (Royaume-Uni) ne fait pas non plus dans la dentelle, en dénonçant le sacrifice de la dignité humaine des êtres les plus vulnérables, là-aussi sur l'autel de l'individualisme radical. Le journal énonce une brutale démonstration de force de la part des élites, pour révoquer le plus élémentaire des droits humains. À l'opposé de ces esprits chagrins, Irish Examiner (Irlande) se réjouit que l'Irlande s'affranchisse ainsi du catholicisme conservateur reposant sur des considérations morales.

Der Standard (Autriche) observe que seul un pays de l'Europe occidentale demeure rétrograde sur le droit des femmes : l'Irlande du Nord, où l’Église catholique fait bloc avec les fondamentalistes protestants, représentés aux manettes par le DUP, premier parti politique de l'Ulster. Dnevnik (Slovénie) explique justement que ce dernier, pilier de la fragile coalition emmenée par Theresa May, empêche le Premier Ministre, pourtant féministe, de prendre position sur la question explosive de l'avortement. Il n'empêche que le vote des Irlandais apporte un nouvel espoir aux 1,25 milliards de femmes privées de ce droit dans le monde. Voire encourage d'autres à en réclamer davantage, comme en Belgique dont la législation est étonnement restrictive. De Morgen (Belgique) précise en effet que l'IVG y est encore stigmatisé comme le fait de femmes égoïstes, volages ou naïves. Sans compter que la loi de 1990 est bien souvent perçue comme suffisamment progressiste. Malta Today (Malte) dénonce un autre Etat membre archaïque en la matière, Malte, où prononcer simplement le mot avortement est condamné comme une trahison. D'où un malaise social qui ne saurait être tu plus longtemps.

Autre information positive : le compromis que Grecs et Macédoniens auraient trouvé quant au litige qui les divise depuis un quart de siècle sur le nom officiel de l'Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM). En effet, il pourrait être : « République de Macédoine du Nord ». Bien évidemment, certains commentateurs s'en émeuvent outrageusement, à commencer par Kurir (Macédoine) qui prétend que l'accord entre Athènes et Skopje annihile la nation macédonienne et est contraire au droit international. Fokus (Macédoine) appelle au contraire les Macédoniens à grandir, c'est-à-dire à ne plus se comporter comme des enfants refusant de partager leurs jouets, au risque de rester seuls. Politys (Chypre) anticipe d'ailleurs les avantages pour la Macédoine qui va dès lors être enfin en capacité de rejoindre l'UE et l'OTAN, grâce à un nouvel allié et partenaire, la Grèce. Dnevnik (Slovénie) note à juste titre le rôle non négligeable joué par l'UE dans ce règlement, en faisant miroiter à Skopje une adhésion prochaine. D'autant que Bruxelles cherche à contrecarrer Chine et Russie dans des Balkans convoités.

Au rang des mauvaises nouvelles, comment ne pas citer l'énième attentat commis à Liège par un détenu en semi-liberté. Un statut dès lors sous les feux de la critique. Tel n'est pas le cas de Le Vif / L'Express (Belgique) pour qui l'intérêt de la société est de mettre en place tout ce qui est possible pour préparer le retour en son sein de ceux qui s'en sont éloignées. Supprimer la semi-liberté aurait pour effet immédiat de fabriquer des individus dépourvus du moindre horizon et dont la fuite en avant serait inévitable. Qui plus est dans la radicalisation, car De Morgen (Belgique) dresse un portrait sans concession des prisons, terreau de la dépendance, du revanchisme et de l'émergence de bandes. Besoin serait d'accorder plus de moyens aux centres de détention et à la réinsertion, mais ce n'est guère dans l'air du temps... Car l'inquiétude monte dans la population, comme l'indique Le Quotidien (Luxembourg), pas seulement belge, mais aussi française, à l'aube de la libération programmée d'anciens terroristes.

Ainsi prospèrent les populismes à travers le continent, particulièrement habiles à attiser et exploiter les peurs de leurs concitoyens. Comme en Italie qui vient finalement de se doter d'un Gouvernement de tous les dangers sous la gouverne apparente de Giuseppe Conte, homme de paille (plastique, dans le sens de souple!) : si le poste de Ministre des Finances incombe finalement à un europhile, la personne controversée pressentie se retrouve aux Affaires européennes, avec la mission de faire obstacle à Bruxelles ; Luigi Di Maio, chef de la Ligue du Nord, à l'Intérieur, en vue d'expulser un demi-million de migrants : et Matteo Salvini, patron du Mouvement 5 Etoiles (M5E), au Travail, pour mettre en œuvre notamment le Revenu citoyen pour tous (à 750€).

Avvenire (Italie) en est paradoxalement soulagé, en l'absence d'alternatives, si ce n'est le pire des scénarii, à savoir des élections anticipées qui vireraient en référendum sur l'euro, au résultat très incertain. Le journal se montre en même temps sceptique sur un contrat conclu par deux forces opposées.

Corriere Del Ticino (Suisse) juge lui-aussi cet attelage fantasque fragile, surtout que le M5E s'émeut déjà d'avoir beaucoup concédé à un parti qui a obtenu deux  fois moins de voix. De fait,  crise institutionnelle n'est pas pour autant terminée, et la mise en œuvre du programme commun, si elle a lieu, a elle-aussi de quoi provoquer des sueurs froides à travers l'UE.

Die Presse (Autriche) note la remontée des taux d'intérêt sur les emprunts italiens, un diktat de l'extérieur auxquels les Grecs avaient dû se plier, malgré un Gouvernement populiste de Gauche radicale. Sauf que l'Italie n'est pas la Grèce, qui avait poussé la zone euro au bord du gouffre malgré son faible poids économique.

De Volkskrant (Pays-Bas) pose dès lors ouvertement la question de la place d'une Italie dépensière et dévaluatrice dans la zone euro. À noter les prédictions apocalyptiques (non sans délectation) de médias de pays hors zone euro, et à fortiori hors UE. Ainsi Wpolityce.pl (Pologne) fustige l'arrogance des élites européennes, dirigées par les médias allemands et les politiques berlinois, face à des pays comme la Hongrie, la Pologne, l'Autriche et à présent l'Italie, qui ne sont pas dans la ligne euro-libérale. À force de vouloir tout avoir, les Allemands risquent de tout perdre en provoquant l'effondrement de l'UE.

The Daily Telegraph (Royaume-Uni) partage la même vision de partisans d'une UE prête à tout pour atteindre des objectifs erronés parce que basés sur le postulat vicié selon lequel la « désunion » des États-Nations aurait été à l'origine des deux guerres mondiales. Leur férocité aboutirait au même résultat. Yeni Safak (Turquie) subodore que l'Italie préfigure ce déclin, car les Italiens, membres fondateurs de l'UE, longtemps parmi les plus europhiles, se montrent à présent froids vis-à-vis d'une Europe synonyme d'austérité, de fracture Nord – Sud, d'immigration de masse, etc.

La menace qui plane sur l'UE est d'autant plus réelle et forte qu'elle se retrouve fragilisée par deux autres événements, l'un interne, l'autre externe. Le premier est la relance de l'instabilité politique au sein de sa 4ème économie, l'Espagne, avec la destitution de Mariano Rajoy  suite au scandale de corruption qui a éclaboussé son mouvement, le Parti Populaire. Eldiario.es (Espagne) estime que l'intéressé ne pouvait agir autrement, surtout qu'il est accusé directement d'avoir bénéficié d'une « caisse occulte », avérée par la Justice. Publico (Portugal) souligne la manœuvre tactique d'une alliance pour le moins hétéroclite de socialistes, de nationalistes basques et d'indépendantistes catalans, non seulement pour viser le Parti Populaire, mais aussi son soutien jusque-là, Ciudadanos. Ainsi le chef de file socialise a-t-il réussi son pari de prendre les  rênes . Dagens Nyheter (Suède) y voit une chance pour l'Espagne. Certes, Mariano Rajoy est sans conteste l'artisan de l'embellie économique espagnole, mais le désordre politique pourrait l'interrompre.

Kettos Merce (Hongrie) partage cet avis, selon lequel ce coup de théâtre pourrait restaurer une confiance perdue dans le système politique. ABC (Espagne) se montre bien moins optimiste car la corruption morale des socialistes, vu leur compromission avec des forces centripètes, ne vaut pas mieux que la corruption économique des conservateurs. L'Espagne pourrait en sortir plus déchirée que jamais sous la férule du « Gouvernement Frankenstein » envisagé par Diario de Noticias (Portugal).

À l'extérieur, le couperet est finalement tombé, malgré les mamours de Macron ou les pleurnicheries de Merkel : Trump a bel et bien fini par taxer les importations d'acier et d'aluminium depuis l'UE (idem pour le Canada et le Mexique qui participent pourtant d'une union douanière avec les États-Unis!). La guerre est donc déclarée... entre alliés ! The Times (Royaume-Uni) considère que le Président américain se trompe dans son analyse : le déficit commercial n'est pas tant du aux pratiques déloyales des autres pays, qu'à la faible épargne des ménages, qui pousse le pays à en appeler aux étrangers.

De Volkskrant (Pays-bas) imagine une réaction dure de l'UE, tout simplement pour éviter que Trump n'aille plus loin et ne déséquilibre vraiment les relations transatlantiques. Die Tageszeitung Taz (Allemagne) préconise au contraire une toute autre approche, à base de concessions, notamment de la partie allemande qui devrait accroître ses importations américaines en incitant la consommation intérieure, ce, afin de rééquilibrer la balance commerciale germano-américaine sans que l'industrie allemande en souffre, surtout automobile.

Toute la question est précisément de savoir si l'UE restera bien unie et ferme face au géant au postiche blond, occasion pour elle de se renforcer, ou si elle se fracturera dans une débandade qui accélérera sa fin

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto