40 ans de démocratie européenne

40 ans de démocratie européenne

 

Nous sommes bien d'accord que la démocratie correspond à l'exercice du pouvoir par et pour le peuple. La pratique passe nécessairement par un régime de représentation pour des États composés de plusieurs millions d'individus, puisque la seule participation citoyenne directe à la gestion des affaires publiques n'est à ce jour pas viable sur une telle échelle, même en utilisant les réseaux sociaux. Ainsi sont nés les parlements. Bien évidemment, la démocratie est réelle et aboutie quand ils sont élus au suffrage universel.

Partant de ce postulat, nul ne peut contester que l'Union européenne (UE) est démocratique, comme le prétendent les extrémistes europhobes de tout poil, prêts à toutes les allégations mensongères pour parvenir à leurs fins destructrices.

En effet, 2016 marque les 40 ans d'une étape fondamentale de la construction européenne, hélas passée sous silence par les pro-européens eux-mêmes : le 20 septembre 1976, les dirigeants de ce qui était alors la Communauté Economique Européenne (CEE), ont acté que le Parlement européen, jusque-là émanation des parlements nationaux, serait élu au suffrage universel direct.

Première mise en pratique 3 ans plus tard, avec les premières élections européennes, qui ont porté à la tête de l'institution une femme, Simone VEIL, fait remarquable pour l'époque (il ne l'est pas moins aujourd'hui pour certains Etats dont les progrès en terme de parité restent modestes). D'ailleurs, le Parlement européen a toujours été à l'avant-garde, à commencer par la démocratie qu'il n'a jamais cessé de promouvoir. Ainsi décerne-t-il chaque année depuis 1988 le prix SAKHAROV, du nom d'un dissident soviétique, aux personnes qui défendent les droits de l'Homme et les libertés fondamentales. Autre exemple : il fut le premier à adopter une constitution pour une Europe plus intégrée et plus efficace, sans être suivi d'effets hélas.

Car le Parlement européen, malgré son élection au suffrage universel direct, a longtemps joué un rôle mineur parmi les institutions européennes, relégué de longues années dans une position de consultant, émettant des avis plus ou moins contraignant.

Au fil des traités, il a gagné en prérogatives, au point de se trouver désormais sur un pied d'égalité avec le Conseil des ministres pour le débat et le vote des lois que sont les règlements et directives. Tout au moins sur les compétences principales de l'UE, relevant tout particulièrement du Marché unique : circulation transnationale, droit des consommateurs, encadrement des producteurs...

Sur le reste, comme la politique étrangère, la défense ou la sécurité, aux enjeux fondamentaux de nos jours, il demeure marginalisé, et ce, malgré (ou à cause) d'un fonctionnement exemplaire. Car il s'inspire des démocraties nordiques qui savent mieux que les autres concilier les partis et les idées dans l'intérêt général. Ainsi fonde-t-il son action, non sur un affrontement souvent artificiel et stérile de blocs antagonistes, mais sur des majorités de projet. Les discussions n'en sont pas moins vives, mais elles n'échouent pas sur les écueils mortels de l'idéologie. L'inconvénient de ce qui peut sembler représenter un idéal est l'absence d'une orientation politique claire et nette exprimée par les électeurs, qui voient dès lors d'autant moins l'intérêt pour eux de participer aux élections européennes.

Le fait est que le Parlement européen n'est certainement pas suffisamment politisé pour alimenter la dynamique démocratique de l'Europe.

La faute en incombe, d'une part, aux compétences très techniques de l'UE dont il s'occupe ; d'autre part, au fait que celle-ci n'est pas un État mais une entente d’États aux vagues contours ; enfin, à sa décomposition en groupes qui représentent des courants de pensée sans être organisés au niveau européen pour les défendre par-delà les représentations nationales.

À noter aussi que l'initiative législative est du ressort exclusif de la Commission européenne : les eurodéputés en sont totalement dépourvus, ce qui est somme toute anormal dans un régime parlementaire. Ces lacunes sont autant de pistes pour poursuivre et intensifier les progrès d'une démocratie européenne, certes, imparfaite, mais qui a bel et bien le mérite d'exister pour tout un continent mosaïque, fait unique jusque-là.

Issu des voix des Européens, le Parlement européen doit en être la voix et leur montrer la voie, vers une Europe qui réponde davantage à leurs aspirations légitimes, pacifiée, protégée, prospère, juste et respectée.

Une solution radicale serait de le laisser enfin jouer tout son rôle historique, en l'érigeant en assemblée constituante lors des élections européennes de 2019, 40 ans après sa première élection au suffrage universel direct. Car c'est à lui, en lien avec ses homologues nationaux, que revient le droit et le devoir d'inventer notre avenir commun.   

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Esperanto