Brexit or not Brexit, that is THE question !

Brexit or not Brexit, that is THE question !

 

L'échéance fatidique du Brexit approche à grands pas, puisque prévue le 29 mars. Plus que jamais, la semaine écoulée était annoncée comme capitale, étant donné le vote annoncé au Parlement britannique sur l'accord négocié par le Premier Ministre, Theresa May, avec les 27. En même temps, personne ne se faisait d'illusion sur l'issue d'un vote d'ores et déjà joué après la dislocation de la fragile et fébrile majorité parlementaire, les Unionistes irlandais ayant annoncé préalablement leur défection.

Les médias européens se sont néanmoins répandus en analyses, commentaires et suggestions. À commencer par Die Presse (Autriche), pour qui l'impréparation dans laquelle se réalise le Brexit est révélatrice du piètre état de la politique. En l'occurrence une politique populaire capable de provoquer chez les adultes un comportement égocentrique, initialement phénomène de l'adolescence. Au point de vouloir façonner le monde sans tenir compte des privations et de la solitude annoncées. De Volkskrant (Pays-Bas) se montrait plus acide en évoquant une fête de la démocratie qui a viré à la beuverie, où les invités perdent toute inhibition et se pourchassent sauvagement, les intérêts personnels et partisans ayant pris le pas sur le reste.

El Mundo (Espagne) évoquait pour sa part la résignation de Bruxelles, déjà parée de bandages avant même d'avoir été blessée. Tandis que Financial Times (Royaume-Uni) l'appelait à réagir fortement afin d'empêcher un Brexit sans accord, paradoxalement en rejetant l'idée même d'une négation du référendum de 2016, idée qui fait son chemin et radicalise les partisans de la sortie.

The Irish Independant (Irlande) conseillait pour sa part au Premier Ministre irlandais, Leo Varadkar, de revenir sur la clause « backstop » qu'il a imposée aux deux parties et qui prévoit le maintien du Royaume-Uni dans l'union douanière si le pays ne parvient pas à trouver un accord de libre-échange avec l'Union européenne (UE) après le Brexit, ce, afin d'empêcher la réapparition d'une frontière entre les deux Irlande. Cette piste n'est sans doute pas à exclure au lendemain du cuisant échec décrit par The Spectator (Royaume-Uni) : 432 voix opposées au plan de May, contre seulement 202 favorables à la chambre basse des Communes, résultat sans précédent. Nous entrons de facto en terrain inconnu, au point de penser le Brexit inimaginable au 29 mars. Tel n'est pas l'avis de Expressen (Suède) qui juge indéniable le risque de sortie sans accord, avec toutes ses conséquences néfastes, de la pénurie de marchandises à la réintroduction de contrôles à la frontière Nord-Irlandaise. Un risque toutefois amoindri maintenant que le Parlement a pris la main, car les élus partisans d'un Brexit dur y sont minoritaires.

Dans ce contexte, Der Standard (Autriche) n'entrevoit que deux possibilités pour le Premier Ministre : céder sa place malgré l'échec de la motion de censure déposée par le chef des Travaillistes, Jeremy Corbyn, au lendemain du rejet de la version May du Brexit ; ou se résoudre à accorder la priorité au bien du pays, avec le maintien du Royaume-Uni dans l'union douanière et l'octroi à l'Irlande du Nord d'un accès supplémentaire au marché européen, ainsi que le prévoit le « backstop ».

De Morgen (Belgique) conçoit de son côté la possibilité d'un second référendum au vu de toutes les répercussions négatives générées par la seule perspective du Brexit (selon les experts, le Royaume-Uni a déjà perdu deux points de croissance pour cause notamment de la chute de 30% de la Livre, soit une importante baisse de pouvoir d'achat pour des Britanniques qui importent l'essentiel de leur consommation courante).

Quelle attitude à observer côté UE ?

Nr Handelsblad (Pays-bas) prône la bienveillance car les intérêts des Européens n'ont pas changé : ils ont encore tout à gagner à conserver les liens les plus étroits avec le Royaume-Uni, tant économiques que politiques. Sans pour autant jouer les naïfs face à une Nation qui pourrait devenir concurrente et qui ne doit pas dès lors se voir octroyer des avantages impensables pour les autres États membres. L'UE a précisément annoncé qu'elle était prête à renégocier si les Britanniques renonçaient à leurs lignes rouges, comme la libre circulation des voyageurs.

Jutarnji List (Hongrie) ne se montre pas si conciliant car, en cas de maintien dans l'UE in fine, le Royaume-Uni resterait polarisé, dernière chose dont l'UE ait besoin si elle veut renforcer son dynamisme interne. Kauppalehti (Finlande) réclame aussi la sortie définitive et surtout rapide des Britanniques, dont le vote aux élections européennes pourrait renforcer l'aile eurosceptique du Parlement européen et semer la pagaille au sein des institutions communautaires, dans le cadre des futures nominations.

Pendant ce temps, à l'extrême opposé du Vieux Continent, un autre Premier Ministre jouait sa place pour des raisons quasi similaires. Le hiatus grec est né de l'accord conclu par Alexis Tsipras avec Skopje sur la dénomination « Macédoine du Nord ». L'objectif des deux parties est de solutionner un conflit identitaire né de l'implosion de la Yougoslavie il y a un quart de siècle. Le compromis ainsi trouvé a provoqué une scission au sein de la majorité parlementaire grecque, via le départ des alliés nationalistes du chef de gouvernement. Déterminé à poursuivre sa mission, celui-ci a alors déposé une motion de confiance au Parlement, remportée par 151 contre 148. La tendance des médias européens est clairement élogieuse à l'endroit de Tsipras, devenu pour Der Standard (Autriche) un rempart contre le nationalisme populaire qui échauffe les esprits dans les Balkans : ils considèrent les voisins comme des ennemis ou de potentielles menaces, ce qui s'explique en Europe du Sud par une pensée fortement ancrée dans le collectif plutôt que dans l'individu.

Le Premier Ministre grec se montre d'autant plus courageux qu'il cherche à faire prévaloir le bon sens dans la politique. Même son de cloche pour El Pais (Espagne), qui va plus loin encore, en rappelant que Tsipras le pragmatique rusé, a négocié un programme socio-économique de secours qu'il avait lui-même rejeté au départ. Grâce à ses mesures sociales, il a influé sur la politique financière européenne. Autre action à son crédit : sa bonne gestion de la crise des réfugiés. L'Extrême Gauche de Tsipras s'est ainsi accommodée des règles de la sociale-démocratie, comblant le fossé avec la Gauche traditionnelle, plus que celui qui sépare encore la Droite et son extrême. To Vima Online (Grèce) n'est pour autant pas convaincu et rasséréné : si le vote parlementaire a résolu provisoirement le problème de la légitimation du gouvernement, le conflit politique demeure : une grande partie de la société est dominée par un climat de division, le même qui a déjà empêché les Grecs par le passé de sortir de l'ornière. Ce climat n'est bien évidemment pas propre à la Grèce, car il touche toute l'Europe, y compris des pays que tout un chacun pouvait croire à l'abri.

Tout particulièrement la Suède, empêtrée elle aussi dans un vrai bourbier politique depuis 4 mois, les partis traditionnels n'ayant pas réussi à trouver une majorité sans passer par le parti populiste de droite des Démocrates de Suède. Les Libéraux et le Parti du centre viennent néanmoins de consentir à soutenir un gouvernement minoritaire formé par les sociaux-démocrates et les verts. Le dernier mot revient désormais au Parti de gauche. L'ennui pointé par Expressen (Suède) est que le gouvernement envisagé a pour but déclaré de le neutraliser : un soutien même passif correspondrait à un suicide politique pour cette formation. Justement, plusieurs voix relayées par Aftonbladet (Suède) s'élèvent en son sein pour opposer une fin de non-recevoir, ce qui revient à jouer avec le feu dans un pays où les récentes élections législatives ont mis un terme à un demi-siècle de bipartisme entre conservateurs et sociaux-démocrates. Merce (Hongrie) perçoit deux explications à ce constat : la perte d'importance ces vingt dernières années des sociaux-démocrates, et la montée en puissance continue des Démocrates de Suède. Les premiers demeurent les plus forts, mais ne le sont plus assez pour forger une gouvernance stable par le jeu des alliances. Les seconds le sont désormais suffisamment pour empêcher ces ententes. Pour sa part, El Pais (Espagne) met en garde contre une grande coalition à l'allemande qui verrait s'affronter deux nouveaux camps : les forces démocratiques et celles qui exploitent la démocratie pour arriver au pouvoir. Le danger est que l'Extrême-Droite constitue la seule alternative possible, pour finalement devenir l'alternance tant redoutée.

La haine est déjà à l’œuvre à travers toute l'Europe, où elle prend une ampleur et des formes différentes selon les pays. Elle semble atteindre son paroxysme en Pologne, à la suite de l'assassinat du Maire de Gdansk au couteau. Wpolityce (Pologne) conseille de ne pas tirer de conclusions trop hâtives sur le plan politique, car les premiers éléments de l'enquête démontrent que les services de sécurité ont mal réagi face à un être dérangé, comme il en existe partout. Les autres commentateurs ne partagent pas ce relativisme face à la mort d'un pro-européen à la veille d'une élection européenne cruciale, qui rappelle celle de Jo Coxau Royaume-Uni dans le cadre de la campagne sur le Brexit, selon Corriere Della Sera (Italie). Frankfurter Rundschau (Allemagne) fustige précisément les attaques verbales haineuses qui conduisent à ces extrémités, atteinte insupportable à la démocratie.

La Repubblica (Italie) tire dans le même sens en ciblant plus particulièrement la dérive nationaliste observée notamment en Pologne, en Italie et en Hongrie, à l'origine d'une « triple alliance » anti-immigrés censée sauver l'Europe. Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) s'offusque de l'attitude du parti au pouvoir en Pologne, le PiS, promoteur et vecteur de cette dérive qui tente d'escamoter le débat en refusant de politiser le meurtre de Pawel Adamowicz.

Echo24 (République tchèque) évoque les tensions avec l'Opposition, montées de plusieurs crans ces derniers mois : les débats normaux face aux réformes radicales du gouvernement sont de plus en plus supplantés par la confrontation. L'agression de Gdansk remémore ce à quoi peut mener ce genre d'évolution. Besoin serait que les parties mènent une introspection en vue d'une éventuelle réconciliation. Si Nowoje Wremja (Ukraine) voit dans une Pologne divisée et affaiblie la pire perspective pour son pays, d'autres souhaitent que cet événement gravissime serve de piqûre de rappel à la veille des élections européennes, comme Polityka (Pologne) : il est vital d'envoyer à Bruxelles des représentants qui rattrapent le train de l'Europe. Il s'agit de nous préserver des forces funestes résultant de la frustration des peuples et nous conduisant irrémédiablement à des impasses destructrices comme le Brexit.

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto