Concordance des temps

Concordance des temps

 

Après une guerre mondiale meurtrière, sans précédent dans l'Histoire par son ampleur, l'Europe était en ruine, victime de ses propres nationalismes qui avaient emporté ses peuples dans une véritable folie collective. Quelques hommes de paix et de bonne volonté se sont alors efforcés non seulement de panser les plaies, mais aussi de réconcilier les nations et de poser les jalons d'un monde nouveau où régneraient concorde et coopération internationales.

Ainsi sont nées, d'un côté, une organisation mondiale de résolution des conflits ; et de l'autre, une tentative de rassembler les Européens, à commencer par les français et les allemands.

Cette tentative fut d'ailleurs saluée, récompensée et encouragée par un prix Nobel de la paix amplement mérité. Le pacifisme dominait alors les esprits. Personne ne voulait revivre l'enfer de la barbarie industrialisée. L'Europe avait fini par relever la tête, se reconstruire, retrouver force et vigueur face à des géants émergents qui lui faisaient désormais concurrence sur la scène planétaire, mais qu'elle parvenait encore à tenir en respect.

Hélas, les Européens ne sont pas allés au bout de leur logique de rapprochement, refrénés une fois de plus par leurs égoïsmes nationaux, par leur méfiance vis-à-vis de leurs partenaires, par leur croyance que leurs intérêts propres ne passaient pas par l'intérêt général mais par le chacun pour soi.

Ainsi, quand la crise fut venue, ils se trouvèrent fort dépourvus. Face à une catastrophe financière qui engendra très vite un désastre socio-économique, les faiblesses de l'Europe éclatèrent au grand jour, mais, au lieu d'y palier, les Européens revinrent à leurs vieux réflexes de repli sur soi. Ils n'étaient pas seuls car les États-Unis d'Amérique, où le capitalisme sauvage venait de dérailler pour entraîner le monde dans son sillage, tendaient eux-mêmes à l'isolationnisme.

Au sein du monde musulman, des chefs de guerre avides de pouvoir dénoncèrent la décadence de l'Occident, qui asservissait leur monde depuis des décennies, pour mieux convaincre leurs coreligionnaires de se révolter, quitte à prendre les armes pour tuer, au prix de leurs vies si nécessaire, au nom d'une interprétation biaisée du Coran : non l'Islam des lumières à l'origine d'une des plus brillantes civilisations, mais une déviance obscurantiste, comme en ont connu toutes les grandes religions détournées par des tyrans sanguinaires.

L'Europe était la première visée, pour son antériorité et sa proximité à cette région. Au lieu de s'unir pour mieux affronter tous ses défis, elle se morcelait de plus en plus : l'extrême-droite ne cessait de gagner du terrain en Allemagne comme en France, l'Italie sombrait dans le populisme, le Royaume-Uni se détournait du Vieux-Continent, les pays d'Europe orientale se braquaient, à commencer par la Hongrie qui s'était dotée d'un régime autoritaire, avec le risque d'une contagion, notamment à son voisin autrichien.

Pendant ce temps, un homme, arrivé démocratiquement au pouvoir dans un pays de première importance sur les scènes européennes et mondiales, rêvait de ressusciter un empire autrefois colossal et respecté, qui a fini démantelé et humilié, notamment par une coalition d'États libéraux à ses portes. Profitant de leur affaiblissement, il sauta sur l'occasion d'annexer par surprise un voisin, puis s'empressa d'organiser un référendum bidon pour légitimer cette action, tout en déstabilisant son environnement pour mieux y rétablir l'influence de son pays.

Les grandes puissances européennes furent bien obligées de réagir, mais avec mollesse, dans le cadre d'une conférence multilatérale qui consacra la nouvelle situation. Ainsi conforté, le dirigeant poursuivit dès lors l'application méthodique de son plan en réarmant massivement, en se dotant d'équipements militaires dernier cri et en les employant à grand renfort de communication à l'extérieur, pour y sauver un régime ami...

À votre avis de lecteur avisé, le récit qui vient d'être déroulé correspond à quelle époque ? Certains diront la nôtre, dans les années 2000 - 2010, d'autres penseront à l'Entre-Deux Guerres, dans les années 1920 – 1930. Tous ont raison ! Car les faits relatés reprennent très exactement les événements absolument similaires des deux époques. Décryptage :

Après une guerre mondiale meurtrière (14 – 18 et 39 – 45), sans précédent dans l'Histoire par son ampleur (jamais guerre n'avait été plus dévastatrice avant chacun des deux conflits mondiaux), l'Europe était en ruine, victime de ses propres nationalismes qui avaient emporté ses peuples dans une véritable folie collective.

Quelques hommes de paix et de bonne volonté (BRIAND et STRESEMANN aux lendemains de la Première Guerre Mondiale – SCHUMANN, MONNET, ADENAUER, SPAAK, BECH, DE GASPIERI... aux lendemains de la seconde) se sont alors efforcés non seulement de panser les plaies, mais aussi de réconcilier les nations et de poser les jalons d'un monde nouveau où régneraient concorde et coopération internationales.

Ainsi sont nées, d'un côté, une organisation mondiale de résolution des conflits (Société Des Nations / SDN en 1919 et Organisation des Nations Unies / ONU en 1945) ; et de l'autre, une tentative de rassembler les Européens, à commencer par les Français et les Allemands. Cette tentative fut d'ailleurs saluée, récompensée et encouragée par un prix Nobel de la paix amplement méritée (1926 pour BRIAND et STRESEMANN – 2012 pour l'Union Européenne / UE).

Le pacifisme dominait alors les esprits. Personne ne voulait revivre l'enfer de la barbarie industrialisée. L'Europe avait fini par relever la tête, se reconstruire, retrouver force et vigueur face à des géants émergents qui lui faisaient désormais concurrence sur la scène planétaire, mais qu'elle parvenait encore à tenir en respect (États-Unis, Japon et URSS dans l'Entre-Deux Guerres – Chine, Inde, Brésil, Indonésie... au tournant du XXIème siècle).

Hélas, les Européens ne sont pas allés au bout de leur logique de rapprochement, refrénés une fois de plus par leurs égoïsmes nationaux, par leur méfiance vis-à-vis de leurs partenaires, par leur croyance que leurs intérêts propres ne passaient pas par l'intérêt général mais le chacun pour soi.

Ainsi, quand la crise fut venue, ils se trouvèrent fort dépourvus (1929 et 2008). Face à une catastrophe financière qui engendra très vite un désastre socio-économique (démultiplication des faillites, explosion du chômage, expansion de la précarité et accroissement des inégalités dans les deux cas), les faiblesses de l'Europe éclatèrent au grand jour, mais, au lieu d'y palier, les Européens revinrent à leurs vieux réflexes de repli sur soi.

Ils n'étaient pas seuls car les États-Unis d'Amérique, où le capitalisme sauvage venait de dérailler pour entraîner le monde dans son sillage, tendaient eux-mêmes à l'isolationnisme (phénomène TRUMP de nos jours).

Au sein du monde musulman, des chefs de guerre avides de pouvoir dénoncèrent la décadence de l'Occident qui asservissait leur monde depuis des décennies pour mieux convaincre leurs coreligionnaires de se révolter, quitte à prendre les armes pour tuer, au prix de leurs vies si nécessaires, au nom d'une interprétation biaisée du Coran, non l'Islam des lumières à l'origine d'une des plus brillantes civilisations, mais une déviance obscurantiste, comme en ont connu toutes les grandes religions détournées par des tyrans sanguinaires (l'islamisme est né dans les colonies européennes de l'Entre-Deux Guerres, surtout le monde arabe où il a repris vigueur à la fin du XXème siècle).

L'Europe était la première visée, pour son antériorité et sa proximité à cette région (protectorats de l'Entre-Deux Guerres – aide au développement, interventions armées et jeu des alliances de nos jours, à chaque fois dans la dispersion des Européens).

Au lieu de s'unir pour mieux affronter tous ses défis, elle se morcelait de plus en plus : l'extrême-droite ne cessait de gagner du terrain en Allemagne (national-socialisme dans les années 20 et 30 – AfD et Pegida depuis quelques temps) comme en France (Ligues dans les années 30 – Front National et consorts depuis 2002 surtout), l'Italie sombrait dans le populisme (Fascisme de MUSSOLINI – Mouvement Cinq Etoiles de GRILLO).

Le Royaume-Uni se détournait du Vieux-Continent (pour son empire colonial dans l'Entre-Deux Guerres – pour son successeur, le Commonwealth, et les pays émergents avec le Brexit de 2016), les pays d'Europe orientale se braquaient, à commencer par la Hongrie qui s'était dotée d'un régime autoritaire (HORTIZ dans l'Entre-Deux Guerres – ORBAN à notre époque), avec le risque d'une contagion, notamment à son voisin autrichien (la nostalgie de la splendeur des HABSBOURG est prégnante depuis la défaite et l'explosion de l'empire en 1918, ce qui engendre des sur-réactions matérialisées par des pouvoirs durs).

Pendant ce temps, un homme (HITLER dans les années 20 et 30 et POUTINE depuis 1999, tous deux adoubés par un Président sur le déclin, respectivement (HINDENBURG et ELTSINE), arrivé démocratiquement au pouvoir dans un pays de première importance sur les scènes européennes et mondiales (Allemagne des années 20 – 30 et Russie des années 2000), rêvait de ressusciter un empire autrefois colossal et respecté (Deuxième Reich de 1871 à 1919 – Russie tsariste puis bolchévique jusqu'en 1989), qui a fini démantelé et humilié, notamment par une coalition d'États libéraux à ses portes (Alliés de la Première Guerre Mondiale – OTAN dans le cadre de la Guerre froide).

Profitant de leur affaiblissement, il sauta sur l'occasion d'annexer par surprise un voisin (Autriche en 1938 – Crimée en 2014), puis s'empressa d'organiser un référendum bidon pour légitimer cette action, tout en déstabilisant son environnement pour mieux y rétablir l'influence de son pays (Bohème dans les années 30 – Donbass dans les années 2010). Les grandes puissances européennes furent bien obligées de réagir, mais avec mollesse, dans le cadre d'une conférence multilatérale qui consacra la nouvelle situation (Munich en 1938 – Minsk en 2015).

Ainsi conforté, le dirigeant poursuivit dès lors l'application méthodique de son plan en réarmant massivement (remilitarisation de la Sarre et nouvelle armée allemande dans les années 30 – réorganisation et modernisation de l'armée russe depuis quelques temps), en se dotant d'équipements militaires dernier cri et en les employant à grand renfort de communication à l'extérieur, pour y sauver un régime ami (Espagne en 1936 avec le bombardement de Guernica – Syrie de nos jours avec le bombardement d'Alep).

Certes, les deux époques ne sont pas parfaitement identiques : fort heureusement, il existe des nuances qui peuvent être rassurantes pour certaines d'entre elles. Les acteurs ne sont pas les mêmes. Ainsi, POUTINE n'est pas HITLER ! Au bout de 16 ans de pouvoir, son régime autoritaire n'est pas totalitaire, son nationalisme n'est pas fasciste, sa diplomatie est prudente, son action pragmatique et sa logique rationnelle.

Par contre, il ne cache pas son ambition, non de dominer le monde à tout prix ; mais de reconstituer la sphère d'influence russo-sovétique, profitant des faiblesses de l'Occident, comme d'autres...

La principale différence à près d'un siècle de distance, est l'existence d'une construction européenne qui, faut-il le rappeler, a émergé pour contre-balancer le bloc communiste, en réconciliant français et allemands ; qui a pour le moins stabilisé le Continent européen en 60 ans (une première dans l'histoire de ce dernier, raison de l'attribution du Nobel en 2012) ; qui résiste remarquablement malgré les assauts extérieurs et les soubresauts internes.

Mais avouez tout de même que le parallèle est sidérant. Or, vous savez pertinemment ce à quoi aboutit la dérive des années 30... Remarquez d'ailleurs une autre terrible ressemblance, à savoir la résurgence à travers l'Europe de l'antisémitisme, de la xénophobie, du racisme...

Ne jamais oublier que l'Histoire est constituée de cycles : ceux qui l'oublient sont condamnés à la revivre. Nos ancêtres l'ont expérimenté maintes fois. Il serait peut-être temps de tirer les enseignements du passé pour faire en sorte que le futur ne lui ressemble pas comme deux gouttes d'eau.

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Esperanto