2018 se lève à l'Est

2018 se lève à l'Est

 

2017 vient donc de trépasser : vive la nouvelle venue, 2018 ! Tout au moins à l'Est car, hormis les troubles iraniens et les rodomontades de Trump, les médias européens sont tout particulièrement braqués sur les Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) en cette première semaine de l'année.

L'une des raisons, non des moindres, est que la présidence tournante du Conseil européen des chefs d’État et de Gouvernement de l'Union européenne (UE) vient d'échoir pour la toute première fois à la Bulgarie, pays le plus pauvre et le plus corrompu (les deux vont souvent de pair). Au cours du semestre à venir, la priorité affichée par Sofia est le processus d'adhésion des Balkans occidentaux : Serbie, Albanie et Macédoine.

Pareil objectif peut sembler inapproprié, pour ne pas dire inopportun, au moment où l'UE est précisément paralysée par le trop grand nombre de ses composantes et la fracture Est – Ouest, qui plus est lorsque prévaut l'unanimité pour des décisions capitales, notamment dans les domaines de la défense ou des affaires étrangères. Les Bulgares eux-mêmes semblent divisés, comme le démontre les points de vue opposés entre 24 Chasa et la radio Deusche Welle : si le premier appelle fièrement son pays à exploiter à bon escient sa position stratégique dans une région de montée des tensions, la seconde doute de sa capacité d'entraînement dans la mesure où il est très loin du modèle de vertu nécessaire pour ce faire. En fait, très objectivement, la nouvelle présidence du Conseil européen, censée orienter les travaux de cette institution communautaire majeure puisque décisionnaire, devrait commencer par se préoccuper de la situation géopolitique à l'intérieur même de l'UE, au lendemain de la visite du Premier Ministre polonais à son homologue hongrois.

Il Sole 24 Ore (Italie) note la concorde affichée par les deux dirigeants, du rejet de la politique migratoire de l'UE à la condamnation de la posture de la Commission européenne à l'égard de la Pologne, qui peut ainsi compter sur le soutien loyal de Budapest. Surtout, Polonais et Hongrois réclament de concert plus de pouvoirs dans le cadre du processus de codécision européen, car les enjeux des discussions budgétaires qui s'ouvrent pour 2021 – 2027 sont colossaux : préserver les fonds structurels attribués aux deux États membres (100 milliards pour la Pologne et 23 pour la Hongrie de 2014 à 2020), malgré le bouleversement du Brexit. La manne financière communautaire explique à elle seule le refus de part et d'autres ne serait-ce que d'envisager de suivre l'exemple britannique, d'autant moins à l'aune des conséquences d'ores et déjà désastreuses sur l'économie du Royaume-Uni.

Pologne et Hongrie ne sont dans pas en position de force, car demandeuses vis-à-vis de Bruxelles comme de leurs partenaires, notamment Français et Allemands qui se montrent rigides sur la question de l’État de droit démocratique. Leurs dirigeants en sont bien conscients et tentent de compenser non seulement en étayant leurs liens, mais aussi en tentant de convaincre d'autres PECO de les suivre, via leur initiative des 3 mers, à savoir une grande alliance des riverains de la Baltique, de la Méditerranée et de la Mer Noire que met en évidence Wpolityce.pl (Pologne). La démarche n'est pas dénuée de fondements. Preuve en est de la dérive roumaine puisque le Parlement de Bucarest vient d'assouplir les lois anti-corruption.

Ziare (Roumanie) craint que la Roumanie ne suive dès lors les exemples polonais et hongrois dans la mise en place d'une démocratie illibérale. Dilema Veche (Roumanie) met en garde contre pareille dérive qui exclurait les Roumains des grands débats sur l'avenir de l'UE.

Ainsi le pari de Varsovie et Budapest est loin d'être gagné. Rzeczpospolita (Pologne) doute jusqu'à la solidité de l'union entre Hongrie et Pologne, aux intérêts tout aussi divergents que convergents, par exemple à l'égard de la Russie dont la première se rapproche tandis que la seconde s'en méfie. Précisément, selon les médias ukrainiens, les Russes pourraient prochainement se retrouver en difficulté dans le conflit désormais larvé mais toujours actif de l'Ukraine orientale.

L'agence de presse Unian et l'hebdomadaire Dzerkalo Tyjnia se réjouissent de la rumeur selon laquelle Washington aurait accepté de livrer des armes à Kiev, auquel cas la donne militaire s'en trouverait bouleversée. Tous deux se montrent optimistes en cette nouvelle année, imaginant un recul, voire un retrait russe, sans penser un instant à la possibilité d'escalade suite à un sursaut d'orgueil de Moscou.

Fort heureusement, tous les litiges ne se règlent pas à coups de bombe, notamment au sein de l'UE où l’État de droit, tant décrié par certains, permet une issue pacifique à des conflits frontaliers. En effet, Dnevnik (Slovénie) se réjouit que la revendication simultanée de la baie de Piran de la part de la Croatie et de la Slovénie ait été arbitrée par un tribunal indépendant au profit slovène, sans démonstration d'une quelconque puissance militaire ou policière excessive, mais dans la stricte application du droit international. Bien évidemment, le compromis ne satisfait tout le monde, surtout le côté croate lésé. Vecernji List prétend ainsi que l'argument avancé de la pêche est fallacieux : la véritable motivation, côté slovène, tient au port de Koper, qui ambitionne de se hisser à la première place du Sud de l'Europe avec son collègue italien de Trieste.

Quoi qu'il en soit, Delo conseille à son pays, la Slovénie, de se montrer modérée et conciliante à l'égard de son voisin, au risque de se trouver marginalisée au sein de l'UE, à l'instar de la Grèce dont l'aura est ternie par sa dispute avec l' « ex-République Yougoslave de Macédoine » depuis un quart de siècle. Pour mettre fin à celle-ci, Athènes et Skopje ont entamé des négociations.

Sur quoi ? Pas un territoire, pas une ressource, mais un simple nom. Car les Grecs revendiquent l'intitulé « Macédoine ». Efimerida Ton Syntakton (Grèce) indique que coexistent à ce jour trois Macédoine : grecque, bulgare et slave ; et suggère de les accepter, au nom du droit à l'autodétermination.

Kathimerini (Grèce) pense pour sa part que l'heure de l'entente a sonné, après que les dirigeants grecs, divisés au sein même du Gouvernement entre nationalistes de Droite et radicaux de Gauche, aient dilapidé leur capital stratégique et laissé filer les occasions de transformer leur voisin du Nord en satellite. Énième preuve par l'absurde que les populismes des deux bords jouent contre les intérêts de pays qu'ils prétendent rendre plus forts et plus influents.En cela, les PECO ont beaucoup à apprendre, aux autres comme à eux-mêmes.

 

Crédit photos : L'Europe des Citoyens
Rédacteur : Cédric Espéranto

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