Des mobilisations en Europe: France, Italie, Tchéquie & Slovaquie ...

Des mobilisations en Europe: France, Italie, Tchéquie & Slovaquie ...

 

Les anniversaires symboliques se suivent mais ne se ressemblent pas. Ainsi, en France, les gilets jaunes ont bruyamment, voire violemment, célébré leur première année de mobilisation. Sans doute pour compenser l’effondrement de la mobilisation, de 300 000 manifestants fin 2018 à 28 000 fin 2019. Malgré leurs débordements, les sondages leur demeurent favorables dans le pays, ce qui étonne Ouest-France (France) dans la mesure où le mouvement, réfractaire à toute forme d’organisation, est resté disparate et désincarné, un véritable péril pour la démocratie. Sans doute le vieux fond révolutionnaire et anarchiste bien français…

La Libre Belgique (Belgique) avance pour sa part une autre explication, selon laquelle l’entrée en résistance des gilets jaunes permettrait un nécessaire changement radical de modèle politique en osant une démocratie profonde, véritablement ancrée dans les valeurs de l’égalité et de la fraternité. El Pais (Espagne) voit avant tout en eux des perdants de la mondialisation, qui prennent conscience d’appartenir à un nouveau prolétariat et s’en insurgent dans la rue, comme d’autres s’en insurgent dans les urnes en se tournant vers les populistes. Deutschlandfunk (Allemagne) se pose à présent la question de la suite, car le bilan politique et économique des gilets jaunes est plutôt maigre, vu que le système n’a guère évolué. Pour le changer, ils seraient bien inspirés d’entrer dans le système ; mais en ont-ils seulement les moyens ?

 

De leur côté, Tchèques et Slovaques célèbrent une véritable révolution réussie, qui a transformé leur vie et réorienté leur avenir : la « révolution de velours » du 17 novembre 1989, qui a provoqué la chute du régime communiste et ouvert la Tchécoslovaquie de l’époque sur l’Ouest. À l’heure où les acquis de cet extraordinaire bouleversement sont remis en cause à l’Est de l’Union européenne (UE), 250 000 personnes ont accompagné les cérémonies officielles pour attirer l’attention sur la menace. Certes, Mlada Fronta Dnes (République tchèque) se félicite du pacifisme de la foule, à contrario des gilets jaunes : aucune insulte, ni voitures brûlées ou pillage, car la démocratie actuelle est telle que les Tchèques l’ont appelée de leurs vœux et souhaitent préserver. Hospodarske Noviny (République tchèque) souligne précisément la défiance des manifestants vis-à-vis de l’acception de la politique de leur Premier Ministre, qui se caractérise dans les faits par un mépris des institutions démocratiques ; mais, dans le même temps, une majorité de la population soutient Andrej BabisEt si la contestation était là-aussi plus de nature économique que politique ? Car Vecer (Slovénie) note que la révolution de velours a entraîné Tchèques et Slovaques dans un capitalisme sauvage dont bien peu ont réussi à profiter. Ainsi l’incertitude et l’angoisse sont-ils le lot permanent de la survie quotidienne pour une grande majorité de ces peuples, qui ne savent plus vraiment à quel saint se vouer.

 

Certainement pas Saint Marc, qui semble avoir abandonné la Sérénissime à son triste sort de la submersion. En effet, Venise coule sous les assauts répétés et inédits de l’aqua alta, un phénomène récurrent dont l’ampleur est néanmoins sans précédent depuis une cinquantaine d’année : 70% de la cité des Doges se retrouve ainsi inondée ! Une situation calamiteuse que des dépenses publiques très élevées pour la protection de la lagune n’ont pas réussi à éviter. La faute au clientélisme dévastateur d’après La Stampa (Italie) : il n’est un secret pour personne que l’argent est mobilisé à flots continus (sans mauvais jeu de mots !) mais à bien mauvais escient depuis des décennies un peu partout dans le pays, y compris dans le Nord. Kathimerini (Grèce) exhorte Venise à revenir au souffle vital d’antan qui l’a porté aux nues, afin de se sauver elle-même et d’éviter que ses habitants ne deviennent les premiers migrants climatiques du Vieux Continent.

 

D’immigration, il en est question en Suède, agitée par un vaste débat à la suite d’une flambée de violence entre bandes rivales. Le Premier Ministre a suscité un tollé en récusant tout lien avec l’immigration. À commencer par Göteborgs-Posten (Suède), pour qui une grande partie des différences sociales actuelles à l’origine de la criminalité sont la conséquence directe de l’ouverture des frontières nationales depuis l’an 2000 à des personnes issues de pays pauvres : il est tout naturel que, dans les zones défavorisées ainsi créées, les jeunes prennent en grippe la société suédoise. Expressen (Suède) en appelle Lofven à démissionner pour refuser cette réalité et ne présenter aucune feuille de route claire pour inverser la tendance. La solution consisterait-elle en l’expulsion de certains ressortissants étrangers ? Pas sûr à en croire un jugement de la Cour Européenne des Droits de l’Homme à l’encontre de la Finlande, condamnée à verser 20 000 euros à la famille d’un Irakien renvoyé dans son pays où il a fini assassiné. Les Finlandais ont immédiatement suspendu les expulsions vers l’Irak. Karjalainen (Finlande) déplore une onde de choc bien trop tardive. Mais mieux vaut tard que jamais, qui plus est pour défendre un droit d’asile que « Les Finlandais », Opposition de Droite populiste ultra, envisage de réviser à la baisse. Sans doute faut-il le réviser, mais dans l’autre sens, selon Kaleva (Finlande), afin de protéger des réfugiés qui ne sont pas tous des aventuriers casse-cou, mais qui sont réellement menacés de mort.

De son côté, l’Autriche s’engage timidement sur une autre voie de réduction des inégalités entre citoyens, celle d’un revenu de base inconditionnel de 1 200 euros mensuels financé par une nouvelle taxe sur les transactions financières, pour donner suite à une initiative populaire qui a mobilisé 100 000 signataires en 8 jours et sera donc étudiée par le Parlement. Der Standard (Autriche) prend clairement fait et cause pour cette proposition en donnant la parole à un économiste convaincu que ce revenu universel mettrait fin aux déséquilibres mortifères d’un néolibéralisme qui met en pièce nos sociétés insatiables vivant dans la surabondance. À l’inverse, Die Press (Autriche) s’inquiète d’une idée totalement illusoire qui gagne la sphère académique, préférant échafauder un pays de cocagne virtuel à l’élaboration de stratégies d’avenir qui tiennent la route.

 

Retour en Italie où émerge une forme originale de mobilisation, dite des « sardines ». Ce mouvement de protestation contre La Ligue de Matteo Salvini a réuni 15 000 personnes à Bologne afin de contrer l’Extrême-Droite dans les prochaines élections régionales en Emilie-Romagne.

La Repubblica (Italie) s’enthousiasme pour cette contestation sereine, sans tribun ni démagogie, qui déconcerte Salvini lui-même. Alors que certains observateurs conseillent aux gilets jaunes de s’organiser en parti politique pour aller au bout de leur démarche, Microméga (Italie) espère que les « sardines » se garderont de toute compromission avec la Gauche dont elles sont proches, en particulier le Parti Démocrate de nouveau aux affaires, afin de ne pas être contaminées par la disgrâce qui plombe ce dernier.

De l’autre côté de l’Adriatique, en Croatie, les agents de l’Education nationale poursuivent et intensifient leur mobilisation en faveur d’une revalorisation de leurs émoluments, au point de devenir grève nationale. Vecerji List (Croatie) s’insurge contre l’instrumentalisation des enfants comme moyen de pression sur le Gouvernement : les protestataires ne doivent pas omettre l’intérêt des mineurs, au risque d’en violer les droits et de torpiller le formidable travail des professeurs par vocation. Jutarnji List (Croatie) énonce pour sa part que le même intérêt des mineurs commande que les enseignants soient reconnus à leur juste valeur et disposent ainsi des moyens d’une éducation de qualité.

Pour finir, en Biélorussie, la mobilisation du pouvoir dictatorial du Président Loukachenko est parvenue à évincer les deux seuls députés de l’Opposition à l’issue des dernières législatives. Novaïa Gazeta (Russie) explique que les autorités sont progressivement parvenues à décourager les électeurs puisque les élections sont biaisées, au point de ne plus être reconnues par l’UE et les Etats-Unis depuis 1996. Un avertissement pour les Tchèques, lance Denik (République tchèque), car ce qui se passe en Biélorussie pourrait advenir chez eux s’ils n’y prennent garde, d’où l’importance de la mobilisation évoquée précédemment. Et Deutschlandfunk (Allemagne) de conclure que l’UE ne peut rien dans cette histoire, car si Loukachenko tient son pays d’une main de fer qui contrevient aux valeurs européennes, cette même main de fer lui garantit une relative indépendance vis-à-vis de Moscou, qui guette l’occasion d’annexer cet ancien satellite. La récente union économique prônée, si ce n’est imposée, par Poutine en est un signe avant-coureur évident.

 

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto