Besoin d'une meilleure Europe !

Besoin d'une meilleure Europe !

 

Autre front pour l'UE : après l'Afrique, l'Amérique ! En effet, la guerre commerciale est désormais réalité, après les mesures de rétorsion de l'UE face à la décision de TRUMP d'augmenter sensiblement les droits de douane sur l'acier et l'aluminium européens. Ainsi l'Europe taxe-t-elle davantage à son tour des produits typiquement made in USA comme les jeans, le Bourbon ou bien encore les Harley Davidson. De Morgen (Belgique) applaudit, jugeant que ces mesures de rétorsion sont primordiales, qui plus est combinées à des réactions chinoises significatives, telle la vente de bons du Trésor américain, menaçant d’assécher une croissance américaine à crédit. Peut-être Trump n'ira-t-il ainsi pas au bout de sa folie ?

 

Kristeligt Dagblad (Danemark) souhaite aller encore plus loin pour s'en assurer, en dotant l'UE d'une constitution qui l'érigerait une bonne fois pour toute en entité influente et reconnue sur la scène mondiale. En attendant, TRUMP enregistre un premier sérieux revers, car hautement symbolique, avec la décision de Harley Davidson de délocaliser une partie de sa production hors des États-Unis pour échapper aux surplus de taxes. Comme l'évoque Tages-Anzeiger (Suisse), la Maison Blanche a réagi en vilipendant les pratiques commerciales injustes de l'UE. Mais TRUMP est clairement affecté, au regard de ses messages vengeurs. Car il a ainsi produit involontairement la démonstration éclatante que la guerre commerciale ne produit que des perdants, tandis que le libéralisme s'inscrit dans une dynamique vertueuse, qui profite aux clients (meilleur rapport qualité-prix) et aux employés (meilleure répartition des tâches), ainsi que l'exprime Jydske Vestkysten (Danemark). Mais Der Standard (Autriche) se montre sceptique quant aux répercussions de l'affaire. Car la stratégie de TRUMP ne vise pas la réussite économique. Comme tout bon populiste, il se place dans la symbolique, celle de héros américains sacrifiés sur l'autel de la mondialisation dominée par la Chine et l'UE.

 

Par ailleurs, autre motif d'inquiétude pour les Européens : la rencontre TRUMP – POUTINE le 16 juillet à Helsinki en Finlande. Au menu : les relations russo-américaines, la Syrie et l'armement. Süddeutsche Zeitung (Allemagne) s'alarme de ce que les président américain ne défend plus l'intérêt de ses partenaires historiques, mais poursuit comme POUTINE une politique nationaliste agressive dont l'affaiblissement de l'UE est un volet. Les Européens doivent dès lors se préparer à se retrouver livrés à eux-mêmes entre les deux blocs, y compris et surtout les plus souverainistes d'entre eux ! D'autant que BNS (Lituanie) imagine bien le scénario de cette entrevue, au cours de laquelle POUTINE poussera son avantage en mettant en avant le sacrifice des contribuables américains pour la défense d'Européens ingrats, qui se gavent du déficit commercial américain. Radio Kommersant Fm (Russie) y voit l'opportunité pour le maître du Kremlin depuis 18 ans de charmer l'inexpérimenté locataire de la Maison Blanche depuis moins de 2 ans. Mais le régime russe devrait se méfier, car un rapprochement avec Washington lui ôterait tout bouc émissaire, bien pratique pour dévier l'attention de la population. Aamulehit (Finlande) ne sait pas plus que les autres ce qui ressortira de cet entretien entre deux dirigeants imprévisibles, mais préfère la diplomatie et le dialogue à l'affrontement.

 

Si l'Afrique tente d'accrocher l'Europe et les États-Unis de s'en éloigner, la Turquie a définitivement rompu les amarres avec la réélection à la présidence de la République d'ERDOGAN dès le premier tour à 52% des suffrages contre 30 pour son principal adversaire, qui n'a eu d'autres choix que reconnaître sa défaite. Fait remarquable et remarqué par nombre de médias européens : le plébiscite en faveur du dictateur au sein des communautés turques en UE. Des Turcs de l'étranger auxquels ERDOGAN avait affirmé que l'assimilation à leur pays d'accueil était un « crime », rappelle pertinemment Journal 21 (Suisse). Message visiblement bien reçu ! Notamment en Autriche. Die Presse (Autriche) blâme à ce sujet la politique autrichienne frileuse vis-à-vis d'une minorité qui a contribué à la prospérité de la Seconde République. Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne) pointe aussi les responsabilités des politiques allemands. Quand De Telegraaf (Pays-Bas) dénonce un malaise à voir des citoyens néerlandais ovationner un dirigeant qui s'emploie à islamiser son pays, attiser un sentiment anti-occidental et qualifié les Pays-Bas de « résidu nazi ». 73% des votants se sont prononcés en sa faveur ! Mais il est à noter que la majorité des Turcs néerlandais inscrits sur les listes électorales ne se sont pas rendus aux urnes, une défaite pour le bras long d'Ankara, et un mince espoir. Bien mince car ERDOGAN est plus puissant que jamais. Certes, il a acheté sa victoire aux prix fort, clame Tages-Anzeiger (Suisse) : l’État a copieusement arrosé les électeurs pour parvenir à ce résultat, au risque de déstabiliser un peu plus une économie déjà vacillante, avec chute de la lire, fuite des cerveaux et timidité des investisseurs.

 

Autre nuance : le soutien croissant à l'opposition, qui s'explique précisément par une aspiration à la stabilité économique, ainsi que la fin de l'aventure syrienne. Mais de facto, ERDOGAN est désormais président et premier ministre, capable de révoquer à sa guise gouvernement et parlement. Depuis le dernier Sultan Mehmed VI déposé en 1922 par ATATÜRK, jamais le pouvoir n'avait été à ce point centralisé pour La Stampa (Italie). Birgün (Turquie) prédit dès lors un ton toujours plus dur qui envenimera les problèmes, à parler de haine et de pression, au lieu de démocratie et de tolérance. The Irish Times (Irlande) nourrit les mêmes craintes vis-à-vis du « Nouveau Sultan » sorti du moule des monarques absolus de l'Empire Ottoman : ses efforts pour museler les opposants ne font que commencer. Toutefois, Vedomosti (Russie) ne voit pas en lui un POUTINE russe, car il existe encore une véritable opposition, qui s'appuie sur la base solide d'une division territoriale, profitant de la zone côtière pro-européenne. De plus, Sabah (Turquie) se montre pessimiste quant à la relation future entre ERDOGAN et l'AKP, pourtant seule institution politique capable de rallier les citoyens kurdes et de garantir l'unité nationale. En tous cas, une chose est sûre pour Phileleftheros (Chypre) : la page de l'UE est tournée pour ERDOGAN, qui ne cache pas son aspiration à une Turquie islamique et orientale. Pour autant, Jutarnji List (Croatie) ne le croit pas totalement déconnecté du Vieux Continent, dont il a pris la tête de la meute de dirigeants autoritaires, qui tous se sont imposés non par un coup d’État, mais par un biais démocratique. Erdogan avait dès lors toutes les raisons de déclarer le soir des élections : vive la démocratie !

 

Il est bien connu que la démocratie porte en elle les germes de sa propre destruction, comme l'Histoire l'a maintes fois prouvé. Elle le prouve encore aujourd'hui, avec l'arrivée au pouvoir de populistes « illibéraux », à commencer par ORBAN, qui sapent sans relâche les fondements de l'UE. Celle-ci tente de réagir, tant bien que mal. Ainsi, le comité LIBE du Parlement européen, chargé notamment des libertés civiles et la justice, s'est prononcé pour le déclenchement de l'article 7 du Traité sur l'UE contre la Hongrie, de manière à la priver de son droit de vote, pour violation des valeurs européennes. Les médias hongrois que sont 888.hu et Magyar Hirlap sont pour le moins dubitatifs. Le premier parle d'un débat idéologique tronqué, car les principes avancés n'ont jamais été définis au plan juridique : valeurs européennes, démocratie, égalité, État de droit...

 

Le second se focalise sur une procédure complexe qui a toute chance d'échouer, d'autant que le Conseil européen a le dernier mot. Or, la Hongrie peut compter sur ses alliés de Visegrad pour la soutenir et empêcher toute marginalisation. À commencer par la Pologne, visée par la même procédure, mais à un stage plus avancé puisque le pays a du répondre pour la première fois de sa réforme du système judiciaire devant les ministres des Affaires étrangères. Rzeczpospolita (Pologne) conseille à l'UE de tirer les leçons du Brexit et de se montrer plus flexible, au risque de s'aliéner définitivement un membre des plus importants. Radio Europa Libera (Roumanie) explique de son côté pourquoi Bruxelles a (trop) attendu pour sévir contre Varsovie, ayant préféré épargner le plus grand représentant des pays est-européens, stratégique dans la relation à la Russie. L'ennui est que d'autres gouvernements virent mal, comme la Roumanie qui suit la même voie judiciaire que la Pologne.

 

Pendant ce temps, la République tchèque se dote d'un gouvernement tributaire du Parti communiste pour la première fois depuis la chute de l'URSS, qui plus est le jour de la commémoration des victimes du communisme, une faute de très mauvais goût qui le disqualifie d'emblée pour Aktualne.cz (République tchèque). Sans compter que le Premier Ministre de ce gouvernement très à Gauche n'est autre que le milliardaire Andrej Babis, de retour au pouvoir. Kafkaïen pour Lidove Noviny (République tchèque).

 

Qu'il soit de Droite ou de Gauche, est-il possible d'endiguer le populisme, s'interrogent plusieurs médias européens ? Le Temps (Suisse) postule que l'ère des hommes forts n'est pas une péripétie, mais une vague de fond qui trouve son origine dans les discours lénifiants et l'inaction qui ont caractérisé les dirigeants des démocraties occidentales jusque-là. Observador (Portugal) imagine que le Portugal pourrait très bien y céder si le pays se trouvait à son tour confronté aux mêmes difficultés que ses partenaires. Avgi (Grèce) pense justement que les populistes n'ont pas fini d'exploiter la question migratoire pour jouer la carte de l'isolationnisme et d'une Europe à plusieurs vitesses. Face à eux, les forces progressistes en faveur d'une Europe humaine, démocrate et sociale doivent résister. Notamment en proposant une vision radicalement nouvelle de l'Europe, garantissant égalité des chances et accès aux services via un État providence européen, affirme La Stampa (Italie). Cette vision permettrait de véhiculer une image plus positive de l'UE et de contrer l'idée d'une Europe néolibérale, guidée uniquement par des intérêts économiques. Car nous n'avons pas besoin de plus ou moins d'Europe, mais simplement d'une meilleure Europe.

 

 

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto