Du monde nouveau de l'Europe à l'Europe du monde nouveau – 2ème partie

Du monde nouveau de l'Europe à l'Europe du monde nouveau – 2ème partie

 

Nous sommes aujourd'hui engagés dans un virage civilisationnel d'une ampleur au moins égale à ce que nos ancêtres ont connu au temps de LUTHER, même si nous n'en avons pas pleinement conscience pour toucher à peine du doigt la ou plutôt les révolutions qui s'amorcent sur tous les plans : technologiques, économiques, sociaux, culturels, spirituels, éthiques...

Les similitudes de notre époque avec la Renaissance sont à ce titre éclatantes et éclairantes.

La Méditerranée est redevenue un enjeu majeur pour l'Europe, oscillant entre séparation et lien vis-à-vis des voisins du Sud comme de l'Orient ; les villes européennes connaissent un phénomène de métropolisation qui n'est pas sans rappeler l'essor urbain de la Renaissance ; le Vieux Continent est de nouveau la cible d'un Islam dévoyé et agressif, à ses frontières comme en son cœur.

L’Asie, a renoué avec sa puissance d'antan vers laquelle tous les regards envieux sont désormais tournés, tandis que l'Amérique reste au cœur de l'équilibre mondial ; les progrès scientifiques et techniques ouvrent la voie à de nouvelles découvertes et conquêtes, de l'infiniment petit (secret du vivant) à l'infiniment grand (secret de l'espace), en passant par l'infiniment profond (secret des océans), au point que l'être humain ne semble plus être entravé par la moindre limite, ce qui peut lui donner la sensation d'atteindre le divin, jusqu'à se faire créateur.

Croyances et certitudes en sont bousculées, avec le passage de l'Humanisme au Transhumanisme, qui est la transcendance de l'humain pour le muter en divin, avec toutes les questions forcément induites, tels la place, le rôle, la responsabilité et l'attitude de l'Homme dans ce monde nouveau.

Internet, est bien évidemment au XXIème siècle ce que l'imprimerie fut au XVIème, à la puissance mille, avec la diffusion instantanée d'informations à l'autre bout de la terreet audelà ; le libéralisme engendré sciemment ou non par la Réforme protestante a gagné l'ensemble du globe à travers la mondialisation, porté par le capitalisme, le commerce, la technologie...

En résumé, un extraordinaire mouvement s'est emparé de la planète, comme cinq cents ans en arrière, avec ses forces et ses faiblesses, ses avantages et ses inconvénients, ses zélateurs et ses contempteurs, ses élans et ses freins. L'Histoire nous rappelle ainsi qu'elle est invariablement constituée de cycles qui tendent à se reproduire à intervalles réguliers, sans pour autant se révéler parfaitement identiques : si les Hommes savent en appliquer les bonnes leçons, ils sont en capacité de les contrôler pour en tirer parti.

Or, que nous apprend la Renaissance sur notre époque ?

Quels pièges éviter pour parer au pire et ne garder que le meilleur ?

Besoin est de noter et de souligner que la Renaissance a porté l'Europe à un summum de civilisation qui lui a permis de dominer le monde près d'un demi-millénaire.

La Renaissance est avant tout celle du génie européen dont les origines remontent à l'Antiquité, qui s'était quelque peu perdu au Moyen-Âge et qui a finalement resurgi pour tirer l'Europe vers le haut. Tout au moins dans ses meilleurs aspects. Car tout génie présente deux faces : il peut être bon ou mauvais au gré des circonstances.

En l'occurrence, le génie européen propose le meilleur de lui-même quand il repose sur ses deux piliers que sont la liberté et l'ouverture. Malheur à lui et à ses peuples quand il les oublie ou, pire, quand il les renie !

Précisément, tous les peuples européens ne furent pas logés à la même enseigne.

Sont sortis du lot, et finalement gagnants, ceux qui se sont ouverts sur l'extérieur au lieu de se replier frileusement sur eux-mêmes, ceux qui ont appliqué le vieil adage selon lequel l'union fait la force au lieu de continuer à se diviser, ceux qui ont accompagné les changements pour mieux les canaliser et en profiter au lieu de les ignorer ou pire de les empêcher pour finalement être rattrapés et submergés, ceux qui ont pratiqué la tolérance et défendu la liberté au lieu de se fermer à autrui et de se fourvoyer dans l'obscurantisme, ceux qui ont compris que la défense de leurs intérêts passait par l'échange et la coopération au lieu de mépriser un intérêt général perçu comme étranger.

Certains ont compris bien tard leur erreur et se sont finalement adaptés à leur tour pour profiter du mouvement général. Il en va ainsi des cités allemandes ou italiennes qui ont fini par s'allier pour se commuer en grandes puissances, sur le modèle de l'arc atlantique anglo-franco-hispanique. L'Europe occidentale est alors devenue figure de proue mondiale, berceau de civilisation, source d'une culture foisonnante et rayonnante. Tout cela a failli être annihilé par deux fois au XXème siècle pour cause de querelles intestines recuites et exacerbées.

Mais les Européens ont enfin compris que l'étape suivante pour eux-mêmes vers le bonheur des peuples était une union inédite dans l'Histoire, sur la base du socle humaniste et progressiste qu'ils avaient édifié au fil des millénaires.

Cette union est véritablement le seul moyen pour l'Europe de préserver son identité et de faire valoir ses valeurs dans le monde nouveau en train de naître sous nos yeux. Si elle veut une fois de plus y participer, en être, mieux, si elle escompte de nouveau le façonner, l'orienter, si ce n'est le contrôler, pour son bien comme celui de l'humanité, elle doit s'accomplir elle-même, une bonne fois pour toute, dans une véritable communauté citoyenne, de vie comme de destin, qui n'efface pas les nations mais les mette en résonance.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto