Ce que nous révèle l'actualité européenne ...

Ce que nous révèle l'actualité européenne ...

 

Au cours de la semaine du 11 novembre, les médias européens ne se sont guère intéressés à la commémoration de l'Armistice de la Grande Guerre. Leur regard était tourné ailleurs, au loin, du côté du Pacifique. Ils se sont particulièrement focalisés sur le président américain, et ce, pour deux raisons.

La première raison est que Donald Trump vient de fêter la première année de son élection puisque le 8 novembre 2016, 63 millions d'Américains le portaient à la Maison Blanche, contre toute attente. Dnevik (Bulgarie) déplore que la pratique du pouvoir n'ait pas changé ce personnage fantasque et inconséquent en véritable homme d'Etat. Il observe que ce sont plutôt les institutions, à commencer par son propre parti, qui se sont adaptés à lui...

El Mundo (Espagne) lui emboîte le pas pour dénoncer « une gestion aussi bruyante qu'inefficace ». Il souligne que Trump est la preuve vivante selon laquelle le populisme est voué à l'échec : il n'est (heureusement) pas parvenu à tenir ses promesses irréalistes. Il n'en reste pas moins dangereux, à jouer avec le feu, notamment le nucléaire.

Précisément, la seconde raison correspond à la tournée du milliardaire à la tignasse peroxydée en Asie. Les médias européens scrutent tout spécialement les relations sino-américaines qu'il n'a pas manqué de bouleverser dès son arrivée aux responsabilités. Ils s'accordent comme un seul homme pour constater que le promoteur du retour à la grandeur américaine ne fait que rétrograder les Etats-Unis sur la désormais première scène mondiale que représente le Pacifique, en les retirant d'un accord de libre-échange que son prédécesseur avait conçu pour circonscrire la montée en (super)puissance de la Chine.

Le Temps (Suisse) note non sans ironie que Trump transmet le flambeau de la domination à son homologue chinois, Xi Jinping, triomphalement reconduit à la tête de la seconde économie de la planète, à l'égal de Mao. Seule La Repubblica (Italie) se montre bienveillante envers le dirigeant américain qu'elle suspecte de négocier un accord secret avec la Chine et/ou la Russie pour arracher des concessions à la Corée du Nord. Mais ses confrères croient plutôt à une habile manœuvre de Pékin pour neutraliser celui qui, dès les premiers jours de sa présidence, dénonçait violemment la volonté hégémonique chinoise.

Au regard d'une série de contrats pour un volume de 253 milliards de dollars, que De Volkskrant (Pays-Bas) qualifie très sceptiquement de « flopée de promesses de coopération bien évasive » pour la plupart, Trump s'est rétracté, ce que les médias chinois ont salué en qualifiant ce retournement de « miracle » !

Pour The Times (Royaume-Uni), il désarme lui-même son pays dans cette région hautement stratégique du monde, désappointant et désorganisant ses alliés.

Autre sujet qui a beaucoup fait couler d'encre : les Paradise Papers. Si ces nouvelles révélations sur les stratagèmes des entreprises comme des personnalités les plus riches pour échapper à l'impôt sont le fruit d'une collaboration journalistique internationale, à commencer par l'Europe d'où tout est parti et a été coordonné, dans le plus grand secret, les médias européens oscillent pour beaucoup entre résignation et cynisme.

Ainsi, De Volkskrant (Pays-Bas) évoque un sentiment de déjà vu, relent des Panama Papers qui ont suscité une indignation finalement sans lendemains, les petites gens étant de nos jours trop civilisés pour couper des têtes : ils appellent dès lors à civiliser les fraudeurs. Mais nombre de journaux précisent justement que l'activité ainsi reprochée aux évadés fiscaux n'a rien d'illégale.

The Daily Telegraph (Royaume-Uni) va même plus loin en prétendant qu'elle n'est pas non plus contraire à l'éthique car, après tout, plusieurs millions de personnes, notamment les fameuses petites gens, tirent profit des fonds réfugiés au sein des paradis fiscaux. Pour lui, cette affaire est montée de toute pièce par des militants anticapitalistes primaires tout simplement jaloux des personnes plus riches qu'eux. 24 Chasa (Bulgarie) le rejoint en soulignant que chacun est libre de faire avec son argent ce que bon lui semble, qu'il s'agisse de la cacher sous un matelas ou de le virer aux îles Caïman afin d'échapper à l'arbitraire de l’État.

Süddeutsche Zeitung (Allemagne) en déduit en filigrane que les élites perçoivent les Etats providence comme l'enfer sur terre. The Gardian (Royaume-Uni) et Jutarnji List (Croatie) y voient une grave menace pour la démocratie, parce que se creuse ainsi un gouffre entre ces élites et le peuple, incompatible avec un système démocratique et économique durable, d'autant que les partis traditionnels en sont responsables, conduisant au final les électeurs soit à l'abstention soit au populisme.

Ainsi plusieurs journaux, à l'image de Reporter (Grèce) ou Le Soir (Belgique), se tournent vers l'Union européenne (UE) pour poursuivre un processus amorcé aux lendemains du déclenchement de la crise financière de 2007, sachant que la réglementation européenne actuelle est bien trop lacunaire et permissive, alors qu'elle est la seule à être en mesure de colmater la fuite de milliards indispensables à la cohésion de nos sociétés.

Autre focus en cette semaine de commémoration du premier conflit mondial : la révolution russe. Celle d'octobre 1917, qui renversa les révolutionnaires modérés (Menchéviks) parvenus au pouvoir en février de la même année, au profit des Bolchéviks de Lénine. L'occasion pour les journalistes du Vieux Continent de tirer un bilan des 70 ans de communisme qui ont ainsi suivi.

Pour Efimerida Ton Syntakton (Grèce), le bilan est contrasté, soulignant les acquis de ce tournant historique pour une Russie à la base indigente et rétrograde, transformée en quelques années seulement en grande puissance industrielle avec éducation et protection sociale, ce qui lui aurait permis de résister et de riposter à l'invasion nazie...

Le voisin estonien, à travers Öhtulent, déplore à contrario la naissance d'un « Empire rouge » dont le pays pâtit encore aujourd'hui pour cause de retard dans le niveau de vie et de subsistance de l'impérialisme russe.

Plusieurs médias européens, comme Criticatac (Roumanie) et Der Tagesspiegel (Allemagne), remarquent précisément que la Russie de Poutine escamote ce centenaire. Si le nouveau maître du Kremlin célèbre l'URSS dont il est un pur produit comme ex-agent du KGB, il se méfie des idées révolutionnaires qui en sont à l'origine, bien que dévoyées par la suite. Pour assurer sa légitimité et stabiliser son régime, il tente de l'ancrer dans un passé bien plus lointain, en réhabilitant le tsarisme qui avait opéré, faut-il le rappeler, l'annexion de l'Ukraine et de la Crimée, bien avant l'Union soviétique...

Pour terminer ce tour d'horizon, une bouffée d'air que beaucoup aimeraient pur, via la COP 23 de Bonn, où 190 États se sont réunis pour enrichir l'Accord de Paris d'ici son entrée en vigueur en 2020. Là encore, les positions sont tranchées, entre pessimisme et volontarisme.

Côté pessimisme, Delo (Slovaquie) attaque un marchandage politique de plus, qui empêche les belles paroles de devenir réalité. L'UE est une fois de plus appelée à la rescousse des peuples intoxiqués (dans tous les sens du terme!). Mais Dagens Nyheter (Suède) regrette que son action se limite à réduire dès 2021 les droits à polluer, ce qui est bien insuffisant face à l'enjeu et l'urgence climatiques. On bascule ainsi dans le camp du volontarisme, notamment avec Zeit Online (Allemagne) qui appelle Berlin comme Bruxelles à refréner enfin l'influence de constructeurs automobiles pour lesquels la confiance s'est effritée.

Pour sa part, Helsingin Sanomat (Finlande) se réjouit de constater que les 169 Etats de l'Accord de Paris sont rejoints, voire doublés, par moult villes et entreprises qui ne les attendent pas pour se mettre au vert, notamment aux Etats-Unis, n'en déplaise à Trump (encore lui) !

Wiener Zeitung (Autriche) clame d'ailleurs que nous devons tous prendre nos responsabilités, notamment vis-à-vis d'un phénomène inéluctable dans le sillage du réchauffement : les migrations climatiques.

À noter par ailleurs deux événements politiques : d'une part, la montée des tensions diplomatiques entre la Pologne et l'Allemagne après les déclarations de la ministre allemande de la Défense encourageant les Polonais à une « saine résistance démocratique » que le ministre polonais des Affaires étrangères a condamné comme une « ingérence indue » ; et d'autre part, le reflux de l'Extrême-Droite en Slovénie à l'occasion des élections régionales qui ont vu son chef de file perdre une présidence de région, sans pour autant enterrer son parti.

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto