Ça sent le roussi(e) !

Ça sent le roussi(e) !

 

Dans le sillage de la France, l’Europe va-t-elle finir à feu et à sang ? Entre révoltes populaires, montée des national-populismes, tensions avec la Russie… le Vieux-Continent est de nouveau pris de convulsions qui pourraient bien le conduire à la crise… cardiaque ! Car il est secoué en son cœur, non seulement politique et stratégique, mais aussi éthique et juridique.

À commencer par la France, pays fondateur, deuxième puissance démographique et économique, et première en matière militaire de l’Union européenne à 27. L’arrivée de Macron aux responsabilités élyséennes, d’aucuns diront jupitériennes, avait suscité bien des espoirs, parfois contradictoires, du côté du peuple, aspirant au renouvellement démocratique et social par la base, et du côté des élites, désireuses de réformes libérales structurelles. Tiraillé entre ces deux pôles, le « Président des riches », comme se plaisent à le nommer ses détracteurs, semble avoir choisi son camp, au grand dam des couches populaires qui se sentent trahies et abandonnées, qui plus est dans un pays qui détient le record du monde des prélèvements obligatoires (47% de la richesse nationale), oubliant au passage qu’il affiche un autre record dont elles sont les premières bénéficiaires, celui de la dépense publique (57% du PIB). Les médias européens n’ont bien sûr pas manqué de disséquer le mouvement de plus en plus radicalisé et violent des gilets jaunes qui découle de la désillusion de certaines catégories.

Ephemeron.eu (Grèce) rappelle les origines de la crise française, notamment la forte hausse du coût du logement qui pousse de plus en plus de salariés aux revenus modestes à s’éloigner des centres urbains, donc à dépendre toujours plus de la voiture. Une tendance renforcée par le manque d’investissements dans les transports publics et la privatisation progressive du réseau ferroviaire. La nouvelle taxe sur le diésel, quelle que soit sa justification, même écologique, a été la goutte de trop dans le bouillon de la discrimination des classes inférieures. Ainsi est né le mouvement désormais célèbre à travers le monde des gilets jaunes.

Selon Tages-Anzeiger (Suisse), ce mouvement renvoie à Macron une image déformée de lui-même qui, le premier, s’est prétendu en dehors des clivages politiques traditionnels, défiant l’ancien monde des partis soi-disant dépassés Pour autant, les manifestants ne convergent pas vers le président français, bien au contraire !

Vedomosti (Russie) note ainsi ironiquement que l’arroseur se retrouve arrosé. Car Macron et son entourage sont victimes des mêmes critiques assenées à leurs prédécesseurs lors de la campagne présidentielle. Le fait est que les électeurs ne veulent pas payer le prix des réformes si chères (dans tous les sens du terme pour eux) au Président, surtout dans une province désargentée habitée par les classes moyennes inférieures.

Mais la réalité du terrain est sans doute plus complexe, suggère Kommersant (Russie), dans la mesure où le phénomène des gilets jaunes est très hétérogène, d’autant plus qu’il est désormais investi par des éléments radicaux de droite comme de gauche, qui agissent selon le principe : « le pire sera le meilleur ». De fait, certains observateurs n’hésitent plus à parler de mouvement insurrectionnel, car la rue gagne en puissance. Sega (Bulgarie) explique cette tendance par la faiblesse criante de l’opposition institutionnelle, partis politique ou syndicats. La véritable opposition à un Président autoritaire, méprisant et autiste, selon les contestataires, est désormais dans les manifestations violentes, où fusent les revendications tout azimut : création d’une assemblée des citoyens supplantant l’Assemblée nationale, suppression du Sénat, tenue de référendums réguliers et réductions d’impôts. Sans oublier l’abolition des privilèges. Mais lesquels au juste ?

Polityka (Pologne) juge plus noble la mobilisation des Polonais pour la défense de l’indépendance de la justice ou la Constitution, plutôt que la dénonciation de la hausse du prix du diésel, qui plus est à l’heure d’une COP 24 en cours à Varsovie, qui cherche désespérément des solutions consensuelles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dont le diésel est en grande partie responsable.

The Irish Times (Irlande) encourage Macron à garder le cap dans la tempête : il peut faire des concessions fiscales pour compenser certaines injustices, mais il ne peut se permettre de changer l’orientation fondamentale de sa stratégie de réformes, surtout s’il souhaite toujours donner à la France un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique. Or, à l’heure de la rédaction de cette revue de presse, la Présidence de la République a annoncé le renoncement à toute forme de hausse de la fiscalité sur les carburants pour 2019, en plus d’autres abandons plus ou moins symboliques, dans l’espoir de calmer les ardeurs et éviter que ne se (re)produise le pire. Or, les premières réactions sont dubitatives. Rien ne laisse présager à cette heure une baisse de régime chez les manifestants. S’agirait-il dès lors d’une vague de fond, qui pourrait déferler sur l’Europe ? Beaucoup de médias s’interrogent et s’inquiètent. Une des implications continentales pourrait être électorale, souligne La Repubblica (Italie) : à l’horizon des européennes de mai 2019, les européistes sont en train de perdre leur champion en la personne d’un Président français affaibli.

Der Standard (Autriche) alimente cette crainte en indiquant que les gilets jaunes ne sont pas une simple réaction à une situation spécifiquement française, mais à des dysfonctionnements sociopolitiques qui affectent toute l’Europe, voire au-delà, notamment liés au contraste entre faibles rémunérations des emplois durs et émoluments exorbitants des grands patrons.

Mandiner (Hongrie) s’indigne de la tentative de récupération du parti socialiste hongrois dont trois figurent ont posé devant les caméras vêtus d’un gilet jaune, l’accusant d’une lutte acharnée quotidienne pour la maximisation des bénéfices des multinationales et l’exploitation de la société.

Pour sa part, Kaleva (Finlande) met en garde son pays dans lequel les événements français semblent impossibles, mais pourraient malgré tout se produire du fait des ressentiments accumulés par un groupe important de la population gangréné par la pauvreté. De son côté, la Serbie reste bouche bée face à ces riches européens qui s’insurgent, protestent et se mettent en grèvent, tandis que les citoyens serbes mécontents attendent patiemment le progrès qui leur est promis, note Danas (Serbie).

Pour Diena (Lituanie), la contestation française doit être mise sur le même plan que deux autres événements : l’élection du nouveau président de la CDU en Allemagne, qui entame la fin de règle de Merkel  ; et l’entrée au Parlement régional andalous de l’Extrême-Droite, une première depuis la dictature de Franco.En effet, les élections régionales en Andalousie, la région autonome la plus peuplée d’Espagne, ont accordé 12 sièges à Vox, sur 109.

El Pais (Espagne) regrette que son pays ne figure plus en exception européenne : si Vox reprend à son compte un nationalisme espagnol plus radical, il s’inscrit aussi dans le contexte européen et l’essor des partis national-populistes. D’autant plus qu’il nourrit des ambitions étatiques en vue des élections qui se profilent. Il est vrai que les ressorts de son succès sont en partie identiquesà ce qui est observé à travers le Vieux Continent. El Pais met notamment en exergue son programme de discrimination des immigrés, à quoi il faut ajouter la suppression des lois établissant l’égalité hommes-femmes et luttant contre les violences conjugales. Malgré ce caractère anti-démocratique évident, les formations de Centre-Droit lui ouvrent les bras.

Eldiario.es (Espagne) dénonce l’attitude cynique du Parti Populaire qui voit désormais en l’Extrême-Droite un partenaire de coalition idéal pour remporter les prochaines échéances, dans un contexte d’émiettement de l’électorat, sans compter une abstention grandissante que souligne Der Standard (Autriche) : À l’instar des Etats-Unis, les élites démocrates, de Gauche comme de Droite, ont beaucoup déçu, au point de dissuader une partie de leur électorat traditionnel de se rendre aux urnes. La tendance est plus marquée à Gauche dans la mesure où Podemos n’apparaît plus comme une alternative dynamique, figé dans l’orthodoxie du fait de son alliance avec les post-communistes. Quant aux socialistes, ils sont accusés de couvrir, normaliser et légitimer le sécessionnisme catalan. Là est la spécificité espagnole, que relèvent nombre de médias comme La Repubblica (Italie) : maintenant que l’ETA n’est plus une menace pour l’unité nationale, les nouveaux ennemis sont les « traitres catalans ».

Franfurter Rundschau (Allemagne) explique précisément que la percée de Vox est un dommage collatéral du processus indépendantiste catalan : désormais, un nombre suffisant d’Espagnols est convaincu que le moment est venu pour eux de se doter d’un parti d’Extrême-Droite. Les cartes sont ainsi rebattues de manière surprenante pour Publico (Portugal). La crise des partis politiques génère désormais des populismes de tout poil. Les répercussions de ce scrutin régional n’affectent pas seulement l’Andalousie ou l’Espagne, mais se feront ressentir à travers toute l’Europe en mai prochain.

Autre coup de tonnerre, passé relativement inaperçu lui-aussi dans l’ombre des gilets jaunes, mais d’une importance capitale : l’ultimatum des Etats-Unis à la Russie de mise en conformité avec le traité FNI d’interdiction des armes nucléaires à portée intermédiaire, avec la menace de sortir du dispositif pour se lancer dans une nouvelle course à l’armement atomique. Pour De Telegraaf (Pays-Bas), la Russie fournit une nouvelle fois une opportunité aux Américains en sapant les dispositifs de contrôle. En l’occurrence, une opportunité à point nommé pour les faucons de Washington de se délier d’un carcan qui les empêche à ce jour de riposter à la volonté hégémonique de la Chine, désormais considérée comme la principale rivale. La conséquence d’un retrait américain serait l’effondrement des cadres internationaux sur le nucléaire et dès lors, un risque immaîtrisable de prolifération, à commencer par la Corée du Nord prédit Süddeutsche Zeitung (Allemagne).

De son côté, Neue Zürcher Zeitung (Suisse) trouverait la décision des Etats-Unis d’autant plus absurde que le développement de forces nucléaires à portée intermédiaire reviendrait extrêmement cher au pays et le contraindrait à des coupes par ailleurs, à une époque où il a justement des difficultés à répondre aux velléités chinoises en Asie, non en Europe où se concentre actuellement l’attention de l’OTAN pour rétablir la balance avec la Russie. De plus, aucun Etat européen ne serait prêt à leur mettre à disposition son territoire pour y stationner de telles armes. Un point de vue que ne partage pas Izvestia (Russie) pour qui, es responsables des Etats voisins de la Russie, invitent l’armée américaine sur leur sol avec de plus en plus d’insistance. Le monde pourrait finalement se retrouver à 20 minutes d’une guerre, un laps de temps trop court pour évaluer correctement la menace. La Stampa (Italie) fustige ainsi le retour du spectre d’un conflit atomique en Europe, et ne voit que deux solutions pour le désamorcer : le désarmement ou la dissuasion. Les Européens ont trop peu d’influence sur la première et se sont toujours fiés aux Américains pour la seconde. Or, les Etats-Unis ne sont plus des alliés sûrs, devenus instables et individualistes. Les Européens devront donc réfléchir très sérieusement à se doter de leur propre dissuasion nucléaire pour parer à tout danger. Ne pas oublier que la construction européenne a en grande partie été motivée et guidée au siècle dernier par la volonté commune de contenir l’ours soviétique…

Dans le sillage de la France, l’Europe va-t-elle finir à feu et à sang ? Entre révoltes populaires, montée des national-populismes, tensions avec la Russie… le Vieux-Continent est de nouveau pris de convulsions qui pourraient bien le conduire à la crise… cardiaque ! Car il est secoué en son cœur, non seulement politique et stratégique, mais aussi éthique et juridique.

À commencer par la France, pays fondateur, deuxième puissance démographique et économique, et première en matière militaire de l’Union européenne à 27. L’arrivée de Macron aux responsabilités élyséennes, d’aucuns diront jupitériennes, avait suscité bien des espoirs, parfois contradictoires, du côté du peuple, aspirant au renouvellement démocratique et social par la base, et du côté des élites, désireuses de réformes libérales structurelles. Tiraillé entre ces deux pôles, le « Président des riches », comme se plaisent à le nommer ses détracteurs, semble avoir choisi son camp, au grand dam des couches populaires qui se sentent trahies et abandonnées, qui plus est dans un pays qui détient le record du monde des prélèvements obligatoires (47% de la richesse nationale), oubliant au passage qu’il affiche un autre record dont elles sont les premières bénéficiaires, celui de la dépense publique (57% du PIB). Les médias européens n’ont bien sûr pas manqué de disséquer le mouvement de plus en plus radicalisé et violent des gilets jaunes qui découle de la désillusion de certaines catégories.

Ephemeron.eu (Grèce) rappelle les origines de la crise française, notamment la forte hausse du coût du logement qui pousse de plus en plus de salariés aux revenus modestes à s’éloigner des centres urbains, donc à dépendre toujours plus de la voiture. Une tendance renforcée par le manque d’investissements dans les transports publics et la privatisation progressive du réseau ferroviaire. La nouvelle taxe sur le diésel, quelle que soit sa justification, même écologique, a été la goutte de trop dans le bouillon de la discrimination des classes inférieures. Ainsi est né le mouvement désormais célèbre à travers le monde des gilets jaunes.

Selon Tages-Anzeiger (Suisse), ce mouvement renvoie à Macron une image déformée de lui-même qui, le premier, s’est prétendu en dehors des clivages politiques traditionnels, défiant l’ancien monde des partis soi-disant dépassés Pour autant, les manifestants ne convergent pas vers le président français, bien au contraire !

Vedomosti (Russie) note ainsi ironiquement que l’arroseur se retrouve arrosé. Car Macron et son entourage sont victimes des mêmes critiques assenées à leurs prédécesseurs lors de la campagne présidentielle. Le fait est que les électeurs ne veulent pas payer le prix des réformes si chères (dans tous les sens du terme pour eux) au Président, surtout dans une province désargentée habitée par les classes moyennes inférieures.

Mais la réalité du terrain est sans doute plus complexe, suggère Kommersant (Russie), dans la mesure où le phénomène des gilets jaunes est très hétérogène, d’autant plus qu’il est désormais investi par des éléments radicaux de droite comme de gauche, qui agissent selon le principe : « le pire sera le meilleur ». De fait, certains observateurs n’hésitent plus à parler de mouvement insurrectionnel, car la rue gagne en puissance. Sega (Bulgarie) explique cette tendance par la faiblesse criante de l’opposition institutionnelle, partis politique ou syndicats. La véritable opposition à un Président autoritaire, méprisant et autiste, selon les contestataires, est désormais dans les manifestations violentes, où fusent les revendications tout azimut : création d’une assemblée des citoyens supplantant l’Assemblée nationale, suppression du Sénat, tenue de référendums réguliers et réductions d’impôts. Sans oublier l’abolition des privilèges. Mais lesquels au juste ?

Polityka (Pologne) juge plus noble la mobilisation des Polonais pour la défense de l’indépendance de la justice ou la Constitution, plutôt que la dénonciation de la hausse du prix du diésel, qui plus est à l’heure d’une COP 24 en cours à Varsovie, qui cherche désespérément des solutions consensuelles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dont le diésel est en grande partie responsable.

The Irish Times (Irlande) encourage Macron à garder le cap dans la tempête : il peut faire des concessions fiscales pour compenser certaines injustices, mais il ne peut se permettre de changer l’orientation fondamentale de sa stratégie de réformes, surtout s’il souhaite toujours donner à la France un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique. Or, à l’heure de la rédaction de cette revue de presse, la Présidence de la République a annoncé le renoncement à toute forme de hausse de la fiscalité sur les carburants pour 2019, en plus d’autres abandons plus ou moins symboliques, dans l’espoir de calmer les ardeurs et éviter que ne se (re)produise le pire. Or, les premières réactions sont dubitatives. Rien ne laisse présager à cette heure une baisse de régime chez les manifestants. S’agirait-il dès lors d’une vague de fond, qui pourrait déferler sur l’Europe ? Beaucoup de médias s’interrogent et s’inquiètent. Une des implications continentales pourrait être électorale, souligne La Repubblica (Italie) : à l’horizon des européennes de mai 2019, les européistes sont en train de perdre leur champion en la personne d’un Président français affaibli.

Der Standard (Autriche) alimente cette crainte en indiquant que les gilets jaunes ne sont pas une simple réaction à une situation spécifiquement française, mais à des dysfonctionnements sociopolitiques qui affectent toute l’Europe, voire au-delà, notamment liés au contraste entre faibles rémunérations des emplois durs et émoluments exorbitants des grands patrons.

Mandiner (Hongrie) s’indigne de la tentative de récupération du parti socialiste hongrois dont trois figurent ont posé devant les caméras vêtus d’un gilet jaune, l’accusant d’une lutte acharnée quotidienne pour la maximisation des bénéfices des multinationales et l’exploitation de la société.

Pour sa part, Kaleva (Finlande) met en garde son pays dans lequel les événements français semblent impossibles, mais pourraient malgré tout se produire du fait des ressentiments accumulés par un groupe important de la population gangréné par la pauvreté. De son côté, la Serbie reste bouche bée face à ces riches européens qui s’insurgent, protestent et se mettent en grèvent, tandis que les citoyens serbes mécontents attendent patiemment le progrès qui leur est promis, note Danas (Serbie).

Pour Diena (Lituanie), la contestation française doit être mise sur le même plan que deux autres événements : l’élection du nouveau président de la CDU en Allemagne, qui entame la fin de règle de Merkel  ; et l’entrée au Parlement régional andalous de l’Extrême-Droite, une première depuis la dictature de Franco.En effet, les élections régionales en Andalousie, la région autonome la plus peuplée d’Espagne, ont accordé 12 sièges à Vox, sur 109.

El Pais (Espagne) regrette que son pays ne figure plus en exception européenne : si Vox reprend à son compte un nationalisme espagnol plus radical, il s’inscrit aussi dans le contexte européen et l’essor des partis national-populistes. D’autant plus qu’il nourrit des ambitions étatiques en vue des élections qui se profilent. Il est vrai que les ressorts de son succès sont en partie identiquesà ce qui est observé à travers le Vieux Continent. El Pais met notamment en exergue son programme de discrimination des immigrés, à quoi il faut ajouter la suppression des lois établissant l’égalité hommes-femmes et luttant contre les violences conjugales. Malgré ce caractère anti-démocratique évident, les formations de Centre-Droit lui ouvrent les bras.

Eldiario.es (Espagne) dénonce l’attitude cynique du Parti Populaire qui voit désormais en l’Extrême-Droite un partenaire de coalition idéal pour remporter les prochaines échéances, dans un contexte d’émiettement de l’électorat, sans compter une abstention grandissante que souligne Der Standard (Autriche) : À l’instar des Etats-Unis, les élites démocrates, de Gauche comme de Droite, ont beaucoup déçu, au point de dissuader une partie de leur électorat traditionnel de se rendre aux urnes. La tendance est plus marquée à Gauche dans la mesure où Podemos n’apparaît plus comme une alternative dynamique, figé dans l’orthodoxie du fait de son alliance avec les post-communistes. Quant aux socialistes, ils sont accusés de couvrir, normaliser et légitimer le sécessionnisme catalan. Là est la spécificité espagnole, que relèvent nombre de médias comme La Repubblica (Italie) : maintenant que l’ETA n’est plus une menace pour l’unité nationale, les nouveaux ennemis sont les « traitres catalans ».

Franfurter Rundschau (Allemagne) explique précisément que la percée de Vox est un dommage collatéral du processus indépendantiste catalan : désormais, un nombre suffisant d’Espagnols est convaincu que le moment est venu pour eux de se doter d’un parti d’Extrême-Droite. Les cartes sont ainsi rebattues de manière surprenante pour Publico (Portugal). La crise des partis politiques génère désormais des populismes de tout poil. Les répercussions de ce scrutin régional n’affectent pas seulement l’Andalousie ou l’Espagne, mais se feront ressentir à travers toute l’Europe en mai prochain.

Autre coup de tonnerre, passé relativement inaperçu lui-aussi dans l’ombre des gilets jaunes, mais d’une importance capitale : l’ultimatum des Etats-Unis à la Russie de mise en conformité avec le traité FNI d’interdiction des armes nucléaires à portée intermédiaire, avec la menace de sortir du dispositif pour se lancer dans une nouvelle course à l’armement atomique. Pour De Telegraaf (Pays-Bas), la Russie fournit une nouvelle fois une opportunité aux Américains en sapant les dispositifs de contrôle. En l’occurrence, une opportunité à point nommé pour les faucons de Washington de se délier d’un carcan qui les empêche à ce jour de riposter à la volonté hégémonique de la Chine, désormais considérée comme la principale rivale. La conséquence d’un retrait américain serait l’effondrement des cadres internationaux sur le nucléaire et dès lors, un risque immaîtrisable de prolifération, à commencer par la Corée du Nord prédit Süddeutsche Zeitung (Allemagne).

De son côté, Neue Zürcher Zeitung (Suisse) trouverait la décision des Etats-Unis d’autant plus absurde que le développement de forces nucléaires à portée intermédiaire reviendrait extrêmement cher au pays et le contraindrait à des coupes par ailleurs, à une époque où il a justement des difficultés à répondre aux velléités chinoises en Asie, non en Europe où se concentre actuellement l’attention de l’OTAN pour rétablir la balance avec la Russie. De plus, aucun Etat européen ne serait prêt à leur mettre à disposition son territoire pour y stationner de telles armes. Un point de vue que ne partage pas Izvestia (Russie) pour qui, es responsables des Etats voisins de la Russie, invitent l’armée américaine sur leur sol avec de plus en plus d’insistance. Le monde pourrait finalement se retrouver à 20 minutes d’une guerre, un laps de temps trop court pour évaluer correctement la menace. La Stampa (Italie) fustige ainsi le retour du spectre d’un conflit atomique en Europe, et ne voit que deux solutions pour le désamorcer : le désarmement ou la dissuasion. Les Européens ont trop peu d’influence sur la première et se sont toujours fiés aux Américains pour la seconde. Or, les Etats-Unis ne sont plus des alliés sûrs, devenus instables et individualistes. Les Européens devront donc réfléchir très sérieusement à se doter de leur propre dissuasion nucléaire pour parer à tout danger. Ne pas oublier que la construction européenne a en grande partie été motivée et guidée au siècle dernier par la volonté commune de contenir l’ours soviétique…

 

Crédit photos : © DR
Rédacteur : Cédric Espéranto