Culture de compromis et contre-pouvoir européen

Culture de compromis et contre-pouvoir européen

 

Les députés européens sont-ils aussi "ridicules" que Jean Claude Juncker, le président de la Commission, veut le laisser croire ? Ou sont-ils simplement "victimes" de la culture du compromis qui règne dans l'hémicycle et les empêche de légiférer aussi efficacement qu'ils le souhaiteraient ? Reflexions. 

Le coup de sang de Jean-Claude Juncker à l'encontre du Parlement européen en dit long sur le fonctionnement de l'hémicycle en lui-même, mais plus encore sur l'équilibre des pouvoirs au sein de l'Union européenne (UE), et notamment entre son organe législatif et celui qui propose les textes - la Commission européenne.

Rappel des faits : le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a qualifié de "ridicule" l'attitude des députés européens. À peine une trentaine d'entre eux avait assisté, mardi 4 juillet au matin, au débat en session plénière du Parlement sur les résultats de la présidence maltaise du Conseil de l'UE du premier semestre 2017.

Tentant de défendre l'assemblée qu'il représente, le président du Parlement, Antonio Tajani, a demandé à Jean-Claude Juncker de respecter l'institution européenne qui contrôle la Commission. "Si la chancellière allemande Angela Merkel ou le président français Emmanuel Macron était intervenu(e), l'hémicycle aurait été plein !" a renchéri Jean-Claude Juncker, sous le regard approbateur du premier ministre maltais (et ancien eurodéputé) Joseph Muscat.

Faire la grasse matinée 

"Juncker pointe du doigt les dysfonctionnements du Parlement", se sont empressés de marteler les commentateurs, dénonçant à leur tour l'absentéisme des députés. Certes, un hémicycle rempli à même pas 4 % (751 députés y siègent au total) ne renvoie pas une image positive de la démocratie européenne. De même, il est vrai que certains eurodéputés sont aux abonnés absents, à Strasbourg comme à Bruxelles, par manque d'intérêt pour la construction communautaire. Mais la vraie question à laquelle il faut répondre est la suivante : au Parlement, les absents ont-ils toujours tort ?

 

Pour Philippe Lamberts, pas forcément. Ce membre du groupe des Verts était bel et bien présent dans la salle le jour du débat maltais, mais comprend l'absence de nombre de ses homologues. Sur Facebook, il est revenu sur ce qu'il considère comme une "altercation" : "Mais que font alors les absents ?

En profitent-ils pour faire la grasse matinée, pour boire un coup à la buvette avec les copains ou se promener dans les rues ensoleillées de cette magnifique ville qu'est Strasbourg ?Bien sûr que non. Les eurodéputés profitent d'être réunis sur un même lieu au même moment pour discuter en face à face ou dans des groupes de travail de compromis permettant de faire avancer un dossier."La culture du compromis qui règne au sein du Parlement européen justifierait donc la faible assiduité de ses membres. Trouver un terrian d'entente, texte après texte, vote après vote, afin de parvenir à une majorité, réclame en effet temps et énergie.

Contre-pouvoir 

Le fonctionnement de l'hémicycle européen est particulièrement perturbant d'un point de vue français - le mécanisme parlementaire binaire étant la norme. On imagine mal, il faut l'admettre, la droite et la gauche hexagonales - ou ce qu'il en reste - s'entendre et s'exprimer d'une même voix. Alors qu'au Parlement européen, les membres du Parti populaire européen (PPE, à droite) et de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D, à gauche) votent comme un seul homme sans que cela ne choque.

Quant à l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE, au centre), elle leur emboîte régulièrement le pas, et participe ainsi à la consolidation d'une "grande coalition", qui fait notamment bondir les élus du groupe du Verts qui regrettent que dans ce mécanisme du compromis, tant de groupes politiques se compromettent.

Si cette tradition du consensus qui définit le Parlement européen fait partie de son ADN, elle semble cependant émailler l'institution qui devrait, en toute circonstance, se positionner comme un contre-pouvoir de la Commission.

Il est de son devoir de "contrôler" les propositions qui émanent de cette dernière - de les améliorer, et voire même, de les bloquer, pour garantir des droits toujours plus vastes aux citoyens. Quitte à marquer une opposition claire. C'est celle-ci qui, parfois, vient à manquer. Est-ce par un manque de courage politique ? Ou est-ce la conséquence du jeu d'appareil et des partis qui atténuent les oppositions pour définir un consensus "mou" devenu symbole de cette lourde machine qu'est l'Europe ?

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Thierry Sciari

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