Dans le couple franco-allemand, Macron peut mener la danse

Dans le couple franco-allemand, Macron peut mener la danse

 

Avec François Hollande, la France peinait à assumer le rôle de moteur qui doit être le sien. Et si Emmanuel Macron imposait le rythme français à l’Allemagne ?

Il faut s’y faire, l’accepter : au sein de l’Union européenne (UE), tous les Etats n’ont pas le même poids. En témoignent l’attention portée, depuis l’étranger, à la campagne tricolore autant que les profonds soupirs de soulagement qui se sont échappés des institutions bruxelloises, à l’annonce de la victoire du défenseur de la construction européenne, Emmanuel Macron, le dimanche 7 mai. Les images de la cérémonie d’investiture du nouveau président ont également fait la Une de bon nombre de journaux européens - accueillant avec bienveillance cette figure de renouveau pour la France, mais aussi pour l’Europe.

La France est en effet considérée comme un pilier en Europe, mais n’est pas la seule. Le pays est souvent rapproché de son voisin d’outre-Rhin. Or pendant le quinquennat de François Hollande, le couple franco-allemand a perdu de sa superbe. Et même avant les différends qui l’opposaient à la chancellière Angela Merkel (dans la gestion de la crise des réfugiés, par exemple) ou au ministre des Finances Wolfgang Schäuble (pendant la crise grecque, notamment), la France peinait à assumer le rôle de moteur qui doit être le sien.

Ainsi Romano Prodi admet-il sans ambages que pendant ses cinq années à la tête de la Commission européenne, il a toujours "attendu la France". Il faut probablement remonter jusqu’à François Mitterrand et Helmut Kohl pour retrouver un réel équilibre au sein de ce duo pourtant central en Europe.

Imposer le tempo français ?

Or Emmanuel Macron, animé par sa volonté de façonner une UE "en mieux" , pourrait changer la donne - voire obliger l’Allemagne à suivre le tempo français. Le lundi 15 mai, tout juste investi, le nouveau président s’est empressé, tradition oblige, de se rendre à Berlin. Mais au-delà du symbole, il lui fallait rassurer ses nouveaux partenaires. Le flegme et l’ambition de l’ex-ministre de l’Economie font en effet craindre à l’Allemagne, chantre de la rigueur budgétaire, des dérapages incontrôlés alors que des projets de réforme de la zone euro sont esquissés - avec, entre autres, l’instauration d’un budget propre et d’un parlement dédié. Objectif affiché : pallier le déficit politique de cette union économique.

Mais en matière de risques financiers comme de dettes, l’Allemagne est strictement opposée à l’hypothèse d’une mutualisation. En 2012, elle a ainsi conditionné l’entrée en vigueur du mécanisme européen de stabilité (MES) à la mise en place d’un droit de veto (dont jouit aussi la France); elle a également écarté d’un revers de main le projet d’établissement d’Euro-bonds, qui aurait permis l’émission d’obligations communes à l’ensemble des pays qui composent la zone euro. François Hollande y était, pour sa part, favorable.

Aussi Emmanuel Macron n’a-t-il pas présenté d’emblée, à la chancelière allemande, un plan précis des réformes européennes à mener à ses yeux. Tout au plus a-t-il tenu à ouvrir le débat. Soucieux de ne pas braquer les Allemands, le conseiller économique d’Emmanuel Macron, Jean Pisani-Ferry a aussi rappelé, lors d’une conférence à Bruxelles après la victoire du candidat d’En Marche que dans son dictionnaire franco-allemand, les définitions de budget commun et d’Euro-bonds n’étaient pas similaires.

Tout sauf le silence

Emmanuel Macron semble donc vouloir avancer prudemment pour convaincre l’Allemagne - Angela Merkel ou son successeur, aussi pro-UE soit-il - du bien-fondé du "plus d’Europe". La clef de la réussite passe peut-être par l’exemple - par les fameux "Hausaufgabe", ces devoirs à la maison auxquels doit s’astreindre le pays - en réformant la France, toujours minée par des déficits de croissance et de compétitivité, avant de se pencher sur l’échelon européen. Il s’agit bien là de montrer que l’Hexagone n’est pas la nation irréformable et dépensière que ses voisins dépeignent si souvent.

Emmanuel Macron n’est pas non plus dépourvu d’ambitions pour l’Allemagne : réformes en France et respect de la sacro-sainte règle des 3 % ne vont pas, selon lui, sans une augmentation des investissements de l’Allemagne en Europe et une limitation des excédents commerciaux du pays. Et l’hebdomadaire allemand "Der Spiegel" de titrer, montrant l’ancien banquier d’affaires en Une : "Un cher ami", précisant : "Il sauve l’Europe, mais l’Allemagne doit payer." A Emmanuel Macron donc de conforter son image de "Wunderkind" (comprendre : " enfant prodige" tel que décrit par la chaîne de télévision ZDF), de "Kennedy français" (selon le "Stern"), de "Polit-Star" (selon le "Bild") et de permettre à la "Grande nation" d’imposer ses vues.

A deux pour danser

Il lui faudra, sans lui donner l’impression qu’on lui force la main, obliger l’Allemagne à prendre des décisions. S’éloigner de son inflexible doxa en matière budgétaire ou s’y tenir, quitte à distendre des liens franco-allemands qui ne demandent qu’à être resserrés ? Le choix appartient à Berlin. Mais s’enfoncer dans la voie du silence est certainement la plus mauvaise option de toutes : l’Allemagne endosserait alors le rôle tenu jusqu’ici par la France en Europe, cette position si peu enviable de "grande absente".

Toutefois, l’Europe, à deux, à six, à 19, à 27 ou à 28, n’est autre que le fruit du consensus. Emmanuel Macron peut certes mener la danse, mais comme l’a déjà rappelé Jean-Claude Juncker alors qu’il tentait de retenir le Royaume-Uni dans l’Union, "it takes two to tango" : il faut être deux pour danser le tango, sur une rive ou l’autre du Rhin. Faire cavalier seul ne le mènera à rien.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Céline Schoen

« Nous ne coalisons pas des États,
nous unissons des Hommes »