Du monde nouveau de l'Europe à l'Europe du monde nouveau – 1ère partie

Du monde nouveau de l'Europe à l'Europe du monde nouveau – 1ère partie

 

Martin LUTHER. Qui ne connaît pas ce nom du fond des âges, vieux d'un demi-millénaire ? Pour certains honni, pour d'autres glorifié. Ces derniers sont bien sûr les Protestants qui s'en veulent les élèves et les héritiers. En cette fin 2016, ils sont plusieurs centaines de millions à célébrer la mémoire d'un des principaux acteurs de ce qui fut sans doute le plus important bouleversement de l'Histoire de l'Humanité. Un bouleversement pour le meilleur et pour le pire, qui n'est pas sans rappeler... notre époque !

 

En effet, les similitudes entre les XVIème et XXIème siècles sont saisissantes, voire édifiantes, à condition de bien l'appréhender. Pour ce faire, revenons un instant sur les principaux aspects de la Renaissance.

 

Tout comme l'Antiquité a pris fin dans l'esprit des historiens avec la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, nombre d'entre eux amorcent la Renaissance avec la prise de Constantinople en 1453 par les Ottomans menés par MEHMET II. Ainsi disparut l'Empire byzantin, successeur et continuateur de l'Empire romain des Césars, et à travers lui, de la civilisation gréco-romaine antique. Celle-ci fut préservée en Orient tant par Byzance que par les Musulmans, en l'occurrence arabes, qui l'avaient redécouverte et enrichie dans le cadre d'un Islam éclairé et progressiste.

 

Paradoxalement, les croisades avaient jeté des ponts à travers la Méditerranée, que les commerçants, notamment italiens, s'étaient empressés d'emprunter pour accroître des échanges non seulement matériels, mais aussi culturels. Ainsi le savoir antique revint aux Européens pour se mêler au Christianisme, religion de l'individu plus que de la masse, donnant naissance à l'Humanisme selon lequel les hommes ont chacun une part de divin en eux, à explorer et exploiter.

 

Les sciences et les arts explosèrent comme jamais, à commencer par l'Italie. Des savants comme GALILEE, KEPLER et COPERNIC ouvrirent grand l'horizon de l'esprit humain, pour finalement les lancer à la conquête du monde. Une conquête favorisée par l'audace et la témérité (sans compter l'appât du gain) de quelques explorateurs, au premier rang desquels Christophe COLOMB : à la recherche d'une nouvelle route maritime vers l'Inde, avec laquelle l'Europe cherchait déjà à intensifier ses relations, il gagne le Nouveau Monde.

Vinrent très vite s'en emparer les grandes puissances européennes de la façade atlantique, les mieux organisées et les plus avancées du Vieux Continent pour avoir su unir et mobiliser leurs forces internes, pendant que d'autres, de la botte italienne déchirée à la vague confédération du Saint-Empire Romain Germanique, demeuraient explosés en micro-États jaloux de leurs richesses et de leurs pouvoirs.

 

La fortune de ces derniers, combinée à leur faiblesse géopolitique, attisa forcément les convoitises, à commencer par les Ottomans qui, on l'oublie souvent, assiégèrent Vienne dès le milieu du XVIème siècle. La ville fut sauvée par Charles Quint, mais le grand Empereur ne put mener à bien son œuvre de consolidation de son territoire européen, pris en étau entre une France attirée par les provinces italiennes, un Islam combattant et une déchirure interne qu'il commit l'erreur de sous-estimer.

 

En effet, au même moment, un obscur moine allemand nommé Martin LUTHER, horrifié par les pratiques licencieuses de l'Église catholique découvertes lors de son séjour à Rome, engageait une profonde rénovation des croyances et des mœurs. Sans vraiment le vouloir, lui qui souhaitait avant tout changer l'institution religieuse de l'intérieur, il créa un second schisme au sein de la chrétienté, avec la Réforme protestante. D'autant qu'il bénéficia d'une alliée inattendue de poids : l'imprimerie, inventée quelques temps plus tôt par un autre Allemand, GUTENBERG, qui lui permit de diffuser très rapidement et profondément ses idées. Des princes allemands désireux de s'autonomiser vis-à-vis du Saint-Empire en prirent prétexte pour se rebeller, entraînant un siècle plus tard la Guerre de Trente Ans qui causa la perte du tiers de la population allemande, près de 6 millions de morts !

 

D'autres aspirants à plus de liberté et de puissanceles imitèrent ailleurs en Europe : en Angleterre où Henri VIII rompit avec la Papauté pour créer sa propre église et en prendre la tête ; ou bien encore en France où des nobles et bourgeois rejetaient un pouvoir absolutiste et centralisateur en cours de constitution plus que n'importe où ailleurs en Europe. Sans forcément en partager le fond, force est de constater que la Réforme a détruit des carcans mentaux et libéré les forces vives, ce qui a pu provoquer à court et moyens termes des réactions virulentes et destructrices, mais aussi favoriser à plus long terme une évolution vers le capitalisme et la démocratie, indispensables à la production et au commerce, eux-mêmes sources de revenus et d'intégration propres à l'épanouissement individuel et à la stabilité collective.

 

Ce rappel historique opéré dans ses grandes lignes, à vous chers lecteurs de réfléchir au parallèle possible avec notre époque et d'en tirer vos propres conclusions, notamment pour l'avenir de notre Europe. Nous y reviendrons tout prochainement dans un article à suivre...

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto