Chronique débat:

Chronique débat: " La Politique migratoire et la démocratie " parue, le 02 juillet dans le Figaro - Par Renaud Girard

 

 
Cher Monsieur Girard,
 
Nous vous faisons part, cette fois-ci, de nos appréciations sur votre chronique « La Politique Migratoire et la démocratie » parue le 02 juillet dans Le Figaro.
Vous faites grief à la Chancelière Angela Merkel d’avoir failli à la volonté du peuple et de n’avoir consulté
« ni les chercheurs, politologues, géopoliticiens, anthropologues … » avant de transformer l’Allemagne en société multiculturelle. A contrario, vous citez en exemple le Général de Gaulle, ayant proposé au peuple français de ratifier par référendum l’indépendance de l’Algérie.
 
Tout est affaire de date !
 
Et comme vous le dites très bien, ce n’est qu’en 1962 que cette question fut soumise à l’approbation du peuple français. A cette époque, les accords d’Evian avaient été signés depuis longtemps et la question était déjà tranchée ! Ce qui fut proposé au peuple français, ne relevait pas de l’exercice de son droit souverain à la décision, mais plutôt de la ratification d’une décision ayant déjà été approuvée.
Le Général de Gaulle s’est bien gardé de poser la question lors de son accession au pouvoir en 1958 alors même que « la question d’Algérie » et l’incapacité de la IV ème République à y faire face, étaient la cause principale de son arrivée au pouvoir. Fin 1958, les enquêtes d’opinion montraient que l’immense majorité du peuple français souhaitait garder les « départements français d’Algérie ».
Seuls les communistes et certains socialistes opposant à la SFIO, qui s’étaient regroupés au sein du PSU étaient partisans de l’indépendance de l’Algérie, en plus de quelques personnalités dont, il faut le souligner, François Léotard.
 
De l’art donc de poser la question au bon moment !!
 
Autre exemple significatif qui montre que si le peuple est le meilleur juge pour lui-même, il n’a pas toujours raison. Nos voisins suisses n’ont-ils pas, il y a quelques années approuvé une initiative populaire intitulée «Contre l’immigration de masse », malgré l’avis contraire de tous les partis politiques, de tous les syndicats ouvriers et patronaux et des différentes Eglises, à l’exception de l’UDC qui devait se battre seul contre l’immigration.
 
Ce texte, dont la mise en œuvre est obligatoire en l’espace de deux ans selon la Constitution de la Confédération n’a pourtant pas été adopté par le Conseil Fédéral, qui en Suisse fait office de Président de la République, lorsqu’ils ont pris conscience du fait que l’apport migratoire était absolument nécessaire au bon fonctionnement de l’économie et des services publics. A titre d’exemple, l’hôpital cantonal de Lausanne opérait avec plus de 2/3 d’étrangers !!
 
Sur le plan économique, il faut constater que les réfugiés accueillis en Allemagne en 2015 n’étaient en rien des « miséreux », mais au contraire étaient issus de familles appartenant aux classes moyennes supérieures ; des gens qui, pour peu qu’on leur enseigne l’allemand, étaient immédiatement employables compte tenu de la situation démographique du pays.
 
L’Allemagne, dont le vieillissement rapide de la population (à l’instar de l’Italie), suscitait la compassion des démographes européens a pu rétablir son taux de natalité à un niveau convenable. Le chiffre des naissances est passé de 663 000 en 2011 à 792 000 en 2016, soit une hausse avoisinant les 20%.
En 2017, près d’un enfant sur quatre né en Allemagne est de mère non allemande. Cet engouement a même retenti sur la fertilité des femmes allemandes, puisque le taux de fécondité a augmenté en 2017 alors qu’il a baissé partout ailleurs en Europe.
 
Enfin, les économistes de tous bords, ont calculé que l’apport de 800 000 réfugiés avait permis un accroissement de 1% du PNB allemand, soit environ 30 milliards d’euros par an.
La question n’est donc plus de savoir si l’Allemagne devient une société multiculturelle. De fait, elle l’est déjà !! Les jolies têtes blondes s’ébrouent déjà au milieu de nombreuses jolies têtes métissées. Ce n’est plus tout à fait l’Allemagne historique, c’est déjà un peu le Brésil !!
 
 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : L'Europe des Citoyens